Barbara Polla · Analix Forever
Depuis 1991, les murs nomades d’Analix Forever ont accueilli les œuvres de quelques 700 artistes. À Chêne-Bourg, la galerie s’ouvre sur un jardin et accueille une maison d’édition et une librairie. Le dessin, la poésie, la vidéo, la musique, les lectures et débats font partie intégrante de l’activité artistique, à Genève comme à Paris, chez Barbara Polla. Et les plus grands peintres – tel Serwan Baran – y côtoient les plus jeunes talents – telle Jade Jouvin.
Barbara Polla
Docteure en médecine, écrivaine, galeriste, poète, Barbara Polla travaille par thèmes – les femmes, art et prison, l’art vidéo, et désormais «art et paix» – tout en accueillant tout projet novateur, esthétiquement séduisant, intellectuellement stimulant. Elle est actuellement doctorante en philosophie sur le thème de la paix à l’Université libre de Bruxelles.
Quel a été votre tout premier contact avec l’art contemporain?
Ma mère était peintre et, petite fille, j’ai grandi à l’ombre de ses palettes: elle peignait dans le jardin, je la regardais faire et elle m’intégrait dans ses autoportraits.
Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir galeriste?
Je ne sais pas exactement. «C’est que ta mère était peintre», me disent certains – mais non, car mes frères ne sont pas devenus galeristes pour autant!
Mais à un moment donné, vers la quarantaine, il m’a semblé indispensable d’inclure l’art dans ma vie active, pas seulement comme spectatrice, mais comme actrice. Question de passion, voire, de survie. Et devenir galeriste m’a paru la voie la plus directe. Je montre donc, promeus et vends les images et les formes créées par toutes sortes d’artistes du monde.
J’aime les artistes et je leur suis reconnaissante, de passer leur vie à créer. Et comme j’aime les mots autant que les images, ma galerie est devenue récemment une galerie-librairie. Certaines choses mettent du temps à advenir. Quelle sera l’étape suivante? Créer un musée?
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Quels sont les aspects les plus surprenants de votre travail?
Ce qui continue de me surprendre le plus, au quotidien, ce sont les états d’âme des artistes. L’on dit d’ailleurs de moi que je suis une collectionneuse d’âmes.
Pourquoi être, devenir, artiste? Pourquoi créer? Comment font les artistes, pour donner forme à leurs états d’âme? Comment expriment-ils leurs visions, leurs désirs, leurs mondes, comment partagent-ils tous ces autres qui les habitent, avec nous? Qu’est-ce qui, dans le geste artistique, en fait potentiellement un geste de paix?
Tant d’autres questions m’animent, encore. Pourquoi collectionner? Qu’est-ce qui se passe vraiment, dans cette rencontre toujours extraordinaire, entre l’œuvre d’un artiste et le désir du collectionneur de vivre avec cette œuvre? Comment partager le plus largement possible l’humanisme profond de la création artistique ?
Céline Lange et Stefano Pult · Galerie Lange + Pult
La galerie Lange + Pult a été fondée en 2003 par Céline Lange et Stefano Pult à Auvernier, nichée entre les rives du lac de Neuchâtel et les vignobles environnants. Immergée dans ce cadre idyllique, la galerie s’est imposée comme un point de contact entre les régions, les générations et les pratiques artistiques audacieuses. En septembre 2023, la galerie s’étend à Genève, dans la réputée rue des Bains, proposant aux artistes un nouvel espace d’exposition.
Céline Lange et Stefano Pult
Après une formation d’historien de l’art, Stefano Pult a réalisé le catalogue raisonné d’Italo Valenti en développant contemporainement une activité de marchand. En 1999 il ouvre une première galerie à Neuchâtel, pour ensuite déménager à Auvernier.
Céline Lange l’y rejoint en 2003. Après une formation en droit et dans le marché de l’art, elle prend la direction d’une galerie spécialisée dans l’art contemporain chinois à Paris.
Céline Lange et Stefano Pult ouvrent un deuxième espace à Zurich en 2007 et établissent la réputation internationale de la galerie. En 2023, ils inaugurent une troisième galerie à la rue des Bains à Genève.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer une galerie d’art?
C’est venu naturellement: la magie des rencontres avec les artistes, la passion des collectionneurs.euses et la place de l’art dans leur vie, mais aussi les visites des expositions dans les institutions et les autres galeries.
