Stéphane Ribordy collectionne depuis plus de 25 ans les signatures pointues de l’art contemporain et du design
Immersion dans l’univers d’un collectionneur.
Il avait 22 ans et se frayait dans tous les vernissages de ce qui n’était pas encore le Quartier des Bains. Une jeunesse étonnante, à une époque où l’art contemporain restait la passion d’un cercle limité de Genevois, disons d’âge mûr. D’autant que Stéphane Ribordy ne venait pas seulement pour visiter les expositions, il achetait aussi.
« Je me souviens de mon premier achat. C’était une lithographie de Bram van Velde qui avait été très mal reçue lorsque je l’ai ramenée à la maison. Mon père voulait carrément appeler le galeriste pour lui dire que c’était un scandale. »
La deuxième, ce sera une gouache de Sol LeWitt acquise en 1994 à New York, «dans une exposition organisée dans un lavomatic. C’était ma première oeuvre originale. Mon métier m’amenait à voyager. J’achetais un peu partout aux Etats-Unis, Londres et Genève.» Suivront ensuite Dan Walsh, Jason Martin, Hiroshi Sugimoto, Kelley Walker, Wade Guyton… Pour dire qu’avec les années, le jeune collectionneur est devenu chevronné.
ACHETER AVEC LES YEUX ET LE COEUR
Son appartement reflète le goût sûr et la frénésie de son propriétaire : une Furniture Sculpture historique de John Armleder, un pneu en bronze argenté de Sylvie Fleury, un masque de Thomas Houseago, une suite de 12 photographies «l’Absinthe» de Sherrie Levine, un dessin d’Anne Imhof, une peinture de Rebecca Morris... Et donc aussi un certain éclectisme.
«L’art conceptuel et minimal sont mes amours de jeunesse. Je m’intéresse maintenant aussi à d’autres artistes, notamment figuratifs. J’ai toujours eu pour principe d’être ouvert à tout, de voir un maximum de choses, les bonnes comme les mauvaises. Je constate depuis quelques années un vrai changement d’intérêt de la part des acheteurs. Aujourd’hui, pour quelqu’un comme moi qui aime et collectionne des pièces assez spécifiques, la période est très attractive.»
Par exemple ? Voilà des années que Stéphane Ribordy cherchait une sculpture en bronze d’une antilope de Sherrie Levine, en référence à Georgia O’Keeffe. Pendant longtemps, elle était impossible à trouver. « Ce type d’oeuvres, qui n’abordent pas les problématiques actuelles, intéresse moins les gens, reprend le collectionneur en montrant un carton fermé. La galeriste Paula Cooper vendait la sienne. J’ai sauté sur l’occasion. J’essaie de ne pas trop me laisser influencer par le marché. Je le consulte pour voir le prix des pièces, mais je suis quelqu’un qui achète avec les yeux et le coeur et non pas avec les oreilles.»
ENGAGER LE DIALOGUE
À cela s’ajoute une collection de mobilier impossible à ne pas remarquer. Au salon, un récamier massif de Rick Owens occupe l’espace et côtoie une lampe de Max Lamb et des tables d’appoint de Konstantin Grcic et de Jasper Morrison.
Dans la salle à manger, une table en tamo, un bois noir asiatique aux nervures super graphiques, des designers parisiens Garnier & Linker, est associée aux chaises vintage Chandigarh de Pierre Jeanneret et à une suspension de Peter Zumthor. Des pièces plutôt sculpturales, donc, qui s’accordent à merveille dans cet environnement artistique. Voire qui se situent carrément à la marge entre les deux domaines comme cette céramique du Japonais Kazunori Hamana installée dans le hall d’entrée.
«Le design m’a toujours intéressé. J’avais une lampe Tizio de Richard Sapper sur mon bureau d’étudiant. Et puis aussi une Pipistrello de Gae Aulenti. Mais en acheter est venu un peu plus tard, comme un dialogue.»
FORMIDABLE AVENTURE
Et puis le collectionneur décida d’ouvrir sa propre galerie. Avec le risque de devenir son meilleur client. En 2010, Stéphane Ribordy inaugurait Ribordy Contemporary dans le Quartier des Bains.
«J’avais pris cette arcade, dont le loyer était très bon marché, en me disant que je verrai bien ce que j’en ferai. Deux mois plus tard, je vernissais ma première exposition, celle de l’artiste new-yorkais Bozidar Brazda. Et puis c’est devenu de plus en plus professionnel, de plus en plus excitant, mais aussi de plus en plus accaparant. J’étais en train de reprendre l’entreprise familiale. Je participais à un nombre incalculable de commissions et de comités de centres d’art. Je faisais au moins trois journées en une. Après dix ans, j’ai préféré tout arrêter. Mais j’en garde le souvenir d’une formidable aventure.»
La fièvre de la collection, elle, en revanche n’est pas du tout retombée.
«J’achète toujours, trop sans doute. Mais un peu moins à l’étranger, vu que mes affaires sont ici et que je ne voyage plus autant qu’avant. Nombreuses de mes oeuvres d’artistes figuratifs proviennent de la galerie Sébastien Bertrand. J’aime aussi beaucoup le travail d’Alfredo Aceto dont je possède plusieurs pièces. Et je suis toujours fidèle au Quartier des Bains dont je suis de près les expositions. Les dernières qui m’ont particulièrement marquées ? Not Vital chez Wilde et Karla Black chez Mezzanin : fabuleuses.»
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Emmanuel Grandjean
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Alexia Maggioni
Un projet commun anime Natacha et Youri à travers leur énergie bouillonnante et créative : faire de Genève une ville inventive et en mouvement
Youri Kravtchenko dirige l’atelier d’architecture YKRA, installé à côté du showroom Dimanche, un espace qu’il inaugurait en 2021, parallèlement à l’emménagement de ses bureaux dans ses nouveaux locaux. Il s’est imposé comme une figure incontournable de la scène architecturale genevoise.
Au-delà de son goût pour le beau et son sens de l’esthétique, l’échange et la convivialité sont au coeur de son approche. On lui doit la conception de nombreux bars, restaurants et lieux emblématiques qui façonnent l’énergie vibrante et créative de la ville : Helia Bar, Le Bologne, Le Dorian, Le Café de la Plage, Osteria Zazza, Voisins, Cinecittà, La Crêperie Blé Noir, parmi tant d’autres. En parallèle de sa pratique, il transmet son approche au sein du département d’architecture d’intérieur de la HEAD – Genève, où il est enseignant.
Natacha De Oliveira est une artiste américano-brésilienne et curatrice installée à Genève. Formée à la New School de New York, où elle obtient un Bachelor en littérature comparée, puis titulaire d’un Master en arts visuels, elle développe une pratique à la croisée des disciplines, entre démarche personnelle et recherche collective. Au sein du collectif Domingo, elle imagine des performances et des expositions qui interrogent les liens humains à travers des gestes rituels. De ces explorations naissent des oeuvres où se déploient les questions d’identité, de pouvoir et de mémoire partagée. Elle enseigne également à la HEAD – Genève.
Un projet commun anime Natacha et Youri à travers leur énergie bouillonnante et créative : faire de Genève une ville inventive et en mouvement. Ils nous présentent ici quelques-unes de leurs meilleures adresses
MUSÉE ARIANA
Avenue de la Paix 10, 1202 Genève
«L’Ariana : ce n’est pas qu’un musée, c’est une grande dame avec une garde-robe en porcelaine. Pour des raisons familiales, on a toujours été très proches de la céramique, et en particulier d’une céramiste qui nous regarde aujourd’hui depuis d’autres nuages. Le musée regorge d’une collection de céramiques et de verres impressionnante, le tout présenté dans une architecture néo-baroque, comme un gâteau copieux qu’on aime quand même manger à la petite cuillère. Notre bureau d’architectes y réalise depuis peu quelques travaux de transformation, à notre plus grande joie. Ne vous inquiétez pas, on fait ça doucement, pour ne pas déranger les fantômes.»
DOMUM
Rue des Bains 61, 1205 Genève
«Domum ce n’est pas un magasin, c’est un salon tellement beau qu’on n’ose pas s’y asseoir. Les agiles propriétaires, nos amis Laura et Boris ont ouverts depuis quelques années déjà cette galerie dynamique autour du mobilier, de l’art et du design. Un espace de très bons conseils niché dans le quartier des Bains, tout cela avec un goût exquis et un renouvellement perpétuel, exigeant : pendant que toi tu réfléchis, eux ils ont déjà tout bougé.»