Quelle est la ligne artistique de la galerie?
Avec son engagement à la croisée des régions et des générations, la galerie lange + pult a tracé une ligne dans sa représentation artistique avec une attirance pour l’art abstrait minimaliste, néo-pop et conceptuel, avec un enthousiasme particulier pour le vocabulaire géométrique, expérimental et tridimensionnel.
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Quel rôle préférez-vous dans votre quotidien de galeriste?
Les échanges passionnants avec les artistes et les collectionneurs.euses passionné.e.s. Les visites et la découverte de nouvelles créations dans l’atelier des artistes.
Après Auvernier et Zurich, pourquoi avoir choisi d’ouvrir un espace à Genève?
Genève aurait dû être le numéro un, en effet, ce n’est que par un concours de circonstances que la galerie n’a pas été créée à Genève mais à Neuchâtel.
Genève est une ville qui a aujourd’hui une reconnaissance internationale dans le domaine de l’art contemporain, des institutions courageuses, des mécènes fidèles et une foire réputée, un lieu idéal pour une galerie ambitieuse.
Séverine Redon · HiFlow
Le monde économique en mutation, les enjeux sociétaux et environnementaux amènent toutes les structures à repenser leurs innovations et leurs organisations. HiFlow est un tiers lieu éco-culturel animé par une association, née d’une dynamique collective, avec la volonté de questionner nos futurs et de valoriser des initiatives positives. HiFlow, à la fois résidence d’entreprises et hub culturel, fait dialoguer création et innovation pour penser nos futurs, au sein d’un espace de 3000m2 installé dans la zone Industrielle de Plan-Les-Ouates.
Séverine Redon
Entrepreneuse, Séverine Redon aime imaginer des projets hybrides et les développer dans une dynamique collective. Après un parcours dans l’événementiel à Paris, elle fonde plusieurs lieux dédiés à la création, dont HiFlow en 2020. Elle initie ensuite Factory 36, des ateliers partagés, et Parenthèse(s), résidence d’artistes et lieu de villégiature. Entre Paris et Genève, elle poursuit son engagement avec Wise Women, un cercle dédié aux femmes de la culture et de la création.
Comment est né l’espace HiFlow?
La vie m’a emmenée à Genève et HiFlow est née de là, d’un bâtiment industriel presque vide à Plan-les-Ouates. En 2019, le processus de création a été lancé par une série de workshops puis la création d’un comité de pilotage et puis est apparue cette idée de croiser innovation et création.
Et quelle est sa philosophie?
J’ai réalisé un jour, assez tôt, que j’étais profondément animée par la magie et la poésie de l’éphémère, par les nouvelles rencontres, consciente de l’excitation que me procurait la genèse d’un projet ou la communion engendrée par le collectif.
Depuis, je n’ai eu de cesse de chercher ce bonheur-là, en créant une agence évènementielle puis des lieux culturels à Paris, en rencontrant des personnalités fortes, des talents de multiples horizons. Décloisonner, hybrider, faire dialoguer, ouvrir des perspectives, grandir au monde en quelque sorte… apporter ma petite part au rayonnement de la création. J’aime que ces projets puissent avoir un impact positif, qu’il s’agisse de démocratiser la culture, de sensibiliser à un sujet de société, de valoriser des initiatives ou de créer du lien.
Je suis heureuse aussi d’avoir cofondé Wise Women à Paris, un cercle de femmes de la culture qui joue ce rôle de cercle porté par une sororité bienveillante et de transmission.
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Comment choisissez-vous les projets que vous accueillez?
Notre programmation se construit de manière assez organique, avec en filigrane la question de nos futurs et de notre impact sur l’environnement. Nous avons inauguré notre programmation en septembre 2020 avec «Quand le vivant nous fait agir!».
Le ton était donné, je crois, et la volonté de questionner notre rapport à la terre et aux autres, de réunir entrepreneurs.euses, industriels, chercheurs.euses, designers, artistes sur ces questions. Depuis, nous avons enchaîné les cycles d’expositions et de conférences, explorant divers sujets avec plus de 150 intervenants et plus de 200 artistes.