AUBERGE PORT-GITANA
Route de Lausanne 318, 1293 Bellevue
« C’est au bord de l’eau, mais ce n’est pas la mer. C’est aussi le dernier-né du bureau d’architecture pour lequel nous avons réalisé les intérieurs : un restaurant et un hôtel, les pieds dans l’eau, résolument lacustre. On y sert des filets de perche bien dodus, avec une sauce qui dit : « Viens, reste, oublie tout ». On y dort peut-être, ou peut-être pas. Mais on se sent partir depuis sa chaise et c’est déjà beaucoup. On y a sélectionné les plus belles pièces : on a mixé les époques, brocanté sans retenue, placé des tableaux d’ici et d’ailleurs comme des bouteilles lancées au Léman.»
BAINS DES PÂQUIS
Quai du Mont-Blanc 30, 1201 Genève
«Ce n’est pas du bien-être, c’est du choc thermique mélangé à de la tendresse. On y va quand il fait froid, très froid. Pour s’ébouillanter les idées et suer nos hivers. On y emmène nos amis, qui débarquent du Brésil et hallucinent autant sur la température du lac que sur l’absence de pudeur : sur les plages de Rio, on n’est jamais vraiment totalement nu ! On sort de là rouges, tremblants, vivants et la soirée continue au Leopard Room ou chez Lisa, parce que la chaleur appelle le sel et l’ivresse et que le sel et l’ivresse appellent les histoires.»
LEOPARD ROOM
Hôtel d’Angleterre, Quai du Mont-Blanc 17, 1201 Genève
«C’est un bar, ou un rêve. Tout y est léopard, sauf les gens. Tu viens là pour oublier Genève, ou pour t’y ancrer plus fort. On sirote, par exemple un Dirty Martini et mieux encore en amoureux. Il y a souvent un petit orchestre de jazz, et évidemment, comme son nom l’indique, absolument tout (ou presque) est au motif léopard : une prouesse qui pourrait presque s’inscrire dans une démarche à demi loufoque ou à demi performative ! La nuit avance, féline.»
SOMA
Rue de l’Avenir 32, 1207 Genève
«C’est la bonne découverte de cette année ! Installée dans une ancienne usine métallurgique incroyable, qui n’a rien à envier aux capitales européennes, Mighela Shama, sa propriétaire, y pense fort et précis. Pour inaugurer le lieu, le MAMCO s’y est glissé pendant l’été. Ça a créé du frottement, du feu sous la rouille. Et parfois, on y a mangé. Pas n’importe comment : c’était la promesse de Liaisons du chef Florian le Bouhec. S’il était d’humeur, tu ressortais avec des idées plein les poches, des rencontres et des souvenirs dans le ventre. On se réjouit de voir l’évolution du lieu après cette première expérience réussie.»
DIM SUM GOURMAND
Rue du Prieuré 5, 1202 Genève
«Bienvenue chez Lisa ! Avec cette décoration plutôt austère, on ne serait pas forcément entré si des bouches gourmandes et averties ne nous avaient pas soufflé ce restaurant à nos oreilles grandes ouvertes… et là, boum ! tout est bon. Pas bon genre « c’est sympa », non. Bon genre « j’ai plus envie de parler ». Les xiao long bao sont des sorts d’amour, la salade de céleri une claque douce, les nouilles à la viande hachée une tendresse chaude. On n’y revient pas pour explorer, on y revient pour retrouver.»
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Yann Abrecht
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Alexia Maggioni
Une sélection d’œuvres à travers l’espace public genevois – Deuxième édition
Art Public, une séléction d’oeuvres à travers l’espace public genevois.
Gonzalo Torres, La bras du vent, 1976-1979
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)
Quai du Seujet 8, 1201 Genève
Près de 300 oeuvres du FMAC – la collection d’art contemporain de la Ville de Genève – sont visibles dans l’espace urbain. Le FMAC vous emmène en balade et vous permet de découvrir les oeuvres d’art dans les rues de la cité. Vous pouvez désormais situer celles qui se trouvent autour de vous, les identifier ou lire quelques notes explicatives. Visitez un véritable musée à ciel ouvert.
Les œuvres sélectionnées ici sont issues des collections des Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC).
Jean Baier, sans titre, 1990-1991
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Piscine couverte de Varembé, avenue Giuseppe-Motta 49, 1202 Genève
Jean Cattin, sans titre, 1969
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Bâtiment municipal des Asters, entrée, rue Hoffmann 6, 1202 Genève
Bodjol (Walther Grandjean dit) & Philippe Lambercy, sans titre, 1970
Collection du Fonds cantonal d’art contemporain du Canton de Genève (FCAC), Hôpital de Loëx, route de Loëx 151, 1233 Bernex
Antoine Poncet, La flamboyante, 1979-1980
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Place des Bergues, 1201 Genève
Ugo Rondinone, Le sage, 2011-2014
Collection du Fonds cantonal d’art contemporain du Canton de Genève (FCAC), Projet art&tram, Commune d’Onex à l’angle de la route de Chancy et du chemin Gustave-Rochette
Hans Arp, Feuille se reposant, 1965
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Place des Florentins, 1204 Genève
Make it stand out
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Sylvie Fleury, MIRACLE, 2016
Collection : Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), Comédie de Genève, Esplanade Alice-Bailly 1, 1207 Genève
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Alexia Maggioni
Subaru Forester — Alfredo Aceto
Un.e artiste nous parle d’un objet qui lui est cher, l’accompagne au quotidien, et a bien souvent un lien avec son processus créatif.
Un·e artiste nous parle d’un objet qui lui est cher, l’accompagne au quotidien, et a bien souvent un lien avec son processus créatif.
«Selon les archives de Subaru, dans les années 1990, la marque cherchait à élargir sa clientèle et s’est aperçue que la communauté LGBTQI+, adepte des activités de plein air, affectionnait particulièrement les Legacy Outbacks.
Subaru a alors mis en place une stratégie marketing discrète, presque codée : des messages que la majorité des gens ne remarquaient pas, mais qu’un regard queer pouvait saisir. Quand je suis arrivé en Suisse, déjà fasciné par les Forester et Legacy des années 90 qui ont marqué mon enfance, j’ai été intrigué par cette ambiguïté propre à la marque — à la fois prisée par les homosexuel.les et par les hétéros des montagnes. Mon Forester est devenu à la fois mon atelier et le moyen de transporter des œuvres. Son moteur boxer hybride, issu de l’aéronautique, conserve la sonorité authentique des Subaru — un son que je reconnaîtrais entre mille.»
– Alfredo Aceto
ALFREDO ACETO
Naviguant entre sculpture, dessin, photographie et installation, le travail d’Alfredo Aceto (né en 1991 à Turin, Italie, vit et travaille entre Genève et Paris) explore des récits intimes et collectifs, où le corps, la mémoire et la fiction occupent une place centrale. Inspiré par la psychanalyse, la littérature et les études de genre, il façonne des œuvres traversées par des tensions émotionnelles et des zones d’ambiguïté. Il est représenté par les galeries Andersen’s Contemporary (Copenhague), HUA International (Berlin, Pékin), Lange + Pult (Auvernier, Genève), Parliament Unlimited (Paris).
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Yann Abrecht
L’Œuvre de Philippe Davet
Une oeuvre ou un artiste qui a marqué la carrière d’un marchand. Philippe Davet, directeur associé de Blondeau & Cie à Genève, conseille collectionneurs et institutions en art moderne et contemporain. Il nous présente ici son souvenir autour d’une œuvre de Louise Lawler.
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Une œuvre ou un·e artiste qui a marqué·e la carrière d’un marchand.
Philippe Davet, directeur associé de Blondeau & Cie à Genève, conseille collectionneurs et institutions en art moderne et contemporain. Il nous présente ici son souvenir autour d’une œuvre de Louise Lawler.
«À l’automne 2002, la galerie Metro Pictures nous a proposé l’œuvre Helms Amendment de Louise Lawler datant de 1989. Il s’agit d’une installation composée de 94 photographies en noir et blanc encadrées. Chacune d’entre elles représente un gobelet en plastique identique, accompagnée de six textes à fixer au mur.
Le 14 octobre 1987, le Sénat américain a adopté un amendement stipulant :
«Aucun des fonds mis à disposition des Centers for Disease Control en vertu de la présente loi ne doit être utilisé pour fournir des supports d'éducation, d'information ou de prévention sur le sida qui promeuvent ou encouragent, directement ou indirectement, les activités sexuelles homosexuelles.»
94 sénateurs ont voté OUI. 2 ont voté NON et 4 se sont abstenus.
Dès lors, le Sénat américain a interdit toute dépense liée à la prévention des risques liés au sida alors même que cette épidémie causait des ravages aux États-Unis.
Les photographies des gobelets portent, sur le passe-partout, le prénom et le nom de chaque sénateur ayant voté oui. Les textes fixés au mur précisent la teneur de l’amendement et indiquent le nom de chaque sénateur ayant voté non ou s’étant abstenu.
Marc Blondeau et moi-même, n'ayant jamais vu l’œuvre de nos yeux, avons suggéré à la galerie Metro Pictures à New York d’organiser une exposition de Louise Lawler dans notre espace en y incluant cette œuvre extraordinaire. Cette exposition deviendra la première mini-rétrospective de l’artiste avec une quinzaine d’œuvres datant de 1980 à 2003 et la première exposition que j’ai organisée au 5, rue de la Muse.
Des années plus tard, un jeune curateur m’a confié que cette œuvre l’avait ému aux larmes lors de sa visite de l’exposition de mars 2003. L’art a de multiples fonctions qui ne se limitent pas à une esthétique ou à une technique : il peut également nous interroger sur des décisions politiques, nous faire réagir et peut-être et surtout nous aider à réfléchir.
En juin 2016, nous avons présenté Helms Amendment à Art Basel Unlimited accompagnés de mon fils de 13 ans qui était venu nous aider pour l’accrochage. Deux-trois musées américains se sont montrés intéressés. Finalement, la Collection Pinault l’a acquise, et l’œuvre a été exposée lors de l’ouverture de la Bourse de Commerce à Paris, en mai 2021.»
— Philippe Davet
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Pol Le Vaillant
Camille Abèle · FMAC – Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève
En 2022, le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC) quitte le Bâtiment d’art contemporain (BAC) et prend ses quartiers à l’Écoquartier de la Jonction dans de nouveaux espaces d’exposition de près de 300 m² offrant désormais une visibilité et surtout une opportunité de présenter aux Genevois-e-s sa riche collection d’art contemporain.
Camille Abèle
Responsable du FMAC depuis 2024, Camille Abèle est historienne de l’art, licenciée ès lettres de l’Université de Genève. Son engagement dans la scène culturelle s’est concrétisé depuis une vingtaine d’années dans les domaines de la conservation du patrimoine, du journalisme et de la programmation culturelles avec une approche assurément interdisciplinaire et un intérêt marqué pour la création indépendante.
Quelle est la mission principale du FMAC ?
Le FMAC est avant tout une institution publique qui soutient la création locale et ses acteurs dans le domaine de l’art contemporain. Par le biais de sa collection, il acquiert régulièrement, et ce depuis 1950, des œuvres à des artistes actives et actifs à Genève ou à des galeries et lieux d’art ; il organise également des concours d’art public visant à l’embellissement de l’espace public et à la valorisation du territoire genevois. Ces œuvres sont en quelque sorte le reflet d’un état des lieux et à long terme constituent une petite (car non exhaustive) histoire des arts visuels à Genève et représentent un riche patrimoine artistique commun désormais accessible au public dans nos espaces à l’Ecoquartier de la Jonction.
Combien d’œuvres sont acquises environ chaque année et comment se fait cette sélection ?
Le FMAC acquiert en moyenne une cinquantaine d’œuvres ou ensembles d’œuvres par année, mais davantage qu’un nombre, il s’agit d’un budget, d’un crédit d’investissement, voté par le Conseil municipal sur une durée de 5 ans. Ce qui permet au FMAC de réaliser ces acquisitions ainsi que les commandes d’art public pour la Ville. Deux commissions spécifiques d’experts externes se réunissent plusieurs fois par an. Ils donnent des préavis sur les projets d’art public ou les dossiers d’acquisitions à l’attention de l’actuelle magistrate chargée du Département de la Culture.
Make it stand out
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Comment voyez-vous le rôle du FMAC dans l’écosystème artistique local ?
Nous nous rendons compte de son importance, notamment par le nombre de propositions que nous recevons à chaque commission (plus d’une cinquantaine de dossiers pour des acquisitions, ainsi que les nombreux projets d’art dans l’espace public en cours et à venir). Outre la question du soutien aux artistes et à la création locale, – qui est l’un des pivots fondateurs de la constitution du Fonds – le FMAC favorise les accès et sensibilise les Genevois à l’art contemporain. Avec plus de 300 œuvres exposées dans la ville, le FMAC est un véritable musée à ciel ouvert. Notre espace d’exposition permet aussi de valoriser cette collection auprès d’un public large à travers un programme annuel qui favorise les liens avec la scène et les artistes de l’art contemporain à Genève.
Caroline Bachmann a développé une pratique de la peinture qui aborde les grands thèmes du XIXe siècle
Dans son atelier de Cully, face au lac Léman, Caroline Bachmann a développé une pratique de la peinture qui aborde les grands thèmes du XIXe siècle: portraits, paysages, natures mortes, peintures historiques. Longtemps engagée dans des projets collectifs et conceptuels, elle a opéré un tournant radical en 2013 en se consacrant exclusivement à la peinture et notamment aux paysages qui l’entourent.
Peindre le Léman depuis la fenêtre de sa maison d’enfance, partager son temps entre la Suisse et Berlin, penser la peinture comme une partition sensible: voilà quelques-unes des lignes de force d’un travail qui a récemment été récompensé par le prix Meret Oppenheim (2022) et des expositions importantes au Crédac ou à la Kunsthaus Glarus. Dans cette conversation, elle revient sur son processus créatif, la discipline qu’elle s’est imposée, mais aussi son quotidien d’artiste après avoir quitté l’enseignement.
Pourriez-vous décrire votre processus créatif pour ces peintures du Léman?
Le choix de ce sujet est venu tout simplement de la proximité du lac. J’ai passé toute mon enfance devant lui, dans la maison d’à côté de celle que j’habite aujourd’hui. Je crois que ce paysage m’a imprégnée dans une dimension presque physique et inconsciente, avec une charge de souvenirs très forte. Quand je suis revenue vivre à Cully, cette physicalité m’est apparue comme une évidence: il fallait que je prenne en charge cette relation avec ce paysage.
Ce qui m’intéresse, c’est la relation directe entre ma position dans l’espace et ce que je vois. Je dessine debout, face au lac, très rapidement. Tout est fluide, immédiat: une feuille A4 verticale, quelques lignes, et ce que je ressens. Pas de naturalisme. Dans la spontanéité du geste, il y a quelque chose de juste, d’irréductible. Ce sont des notations presque musicales, qui me permettent ensuite de transposer en peinture. Ces dessins, ce sont des partitions.
Et comment ces partitions deviennent-elles des peintures?
Je travaille les paysages lémaniques sur quatre formats de toiles, c’est une décision qui simplifie mon travail et me permet de me concentrer sur la peinture elle-même. J’applique le dessin sur une toile préparée avec une couche de terre de Sienne. C’est là que je pose toutes les valeurs, du clair au foncé. Cette première étape est monochrome, très structurée. Ensuite, je commence à introduire la couleur, qui vient transformer ces valeurs et ouvrir l’espace.
Je ne peux pas peindre directement devant le sujet. Le contact direct avec le paysage me paralyse, il me fige. Alors que dans l’atelier, je peux puiser dans une mémoire de sensations, avec une liberté totale. Je peux déplacer, tester, déformer, inventer. Mon objectif n’est pas de restituer une image du réel, mais une émotion invisible. Le paysage n’est qu’un support, un véhicule. C’est comme une navette spatiale qui me permet de voyager.
Comment organisez-vous votre travail entre Berlin et Cully?
Quand j’enseignais encore, j’ai mis en place ce système de va-et-vient entre mes deux ateliers. Aujourd’hui je le poursuis, et c’est devenu un rythme de travail idéal. À Berlin, j’ai plus d’espace pour les grands formats. Je peins pendant trois semaines et ensuite je reviens à Cully, où m’attendent les peintures abandonnées un mois plus tôt, sèches et prêtes à être reprises.
Ce système est à la fois stressant et très fonctionnel. Stressant, parce qu’il n’y a pas de pause — tout s’enchaîne. Mais c’est précieux aussi: quitter une toile pendant un mois permet de la revoir avec un regard lavé, plus clair. Cela m’évite de m’enfermer dans une seule manière de faire. Et puis, je garde un attachement particulier à Cully.
Depuis 2021–2022, vous travaillez avec les galeries Gregor Staiger et Meyer Riegger. Comment expliquez-vous cette reconnaissance relativement tardive?
Il y a plusieurs raisons. La principale est que j’ai pris une décision radicale: me consacrer exclusivement à la peinture, et éliminer tout le reste. Pendant longtemps, j’ai participé à des projets collaboratifs, plutôt conceptuels, qui étaient stimulants mais aussi très complexes à identifier. Vers 2013, j’ai pris la décision de me concentrer uniquement sur les problèmes picturaux, quitte à devenir monomaniaque! Je ne savais pas où cela allait me mener, cela demande du temps, de la patience. Il a fallu presque dix ans pour que cette série prenne forme. L’exposition à la Kunsthaus Glarus a été un moment de synthèse important, une sorte de bascule. Ensuite, tout s’est aligné: les galeries, le prix Meret Oppenheim, l’exposition au Crédac… On pourrait presque dire que c’était une constellation astrologique.