Monique Deul · Taste Contemporary
Taste Contemporary est une galerie dédiée à la promotion d’œuvres contemporaines et du XXe siècle, mettant en valeur la matière et le geste artistique. La galerie se distingue par son engagement envers des artistes qui explorent des médiums tels que la céramique, le textile, le verre et le bois, souvent relégués au second plan dans le monde de l’art contemporain. En associant œuvres sculpturales, peintures, dessins et photographies, Taste Contemporary propose une approche sensible et innovante, favorisant le dialogue entre les disciplines et les matériaux.
Monique Deul
Après des études de droit à l’Université d’Amsterdam, Monique Deul a débuté sa carrière dans la musique avant de fonder Taste Contemporary en 2012. En plus de présenter un programme d’expositions annuel à la galerie, elle a été invitée à assurer le commissariat d’expositions dans plusieurs musées, notamment au Musée Ariana à Genève et à la Maison Louis Carré près de Paris.
Qu’est-ce qui vous a conduit à ouvrir une galerie à Genève?
J’ai saisi l’occasion de mettre en lumière un ensemble d’artistes talentueux mais souvent négligés, dont les œuvres, d’une qualité digne des musées, restent encore accessibles à un public de collectionneurs.euses averti·e·s.
Mon ambition première était de contribuer à une meilleure reconnaissance de ces médiums dans le monde de l’art. Il est particulièrement réjouissant de constater qu’aujourd’hui, davantage de galeries ouvrent leurs portes à ces artistes longtemps sous-évalués.
Était-il important de déménager la galerie dans le Quartier des Bains?
Absolument. Je sentais qu’il était temps de faire évoluer la galerie. Notre nouvel espace, combiné à notre intégration dans le Quartier des Bains, a permis un programme plus ambitieux et plus vaste.
Une visibilité accrue apporte une plus grande légitimité, tant aux yeux des collectionneurs.euses que des artistes. C’est particulièrement gratifiant d’entendre les visiteurs.euses exprimer leur surprise et leur enthousiasme en découvrant la qualité des artistes que nous représentons.
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Quels sont les défis d’un·e galeriste aujourd’hui?
Y a-t-il jamais eu une époque où le monde de l’art ne faisait pas face à des défis? Comme toute entreprise, cela exige un apprentissage constant, du professionnalisme, de la passion, du courage et beaucoup de travail, quelles que soient les conditions économiques. Je reste concentrée sur le soutien aux artistes et l’engagement auprès de notre public. C’est cela, le métier.
Un lieu, une œuvre d’art ou une rencontre qui a changé votre rapport à votre métier?
Ma rencontre avec Marc Blondeau, il y a treize ans, a tout changé. Il m’a offert son espace pour ma première exposition. Depuis, il est resté un soutien généreux — non seulement pour moi, mais pour toute la communauté artistique genevoise. Il continue d’inspirer: réfléchi, curieux, ouvert d’esprit et, surtout, bienveillant.
Frédéric Ormond · Ormond Editions
Créé par Frédéric Ormond en 2008, Ormond Editions est un espace d’exposition polyvalent de 120 m2, qui présente un ensemble de pièces de mobilier, luminaires et objets prestigieux. En plus d’être distributeur, la maison a développé une activité d’édition de meubles et de luminaires en séries limitées et exclusives. Depuis la collection primée de Stéphane Parmentier en 2012, Ormond Editions multiplie les collaborations avec des designers reconnus tels que Garnier & Linker, Glenn Sestig, Valériane Lazard ou Pieter Maes.
Frédéric Ormond
Juriste de formation, Frédéric Ormond obtient à Londres un diplôme de Christie’s Education en évaluation d’objets d’art puis un Master en histoire de l’art à l’Institut Courtauld. Après ses études, il rejoint Van Cleef & Arpels puis Hermès, avant de créer Ormond Éditions en 2008.
Qu’est-ce qui vous a amené à devenir éditeur de design?
Passionné d’art, je me destinais à intégrer une maison de vente aux enchères avant d’opter pour l’édition de mobilier d’art. J’ai réalisé que ce marché connaissait un vrai renouveau au début des années 2000, après une longue période où l’industrialisation avait pris le pas sur l’artisanat.
Avec l’émergence du «collectible design», le mobilier contemporain a trouvé sa place auprès d’une clientèle avertie. Il y avait alors peu d’acteurs et actrices comparé au marché de l’art contemporain, et j’y ai vu une opportunité d’exister, particulièrement en Suisse, où cette activité n’était pas ou peu représentée.