En parallèle, vous avez arrêté votre enseignement à la HEAD. Pourquoi?
J’ai enseigné de 2007 à 2022. C’était une expérience essentielle, très formatrice, parce qu’elle m’a obligée à clarifier mes idées. Quand on enseigne, on a une responsabilité: il faut réfléchir pour transmettre, et ce travail de réflexion m’a aidée à structurer ma propre pratique. Mais à partir du moment où j’ai commencé à travailler avec deux galeries, j’ai compris qu’il fallait choisir. J’ai décidé de me consacrer entièrement à la peinture. C’était un moment d’accélération: me libérer de toutes les tâches administratives, logistiques, pédagogiques, pour ne garder que le temps du travail en atelier.
Quel regard portez-vous sur la scène suisse et romande?
Je n’ai jamais pensé en termes de scène locale. Même enfant, mon jeu préféré était de parler des langues étrangères sur les quais de Cully. J’ai toujours relié ma réalité à d’autres mondes. Cela dit, je crois beaucoup aux environnements proches.
À la HEAD, j’encourageais l’école à collaborer avec les artistes voisins, à voir ce qui se passait tout près. Parce que ce terreau est précieux, il nourrit et enrichit. Pour moi, c’est aussi important que les échanges internationaux. L’un ne remplace pas l’autre: il faut penser les deux simultanément.
Vous avez aussi cofondé la Kunsthalle Marcel Duchamp avec Stéphane Banz. Pouvez-vous nous raconter la génèse de ce projet?
Ce projet est né d’une succession de coïncidences incroyables. En travaillant sur Étant donnés de Duchamp, nous avons découvert que la cascade peinte se trouvait… dans le Lavaux, juste à côté de chez nous! De là, tout s’est enchaîné: le symposium avec le Philadelphia Museum of Art, puis la création de la Kunsthalle Marcel Duchamp, un espace d’exposition miniature et autonome devant notre maison. Pendant quatre ans, nous avons consacré une immense partie de notre temps à Duchamp. Et, c’est cette recherche qui m’a ramenée à la peinture. Je voulais centrer mon travail sur une pratique qui ne se base pas sur la réalisation d’une idée, mais qui prenne sens et forme au moment de sa réalisation. Et j’ai trouvé, dans les peintres outsiders new-yorkais que Duchamp fréquentait, des références qui me permettaient de contourner le cul-de-sac de l’avant-garde.
Quels sont vos projets actuels?
Je travaille à Berlin et à Cully sur une série consacrée au Lake Geneva… dans le Wisconsin. J’y ai marché quelques jours, j’ai dessiné, et j’ai découvert tout un imaginaire lié aux migrations suisses des XVIIe et XVIIIe siècles avec des lieux comme le Como Lake, Interlaken Drive… C’est une histoire de déplacement, de nostalgie, de désir d’ailleurs. Le paysage devient un lieu de mémoire, mais aussi de perte et d’oubli.
Un lieu où vous rêveriez d’exposer?
Le Louisiana Museum, au Danemark. J’y suis allée à vingt ans, et ça a été un choc esthétique et physique. L’architecture en briques, les espaces ouverts, la relation au paysage… À l’époque, c’était un lieu conçu pour l’échange, sans boutique, sans filtre. Un musée qui donnait le sentiment que l’art faisait partie de la vie.
Un artiste avec qui vous aimeriez collaborer?
Robert Gober, j’aime son travail, son rapport à la narration, aux signes et à la tridimensionnalité. Sa force poétique est toujours une surprise.
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Yann Abrecht & Pol Le Vaillant
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Jonas Marguet, @jonasmarguet
Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise
Elle est entrée dans l’art à la grande époque des squats. Galeries, marché, Quartier des Bains… Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise.
Elle est entrée dans l’art à la grande époque des squats. Galeries, marché, Quartier des Bains… Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise.
Au début de votre carrière d’artiste, dans les années 90, à quoi ressemblait la scène genevoise? Et comment y êtes-vous entrée?
J’y suis arrivée à travers les squats. En revenant de Londres où j’étudiais, j’ai retrouvé à Genève des amis artistes ou qui étudiaient l’art. Je faisais passablement la fête et croisais beaucoup de monde dans les raves. C’est là que j’ai rencontré Sidney Stucki, Fabrice Gygi, Elena Montesinos, Vanessa Bianchini. Sans oublier Vidya Gastaldon et Jean-Michel Wicker dont j’étais proche. C’est avec tous ces gens que j’ai commencé à m’intéresser à l’art contemporain, à aller au MAMCO, à voir les expositions du Centre d’Art Contemporain et de Low Bet, l’espace créé par l’artiste Laurence Pittet et qui se trouvait en face du MAMCO et où, ensuite, j’ai eu un atelier. Il y avait aussi La Régie de Sidney Stucki et plus tard Darse que tenait Fabrice Gygi. Bref, Genève grouillait de micro-galeries et c’était très excitant.
On parle des années 90. À Genève, la culture squat battait alors son plein. Ce dont profitaient les artistes et, partant, l’art contemporain.
C’est vrai, même si aucun de ces lieux n’était vraiment des galeries commerciales dans le sens classique du terme.
C’était plus facile de trouver un espace pour monter un projet. Rhino, l’Ilôt 13, Lissignol, la Maison de thé… Chaque squat avait son espace d’art et de la place pour des ateliers que les artistes occupaient sans payer de loyer. Tout était simple et autogéré. On n’avait pas besoin de réviser des comptes, de constituer des dossiers pour demander des fonds ou décrocher une subvention. L’esprit était underground, très communautaire, les choses se faisaient de personne à personne.
Et puis la politique genevoise a décidé de mettre fin à la tolérance des squats. Et tout s’est terminé.
Le principe des espaces indépendants est revenu depuis quelques années, mais en moins punk, en plus organisé. Pas mal de mes étudiants de la HEAD ouvrent des artists run spaces. Ils s’entendent avec le propriétaire d’un immeuble en cours de rénovation ou se font allouer des fonds. Ça ne représente pas des sommes énormes, mais cela permet de réaliser des projets.
Il faut en cela reconnaître que la Suisse offre beaucoup de soutiens qui compensent, un peu, un coût de la vie de plus en plus élevé. Je pense aussi à la rémunération des artistes qui est désormais obligatoire pour chaque espace d’art subventionné. C’est une très bonne chose, mais cela oblige aussi les lieux à demander des augmentations de subventions dans un climat économique très tendu. Ce qui change complètement l’équilibre.
La HEAD justement. A-t-elle participé à redynamiser une scène qui s’est retrouvée un peu atone aux alentours de 2010?
Elle a sans doute internationalisé la scène. Elle a attiré des étudiants venus de l’étranger dont certains sont restés. Elle a aussi augmenté ses effectifs, notamment avec des professeurs aux profils plus internationaux. Des lieux indépendants comme Cherish ou HIT ont également été de sacrés catalyseurs.
Vous-même, vous vous êtes occupée de Forde, l’espace d’art de l’Usine.
C’était au moment de mon retour de New York où j’avais assisté l’artiste John Tremblay. J’avais aussi trouvé un job de stagiaire chez Susan Cianciolo à travers la revue Purple pour qui j’écrivais des textes. Elle créait une mode portée par des artistes et dont les défilés se déroulaient dans des galeries.
Après deux ans, j’ai décidé de rentrer pour me présenter à la direction de Forde avec Fabrice Stroun. Nous succédions alors à Klat. Après une année et demie, je suis repartie à New York pour suivre le Whitney Program avant de vivre un temps à Berlin. Et de finalement m’installer définitivement à Genève.
En tant qu’artiste, vous avez connu les débuts du Quartier des Bains. Comment l’avez-vous vu évoluer?
Il y a eu une très bonne période dans les années 2010 avec les ouvertures de Ribordy Contemporary, d’Evergreen, de Xippas, des Marbriers et de Truth and Consequences, la galerie de Paul-Aymar Mourgue d’Algue. Il se passait beaucoup de choses dans une ambiance assez festive.
Sauf que Xippas mis à part, tous ces lieux ont depuis fermé.
Oui malheureusement, et puis d’autres les ont remplacés comme lange + pult, Olivier Varenne, Lovay Fine Arts, Mezzanin, Wilde. Mais de facto, le marché international se trouve à Zurich, voire à Bâle, pas ici. Les collectionneurs genevois constituent un monde insulaire. Ce sont des gens qui se connaissent très bien et qui peuvent aider les artistes à vivre de leur travail. Le problème est maintenant de savoir comment renouveler et rajeunir ce milieu.
Vous qui vivez ici et avez dirigé Forde, vous n’avez pourtant jamais eu de galerie à Genève.
En effet. J’ai exposé chez Blondeau & Cie, qui sont plutôt des marchands, et chez Mezzanin, mais qui ne représente pas d’artistes. En Suisse, j’étais chez Francesca Pia dont l’avenir à Zurich, où les loyers sont très chers, reste incertain. On vit peut-être aussi dans une époque où le modèle de la galerie est en train de s’essouffler.
À Genève, le chantier du Bâtiment d’art contemporain oblige les musées et centre d’art qui y travaillaient à se déplacer ailleurs dans la ville. Cela permettra-t-il à l’art d’investir d’autres quartiers que celui des Bains?
Je l’espère. Le Quartier des Bains souffre d’un petit côté répétitif. Ce sont toujours les mêmes endroits; seuls les galeristes ont changé. Élargir le champ serait une bonne manière de redonner de la respiration et de l’inspiration.
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Emmanuel Grandjean
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Alexia Maggioni
Une sélection d’œuvres à travers l’espace public genevois
Art Public, une séléction d’oeuvres à travers l’espace public genevois.
Not Vital, Moon, 2019
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)
Plaine de Plainpalais, parc triangulaire nord, 1205 Genève.
Près de 300 oeuvres du FMAC – la collection d’art contemporain de la Ville de Genève – sont visibles dans l’espace urbain. Le FMAC vous emmène en balade et vous permet de découvrir les oeuvres d’art dans les rues de la cité. Vous pouvez désormais situer celles qui se trouvent autour de vous, les identifier ou lire quelques notes explicatives. Visitez un véritable musée à ciel ouvert.
Les œuvres sélectionnées ici sont issues des collections des Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC).
Sylvie Fleury, Yes to All, 2007
Collection: Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), projet Neon Parallax . Rue Patru 2, angle Avenue du Mail, 1205 Genève (Plaine de Plainpalais)
Mimosa Echard, Mauve Dose, 2018
Collection du Fonds cantonal d’art contemporain du Canton de Genève (FCAC) , Maternité des HUG, Boulevard de la Cluse 30, 1205 Genève
Charles-François Philippe, Sans titre, 1973–1974
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Espace Quartier Aînés Eaux-Vives, rue de Montchoisy 46, 1207 Genève
Markus Rætz, Sans titre [OUI-NON], 2000
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). Place du Rhône, 1204 Genève
Nathalie Du Pasquier, Sans titre, 2022
Collection: Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), projet Neon Parallax. Avenue Henri Dunant 14 (Plaine de Plainpalais)
Albert Rouiller, Jouet pour le vent, 1974–1975
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). École des Vollandes, préau, rue du Nant 35, 1207 Genève
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Gianni Motti, Sans titre, 2016
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). Cimetière de Plainpalais, rue des Rois 10, 1204 Genève
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Alexia Maggioni
Fabienne Levy · Galerie Fabienne Levy
Fabienne Levy, photo: Catherine Gailloud
En 2019, Fabienne Lévy ouvre sa galerie dans sa ville natale de Lausanne. En 2023, elle s’agrandit en ouvrant un second espace à Genève. Cette expansion offre une double visibilité à ses artistes, leur permettant d’exposer simultanément dans les deux villes, tout en touchant un public plus large. Fidèle à sa philosophie, la galerie de Fabienne Lévy et sa collection personnelle reflètent un intérêt profond pour le paysage contemporain et pour des artistes engagé·e·s dans l’exploration du monde qui les entoure.
Fabienne Lévy a étudié l’histoire de l’art à la New York University, travaillé chez Christie’s, avant de s’établir comme conseillère en art. Cette trajectoire lui a permis de développer un regard affûté pour repérer et soutenir les talents émergents et créer des dialogues avec des artistes plus affirmé.e.s.
Pourriez-vous définir la ligne de votre galerie?
Notre galerie s’engage à créer un lien profond entre l’art, les individus et leur humanité, en offrant un espace où la réflexion et l’émotion se rencontrent. Nous mettons en lumière des artistes visionnaires dont les œuvres inspirantes interpellent sur des enjeux fondamentaux de notre société, de notre système et de notre époque.
Convaincus que l’art possède le pouvoir unique d’initier des changements, nous croyons qu’il est aujourd’hui plus essentiel que jamais de sensibiliser et d’éveiller les consciences. Les artistes, avec leurs voix singulières et audacieuses, ouvrent des perspectives nouvelles, invitant chacun à voir le monde autrement, à penser différemment et à s’engager dans un dialogue constructif pour façonner un avenir meilleur
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Vous participez également à de nombreuses foires à l’étranger, en quoi cela est-il important?
Cela permet de présenter les œuvres de nos artistes à un public international et d’établir des connexions avec eux. Voir une œuvre en direct crée une expérience unique qu’il est impossible de reproduire à distance. Les foires offrent aussi une visibilité mondiale, particulièrement pour les galeries situées loin des grandes capitales, et sont des lieux importants de rencontres et d’échanges, où nous pouvons dialoguer avec d’autres acteurs et actrices du monde de l’art et découvrir de nouvelles perspectives.
Une exposition qui vous a récemment marquée?
L’exposition sur le centenaire du surréalisme au Centre Pompidou. J’y ai découvert Varo Remedios, une peintre surréaliste espagnole/mexicaine. Sa manière unique de mêler mysticisme, science et imagination dans des compositions fascinantes m’a impressionnée. Ce qui m’a également frappée, c’est la manière dont Varo explore l’autonomie féminine, un thème d’une grande résonance aujourd’hui.
À une époque où les questions d’égalité et de pouvoir des femmes sont plus que jamais d’actualité, ses œuvres, qui célèbrent la force intérieure et l’indépendance, prennent une nouvelle dimension. Son importance dans le mouvement surréaliste et dans l’art contemporain mérite d’être davantage reconnue.
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Séverine Fromaigeat · Musée Barbier-Mueller
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LInstallé au cœur de la Vieille-Ville de Genève, le Musée Barbier-Mueller conserve, expose et étudie une collection d’objets d’art d’une immense variété. Elle compte aujourd’hui plusieurs milliers d’œuvres allant de l’Antiquité à aujourd’hui et comprend des objets en provenance de tous les continents. Sur un rythme bisannuel, le Musée Barbier-Mueller propose des présentations renouvelées de sa collection et des expositions temporaires. Conférences, rencontres, lectures et performances accompagnent son programme curatorial.
Séverine Fromaigeat, Directrice
Historienne de l’art, Séverine Fromaigeat a une formation en philosophie et en muséographie. Son goût pour l’art contemporain et les projets interdisciplinaires l’ont amené à collaborer avec de nombreuses institutions, du MAMCO à Genève à la Kunsthalle de Bâle, du Musée Pushkin à Moscou à la Klöntal Triennale à Glaris.
Conservatrice au Musée Tinguely de 2017 à 2023, elle y a réalisé de nombreuses expositions autour de la performance. Co-fondatrice de l’espace d’art Zabriskie Point, elle dirige le Musée Barbier-Mueller depuis novembre 2024.
Vous venez de prendre la direction du musée Barbier-Mueller, pouvez-vous nous parler des nouvelles perspectives que vous avez pour cette institution?
Il s’agit tout d’abord de préserver et de rendre accessible l’extraordinaire collection d’art – tant dans son ampleur que par sa diversité – du Musée Barbier-Mueller. Grâce à la collaboration avec des artistes contemporain·e·s, je souhaite proposer une expérience muséale renouvelée, aussi bien sensible, intellectuelle, physique qu’esthétique.
Et, par le biais des expositions, raconter dans l’espace des histoires, des objets, enchâsser les époques et croiser les territoires. Les projets porteront à la mise en valeur de la puissance symbolique et visuelle des arts autochtones, tout en inscrivant la collection dans le présent, en tissant un dialogue continu avec les questions d’aujourd’hui.
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Quels sont vos liens à Genève?
Multiples, joyeux, intimes et culturels.
Comment aimeriez-vous voir évoluer la scène culturelle à Genève?
Qu’elle continue ainsi, dans un renouvellement permanent, avec une belle profusion de surprises et de projets ambitieux, en gardant ce mélange d’échelles et de styles qui fait sa force.
Qu’est-ce qui vous surprendra toujours à Genève?
La curiosité culturelle insatiable de sa population, les beautés inégalables de sa nature environnante, les charmes de la Vieille-Ville, et ce joyeux cosmopolitisme qui la rend si chaleureuse et ouverte sur le monde.
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Pierre-Henri Jaccaud · Galerie Skopia
Rencontre avec Pierre-Henri Jaccaud, fondateur de la galerie Skopia.
© Photo: Guillaume Megevand
La galerie Skopia, fondée en 1989, est une galerie d’art contemporain rassemblant des artistes de tous médias. Dès 1993, la galerie expose à la foire de Bâle sans interruption. En 1994, la galerie déménage à Genève dans le quartier de la SIP, ancienne friche industrielle dont une partie des bâtiments est occupée par le Centre d’art contemporain et le MAMCO.
Elle se signale par un choix rigoureux et par un grand nombre de «premières». À travers sa programmation, la galerie cherche constamment à montrer ou exprimer de nouvelles stratégies artistiques. Ancré dans l’art contemporain suisse et fidèle à ses choix historiques, le programme se développe aujourd’hui sur un plan international.
Pierre-Henri Jaccaud est le directeur et fondateur de la galerie Skopia.
Quels sont les défis d’un galeriste après 35 ans d’existence?
Maintenir la qualité et l’exigence du regard, de la réflexion, du choix. Chercher, douter, chercher encore. Et idéalement trouver!
Quel regard portez-vous sur l’évolution du quartier des Bains?
Avec plus de 20 ans d’existence, on peut dire que Quartier des Bains a eu plusieurs vies! L’idée est née au printemps 2001 d’Edward Mitterrand, de Pierre Huber et de moi-même autour d’un café! Passée la surprise totale du succès du premier vernissage commun, il y a eu, d’abord, une gestion amateure.
En 2004, l’arrivée et la proposition de Marc Blondeau de créer une association a permis de nous structurer. C’était une période d’intense développement: arrivées en nombre de nouvelles galeries, création et gestion du prix de Quartier des Bains, augmentation massive du public aux vernissages, relations suivies avec les autorités politiques, les institutions et les médias, cette période va durer jusqu’en 2010-2012.
Rétrospectivement, cela a été une sorte d’âge d’or, la nouveauté avait généré une énergie fantastique et inattendue, il y avait des problèmes de gestion, mais aussi une dynamique, une envie, dans le public. Puis les choses se sont logiquement un peu calmées. L’euphorie est retombée, certaines galeries sont parties ou ont fermé, notre nombre a diminué. Le Covid est aussi passé par là.
Ces dernières années, le marché s’est plus structuré, plus professionnalisé, avec l’arrivée de nouveaux galeristes qui étaient paradoxalement déjà expérimentés.
Aujourd’hui, il y a trois défis majeurs auxquels nous allons être confrontés dans un avenir proche. D’une part, une période d’incertitude économique, avec un cycle de ralentissement général annoncé. Un autre défi est la fermeture des institutions du BAC, ceci pour une durée annoncée de quatre ans (minimum).
Dernier point, crucial et qui est en relation avec les deux autres: quelle sera l’attitude commune des membres de l’association face à ces challenges? Si, par définition, chaque galeriste est unique et souverain dans ses choix, l’histoire même de l’association et son succès ont montré la nécessité d’une politique et d’une discipline communes. L’union a fait notre force. Aujourd’hui, à mes yeux, l’existence même de l’association dépend de cette volonté commune et de notre créativité face à cette nouvelle situation.
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Quel est votre plus beau souvenir en tant que galeriste?
C’est juste impossible à dire et à choisir, il y en a eu tellement. Les plus intenses sont presque toujours liés à des visites d’atelier, à des discussions ou des rencontres avec des artistes, des collectionneurs ou d’autres personnes, à des surprises, des découvertes, à la fierté et au plaisir à voir et à montrer certains travaux, certaines expositions.
C’est un ensemble, un tout. Une fois encore, je reprends les mots de Godard: «(…) le plus beau dans le voyage, c’est le voyage!»
Y a-t-il des conseils que vous auriez aimé recevoir à vos débuts?
Je souris, je crois qu’à l’époque, je n’étais pas prêt du tout à recevoir des conseils, si j’en ai reçus, je les ai oubliés en route. J’aime bien le proverbe chinois qui dit: l’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru…
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Élise Lammer · Espace Halle Nord
Halle Nord est un centre d’art contemporain situé aux Halles de l’Île, au cœur de Genève. Il constitue une fenêtre ouverte sur la production artistique contemporaine, mettant en avant la singularité des démarches artistiques et en soutenant la diversité des formes de création. Composé d’une grande salle d’exposition et de deux capsules annexes vitrées, Halle Nord favorise la visibilité des œuvres grâce à son architecture transparente, offrant un accès direct aux expositions jour et nuit.
Élise Lammer, Directrice
Directrice de Halle Nord, Elise Lammer est commissaire d’art et chercheuse suisse, spécialisée dans l’exploration du rôle de l’espace (public et domestique) dans la construction de l’identité. Son approche transdisciplinaire et intersectionnelle interroge les récits historiques marginalisés et les réévalue sous un prisme contemporain. Doctorante à l’Institut Art Gender Nature de Bâle et à l’Université Linz, elle mène actuellement un projet de recherche autour du jardin de l’artiste et militant queer britannique Derek Jarman.
À quels changements avez-vous l’impression d’assister dans l’art contemporain?
Plus que d’y assister, c’est bien un changement total de paradigme que j’attends dans le milieu de l’art contemporain, surtout au niveau des lieux financés par la collectivité et leur rapport avec les questions de durabilité.
Avec Halle Nord, qui est un centre d’art principalement dévoué à la production, nous essayons d’augmenter la visibilité des œuvres que nous produisons tout en ralentissant les cycles de production (et souvent de destruction) liés à la conception de nouvelles œuvres. En les mettant en rapport avec un écosystème de centres d’art alliés enEurope, nous permettons aux artistes émergent·e·s·x que nous invitons de montrer leur travail dans d’autres lieux, dans le cadre de co-productions ciblées.
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De quoi l’art contemporain a-t-il le plus besoin?
D’une éthique de travail saine; de la fin des plafonds de verres pour les femmes, les personnes racisées et LGBTQIA+; d’un retour à un formalisme engagé et moins d’ignorance envers l’histoire. Et que nous, les acteur·ice·s·x du monde de l’art, alignions nos actions aux valeurs que nous professons dans les expositions que nous promouvons.
Quelles sont les dernières expositions importantes qui vous ont marquées?
À Genève, j’ai été très impressionnée par l’exposition de Giulia Essyad au Centre d’art Contemporain dans le cadre des Bourses de la Ville de Genève 2024. Dans une installation comprenant une vidéo et des œuvres accrochées, elle continue à explorer les codes de la sensualité par le biais de mises en scène qui explosent les normes de beauté, de décence et questionne notre rapport au désir. Je trouve son langage formel très original et son travail me fascine.
J’ai également été marquée par la performance de Julie Béna au Musée d’art et d’histoire dans le cadre du programme de Thomas Conchou, qui est curateur en résidence pour la saison 2024/2025.
Son univers burlesque m’avait toujours intriguée, sans pour autant vraiment me convaincre. C’est lorsque j’ai vu Stories of River, une performance-saga sur l’avortement dans laquelle sa mère et sa fille jouent à ses côtés que j’ai vraiment saisi la teneur politique de son travail, qui fait aussi preuve d’une grande sensibilité et de poésie.
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Catherine Tabatabay-Schmitt & Eliott Cardet · Librairie L’Exemplaire
Ouverte en 1987 à la rue du Perron par Catherine Tabatabay-Schmitt, L’Exemplaire est aujourd’hui installée au 25, Grand Rue.
Spécialisée dans le commerce de livres rares, cette librairie propose aux bibliophiles un choix rigoureux d’éditions originales, dont un bon nombre sur grands papiers, de livres illustrés par les artistes marquant·e·s du 20e siècle et de reliures signées. Suite à l’ouverture de son nouvel espace en 2024, elle est aussi devenue une galerie exposant des œuvres de différents courants artistiques modernes comme le surréalisme et l’abstraction d’après-guerre.
Catherine Tabatabay-Schmitt
Catherine Tabatabay-Schmitt a fondé sa librairie spécialisée dans les livres rares après des études de lettres et un passage à la librairie Slatkine. Son expertise dans la recherche et la préservation des ouvrages rares lui a permis de bâtir une place de choix dans le monde des librairies spécialisées.
Eliott Cardet
Eliott Cardet l’a rejoint il y a une dizaine d’années, après des études d’histoire de l’art et d’expertise à Paris. Leur relation professionnelle repose sur une longue histoire personnelle. Aujourd’hui, ils poursuivent ensemble la mission de préserver et faire découvrir les trésors du 20e siècle, qu’ils soient littéraires, artistiques ou historiques, dans le respect et l’amour des objets qu’ils découvrent, collectionnent et partagent.
Un artiste/écrivain qui vous tient particulièrement à cœur?
Jacques Prévert, un génial touche-à-tout à la fois écrivain, scénariste et artiste. Ayant connu les plus grand.e.s intellectuel.le.s du siècle dernier, il englobe tout ce que nous aimons dans le monde du livre rare, un art total! Nous avons le plaisir de préparer une grande exposition Prévert pour le courant de l’année 2025 où les amateurs pourront retrouver des collages, des dessins originaux et bien entendu des éditions originalesen grands papiers.
Comment devient-on marchand de livres rares?
Beaucoup par passion, un peu par hasard.
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Comment avez-vous vu évoluer la scène dans votre domaine à Genève?
Jusqu’aux années 80, il y avait encore de nombreuses librairies spécialisées à Genève qui ont maintenant disparu. Aujourd’hui nous ne sommes plus que deux! Mais nous rencontrons une nouvelle génération, curieuse de cette passion un peu cachée et secrète qu’est la bibliophilie, qu’elle aborde en la mettant en relation avec ses propres références culturelles: tout n’est pas perdu!
Votre exposition pour l’édition d’Art Genève 2025?
Nous présenterons un choix de gravures modernes d’artistes important·e·s, la plupart ayant aussi illustré des livres. On pourra y trouver de rares tirages de gravures de Miró, Max Ernst, ou encore Henri Laurens.
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Michèle Rossier · Teo Jakob
Rencontre avec Michèle Rossier, directrice régional de Téo Jakob.
Le magasin Teo Jakob, situé à Carouge, est un showroom de design d’intérieur proposant une sélection pointue de meubles contemporains, luminaires et objets décoratifs de marques suisses et internationales.
Un lieu incontournable pour les passionné·e·s de design haut de gamme à Genève. Tout au long de l’année, l’espace accueille des événements tels que des expositions, des lancements de collections, des conférences, ainsi que des rencontres avec des créateurs et designers.
Ces événements visent à explorer les frontières entre art, design et architecture, tout en mettant en avant des talents locaux et internationaux.
Michèle Rossier
Michèle Rossier est directrice régionale et membre de la direction générale de Teo Jakob depuis 2009. Passionnée de design, elle a d’abord travaillé à son compte avant de rejoindre Teo Jakob en 2001.
Pour vous, le design c’est…?
Je considère le design comme l’alliance parfaite entre esthétique, fonctionnalité et innovation. Depuis 75 ans, Teo Jakob incarne cette philosophie en proposant des solutions d’aménagement qui reflètent une élégance contemporaine et une qualité irréprochable.
Le design est pour moi aussi bien une passion qu’une mission: créer des environnements qui inspirent, réconfortent et reflètent la personnalité de celles et ceux qui y vivent, tout en respectant la qualité et l’esthétique qui font la renommée de Teo Jakob.
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Quels liens Teo Jakob entretient-il avec l’art?
Depuis sa fondation en 1950, Teo Jakob a toujours considéré que les meubles design, l’architecture d’intérieur et les arts visuels sont indissociables. Cette vision holistique se manifeste par l’intégration constante d’œuvres d’art au sein de ses showrooms, offrant une expérience esthétique complète à ses visiteurs.euses.
La Fondation Collection d’Art Teo Jakob comprend des peintures, des sculptures et des objets d’artistes suisses et internationaux, tels que Le Corbusier, Meret Oppenheim, Franz Gertsch et Jean Tinguely. Les œuvres de cette collection sont présentées dans les showrooms de Teo Jakob à Genève, Berne et Zürich où elles dialoguent harmonieusement avec le mobilier exposé. Cette intégration de l’art et du design crée une atmosphère unique, reflétant notre engagement à promouvoir une esthétique qui dépasse la simple fonctionnalité.
Nous sommes également partenaires d’Art Genève depuis sa création et contribuons grandement à apporter à ce salon annuel un environnement particulièrement chaleureux. Pour nos 75 ans, nous sommes fiers d’y présenter une exposition intitulée Collaborations qui retrace la passion et l’engagement de Teo Jakob pour l’art et le design.
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Danaé Panchaud · Centre de la Photographie Genève
Rencontre avec Danae Panchaud, directrice du Centre de la Photographie Genève.
Danaé Panchaud, Portrait by Anne Morgenstern, 2024
Le Centre de la photographie Genève est l’une des trois institutions du Bâtiment d’art contemporain, aux côtés du MAMCO et du Centre d’Art Contemporain Genève.
Principalement consacré à la création liée à l’image photographique au 21e siècle, il se veut un défricheur en prêtant une attention particulière aux artistes, suisses et internationaux, dont les travaux n’ont pas encore reçu une visibilité institutionnelle importante en Europe.
Danaé Panchaud
Danaé Panchaud est une curatrice, muséologue et enseignante spécialisée dans la photographie contemporaine. Elle dirige le Centre de la photographie Genève depuis 2022, après avoir été en charge, de 2018 à 2021, du Photoforum Pasquart de Bienne, et travaillé dans plusieurs centres d’art et musées romands de 2007 à 2017.
Pour vous l’art c’est…?
Avant tout de multiples manières de mettre des choses — et des gens — en lien, et, parfois, de proposer de nouvelles manières d’être au monde.
Un projet ou une exposition dont vous êtes particulièrement fière?
L’exposition Making Light of Every Thing, présentée au Centre de la photographie Genève au printemps 2024. Commissariée avec mon collègue Claus Gunti, elle explorait les manières dont l’image photographique construite, manipulée, fabriquée ou générée peut exprimer nos rapports intimes au monde, par un travail d’association très libre, intuitif et spéculatif, des travaux de douze artistes contemporains.
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Quels seront les projets du Centre de la photographie Genève durant la période de fermeture du BAC pour travaux?
Dès 2025, le Centre de la photographie Genève investira deux espaces d’exposition distincts, fruits d’étroites collaborations avec des institutions genevoises. Notre programme actuel d’expositions temporaires se poursuivra dès le mois de mai dans un espace dédié de la Bibliothèque de Genève, dans le parc des Bastions, qui nous hébergera jusqu’à la fin des travaux.
En parallèle, la Maison de l’enfance et de l’adolescence des HUG nous a confié la programmation de son espace d’exposition, et nous y présenterons quatre expositions monographiques pensées spécifiquement avec les artistes pour le contexte particulier de l’hôpital.
Nous poursuivrons en parallèle nos activités éditoriales avec la collection Superscripte, notre programme de médiation pour les publics scolaires, et notre programme dédié aux artistes professionnel·les (ateliers, mentorat, etc.).
Asma Barchiche & Mina Squalli-Houssaïni · Forde
Rencontre avec Asma Barchiche & Mina Squalli-Houssaïni de l’espace Forde.
Forde est une anomalie précieuse dans le paysage de l’art contemporain: un espace né de l’urgence et du désir collectif, imaginé en 1994 par Fabrice Gygi, Alexandre Bianchini et Nicolas Rieben dans l’enceinte de l’Usine.
Depuis sa création, il demeure un lieu autonome, affranchi des pressions institutionnelles et commerciales, où l’art peut se risquer à des formes inattendues. Chaque équipe qui en prend la direction, tous les deux ans, hérite de ce projet à la fois exigeant et généreux, l’enrichissant de ses obsessions et de ses envies.
Asma Barchiche & Mina Squalli-Houssaïni
Asma Barchiche est une curatrice et chercheuse basée à Genève et responsable des programmes éducatifs au Centre d’Art Contemporain de Genève. Elle est co-fondatrice des chichas de la pensée, un programme culturel itinérant accueilli par des institutions telles que le Centre Georges Pompidou, le MUCEM Marseille ou Lafayette Anticipations. Sa pratique met l’accent sur l’éducation, les stratégies d’apprentissage et les dialogues avec les artistes, favorisant l’innovation dans l’art contemporain.
Mina Squalli-Houssaïni est une artiste pluridisciplinaire basée à Genève. Diplômée du Work.Master à la HEAD – Genève en 2023, elle a exposé dans divers espaces, notamment au Centre d’Art de Neuchâtel, Karma International à Zürich, Lodos à Mexico City, et Liste Art Fair à Bâle. Elle est également programmatrice au festival Les Urbaines.
Pourriez-vous nous présenter le programme de curation pour lequel vous avez été choisies?
Entre 2023 et 2025, nos propositions pour la programmation de Forde s’ancrent dans nos expériences respectives: l’une liée à l’écriture, à la recherche et à la médiation, l’autre à la pratique artistique et à une approche directe de l’art.
Notre objectif est de croiser nos intérêts, nos goûts et nos questionnements pour inscrire notre travail dans cet espace tout en affirmant des orientations artistiques, culturelles et politiques marquées.
Nous voyons dans Forde un lieu où nos idées prennent des formes concrètes, des espaces tangibles où se rencontrent œuvres, idées et publics.
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Quelles sont les spécificités de l’espace Forde?
Forde n’est pas seulement un lieu de production artistique. Depuis trente ans, il a été façonné par quinze équipes de programmation successives, chacune apportant son regard et ses méthodes.
Tous les deux ans, une nouvelle équipe prend la direction de Forde, réinventant ses contours selon des priorités et des intuitions propres. Ce modèle de gestion garantit que chaque génération imprime sa marque, en explorant librement les multiples possibilités qu’offre cet espace. Forde se distingue par cette capacité à accueillir des projets qui interrogent, transforment et prolongent les pratiques artistiques.
L’Usine, ce bâtiment emblématique de Genève, est un acteur clé dans la définition de Forde. Plus qu’un simple cadre, l’Usine est un écosystème où se croisent musiques, arts visuels, performances et militantisme. Cette proximité nous pousse à imaginer des projets où les disciplines se rencontrent, créant des expériences collectives enracinées dans leur contexte social et culturel.
Faire Forde ensemble, c’est transformer nos conversations en espaces tangibles, en expositions, en performances ou en livres. C’est l’un des luxes que nous nous offrons: montrer ce que nous avons envie de voir, sans compromis. À travers des formats variés — expositions, performances, projections, éditions, soirées —, nous cherchons à multiplier les points d’entrée.
Ce programme est une invitation à penser l’art comme un espace d’échange, où les positions se confrontent et se transforment. À l’aune de ses trente ans, Forde maintient cette approche expérimentale qui privilégie le risque à la conformité. Forde reste un terrain d’essai, un espace où l’on peut penser autrement les conditions de production et de réception de l’art aujourd’hui.
Lampe à lave Astro — Denis Savary
Un.e artiste nous parle d’un objet qui lui est cher, l’accompagne au quotidien, et a bien souvent un lien avec son processus créatif.
Un·e artiste nous parle d’un objet qui lui est cher, l’accompagne au quotidien, et a bien souvent un lien avec son processus créatif.
« Il s’agit d’une lampe à lave Astro des années 90, de la marque anglaise Mathmos. J’ai trouvé cet objet à Londres, lorsque j’y vivais et il est revenu avec moi dans mes valises. Depuis, j’aime l’allumer le soir chez moi. La cire prend du temps à fondre à la chaleur de l’ampoule halogène dans sa base. Au début elle produit des sortes de cristaux, jusqu’à se mettre enfin à danser. Sa lueur verte m’accompagne durant durant la nuit. »
Inclassable et protéiforme, le travail de Denis Savary (né en 1981 à Granges Marnand, Suisse, vit et travaille à Genève et Londres) prend tour à tour la forme de sculptures, de dessins, d’installations, de vidéos ou de pièces sonores. Privilégiant des procédés d’appropriation, de citation ou de collaboration, l’artiste navigue librement entre ces différents médiums et les associe pour mieux explorer le décloisonnement des genres et des époques. Il est représenté par la galerie Maria Bernheim.
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Yann Abrecht
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Denis Savary
L’Œuvre de Lionel Latham
Une oeuvre ou un artiste qui a marqué la carrière d’un marchand. Lionel Latham évoque sa rencontre décisive avec Edouard Chapallaz (1921-2016), l’une des personnalités majeures de la céramique suisse de la seconde moitié du 20e siècle.
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Une œuvre ou un·e artiste qui a marqué·e la carrière d’un marchand.
Lionel Latham évoque sa rencontre décisive avec Edouard Chapallaz (1921-2016), l’une des personnalités majeures de la céramique suisse de la seconde moitié du 20e siècle. Dès la fin des années 50, il développe un travail personnel de recherche sur le grés et les émaux, qui se distingue par des formes archétypiques aux qualités formelles et spirituelles saisissantes
«Édouard Chapallaz est un céramiste suisse avec qui j’ai eu la chance de collaborer et qui a grandement contribué à faire reconnaître ma galerie. Notre première rencontre remonte à 1982.
À l’époque, ma galerie était située aux Pâquis et j’acquérais alors une céramique portant deux marques: Chapallaz et Menelika. C’était une belle pièce, parfaitement tournée, mais son style, monochrome et dans l’esprit scandinave des années cinquante, ne ressemblait pas à ce que produisait Menelika. Intrigué, j’ai décidé d’écrire à Chapallaz pour lui demander des explications. Il m’a répondu avec cordialité m’expliquant qu’il avait travaillé un an chez Menelika en tant que tourneur. En contrepartie, il pouvait utiliser leur atelier pour créer ses propres pièces, ce qui expliquait la double signature.
Au fil des années, nous avons gardé contact. J’ai continué à acheter des pièces des années cinquante issues de Menelika, tandis qu’Édouard poursuivait une carrière plus que respectable: expositions muséales, reconnaissance internationale, collaborations avec des marchands réputés comme Engelberts ou la galerie L’Entracte à Lausanne.
En 1997, lorsque j’ai déménagé dans ma galerie actuelle, rue de la Corraterie, il m’a spontanément proposé de l’exposer, un geste d’une grande générosité car je n’aurais jamais osé le lui demander.Je garde un souvenir marquant de son premier vernissage.
À l’époque, j’ouvrais toujours mes portes à 17h précises, et ce jour-là, dix collectionneurs·euses attendaient déjà devant la porte. Une autre époque!
L’exposition fut un franc succès: Chappalaz m’avait confié 79 céramiques… et j’en ai vendu 81! Il avait un véritable fan-club, composé de contemporains aujourd’hui disparus. Et il pratiquait une politique de prix étonnamment douce pour des pièces d’une telle qualité muséale, allant de 300 à 3500 CHF.
Par la suite, j’ai organisé quatre autres expositions de son vivant, toutes couronnées de succès. Avec le temps, nous nous sommes rapprochés. Nos échanges étaient riches: il me présentait de nouveaux artistes, m’envoyait des collectionneurs.euses et encore aujourd’hui, je continue de découvrir et d’acheter de nouvelles pièces de lui qui m’étaient inconnues…
Cette rencontre fut extraordinaire. Édouard Chapallaz était un grand céramiste, conscient de son talent mais sans jamais en faire l’étalage. Plus récemment, j’ai fait une autre belle découverte: la céramiste Petra Weiss. Âgée de 77 ans, elle travaille toujours dans son atelier au Tessin, où je suis allé la rencontrer. Ce fut une très belle expérience, et j’ai d’ailleurs présenté ses œuvres lors du dernier parcours céramique.»
— Lionel Latham
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Pol Le Vaillant
À propos du membre
Anne Minazio, fondatrice de la galerie Kissed Then Burned nous présente son rapport au livre et sa bibliothèque.
En 2013, Anne Minazio transforme son ancien atelier en y ouvrant l’espace HIT : l’un des Artist-run spaces les plus stimulants et dynamiques que la ville ait connu ces dernières années. En janvier 2025, le lieu change d’orientation pour devenir une galerie sous le nom de Kissed then Burned
En 2013, Anne Minazio transforme son ancien atelier en y ouvrant l’espace HIT: l’un des Artist-run spaces les plus stimulants et dynamiques que la ville ait connu ces dernières années. En janvier 2025, le lieu change d’orientation pour devenir une galerie sous le nom de Kissed then Burned.
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Anne Minazio construit sa bibliothèque de manière organique autour des domaines qui l’intéressent et qui sont ceux autour desquels elle développa le projet de HIT: l’art contemporain, le design, l’architecture, la mode et la street culture. Chaque été durant 5 ans, elle a proposé dans son espace La Bibliothèque de HIT: un projet qui permettait de faire découvrir une sélection de livres issus de sa bibliothèque mais aussi d’y partager d’autres corpus à travers les nombreux projets collaboratifs qu’elle a mis sur pied.
« Ce qui est beau, c’est que ton rapport à un même livre peut se renouveler tout le temps. En fonction de ce que tu as dans la tête à un moment donné, de ta journée, de ton humeur ou de l’époque. »
Se réinventer, rencontrer de nouvelles personnes, échanger et aller de l’avant avec d’autres projets… Aujourd’hui Anne poursuit dans cette voie avec Kissed then Burned. Elle représente les artistes Clément Grimm, Finn Massie et Eliot Möwes. Elle nous présente ici une sélection de livres d’arts issus de la bibliothèque de son appartement, situé dans le quartier de Plainpalais et qu’elle a transformé en Showroom.
SÉLECTION DE LIVRES
1. MacGuffin, The Life of Things. № 1 The Bed.
ISBN 977–2405820002
2. Richard Prince, American Prayer. Bibliothèque Nationale de France.
ISBN 978–2717724806
3. A Handful of Dust. David Campany Mack Books.
ISBN 978–1910164969
4. BODENREFORM. Ernst & Sohn.
ISBN 978–3433021590
5. Philip-Lorca di Corcia, Hustlers. Steidl Verlag.
ISBN 978–3869306179
6. Ideas from Massimo Osti. Corraini Edizioni.
ISBN 978–8875706296
7. Josef Frank, Against Design. Birkhauser.
ISBN 978–3035624724
8. Guten Tag, Pablo Tomek. Rotolux Press.
ISBN 979–1096398133
9. Palace Product Descriptions – The Selected Archive. Phaidon.
ISBN 978–1838665845
10. The Paintings of Ross Bleckner. Édition Alain Noirhomme.
ISBN 978–2930487014
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Yann Abrecht
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