L’idée de participer au processus de création avec les designers, de la réflexion à l’élaboration d’une collection jusqu’à sa commercialisation m’a toujours fasciné.
Comment concevez-vous vos expositions?
D’une manière comparable à celle d’une galerie d’art. Il y a des solo shows qui présentent le travail d’un designer en particulier comme récemment le duo Garnier & Linker ou encore Pieter Maes. Et des group show dans lesquels nous réunissons des pièces orientées vers un matériau, une technique spécifique ou une influence esthétique.
J’aime aussi intégrer des œuvres d’art à l’espace - peintures, céramiques, ou objets antiques - pour faire vivre cette connivence entre art et objet. Pour la GENEVA ART WEEK, nous montrons des pièces uniques à la frontière entre sculpture contemporaine et design. Intégrant par exemple la céramique de la série Ashtray de Sterling Ruby ou la sculpture en verre soufflé de l’artiste japonaise Ritsue Mishima.
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Comment l’art influence vos projets?
L’art n’est jamais loin. Nous en exposons toujours dans notre galerie et le proposons de façon ponctuelle à nos clients. L’art peut aussi être source d’inspiration dans les créations que nous élaborons avec nos designers, artistes et artisans.
La frontière entre ces deux activités est devenue très poreuse, et la corrélation plus étroite qu’à mes débuts dans les années 2000 entre le marché de l’art et celui du mobilier de collection.
Cela se retrouve à toutes les échelles de projet, et notamment dans le domaine de la céramique où des artistes peuvent être représenté.e.s tout à la fois par des galeries d’art contemporain et d’arts décoratifs. Beaucoup de nos client.e.s sont aussi collectionneurs.euses d’art et nos objets parlent à cette communauté.
Sonia Zannettacci · Galerie Sonia Zannettacci
Fondée en 1980 dans la vieille-ville, la Galerie Sonia Zannettacci défend depuis plus de quarante ans une ligne artistique exigeante autour du surréalisme, du nouveau réalisme, de la figuration narrative et de la photographie. Elle a présenté des artistes majeurs comme Man Ray, César, Erró, Monory ou encore Arman.
Sonia Zannettacci
Après un début de carrière à Paris, Sonia Zannettacci s’installe à Genève dans les années 70. Elle ouvre sa galerie en 1980, guidée par une passion de toujours et un engagement profond envers les artistes qu’elle accompagne.
Comment la Galerie Sonia Zannettacci a-t-elle vu le jour?
J’ai toujours voulu ouvrir une galerie. Je suis née là-dedans. À Paris, on recevait beaucoup d’artistes à la maison. J’ai travaillé chez Knoedler, j’ai côtoyé Man Ray. J'étais la petite main, je me suis occupée de la fabrication de la série d'objets qu’il avait éditée avec Marcel Zerbib.
Je suis arrivée à Genève un peu par hasard avant la naissance de mon fils et me suis installée ici. À mon arrivée, j’ai monté une bijouterie, sans rien y connaître. C’est un financier qui m’a proposé l’aventure. Et ça a marché! J’ai été la première à présenter les montres de Gérald Genta, j’ai même organisé des expositions de bijoux de César avec qui je jouais au baby-foot lorsque j’avais 15 ans.
Ouvrir une galerie, c'était une envie que j’avais en moi depuis longtemps, mais je n’osais pas. En 1979 la bijouterie a fermé et je me suis dit: «C’est le moment». Sans doute aussi grâce au soutien de Marcel Zerbib qui m’avait dit: «Ouvre ta galerie, je vais t’aider». Marcel était un personnage fabuleux. Il avait tenu la galerie Diderot à Paris, connaissait tous les surréalistes, vendait des Max Ernst à 3000 francs à une époque où personne n’en voulait. Il avait une façon de vivre merveilleuse. Il m’a prêté de nombreuses pièces. Il est mort pendant les travaux de la galerie, quelques semaines avant l’ouverture. J’ai tout de même ouvert… avec une exposition Man Ray absolument extraordinaire.
J’avais tout ce qu’on peut imaginer. Je voulais représenter des artistes que je connaissais depuis toujours. C’est avec eux que j’ai construit cette aventure.
Quel est le rôle du galeriste selon vous? Et comment avez-vous vu le métier évoluer?
C'est promouvoir le travail de quelqu'un en qui on croit. Le métier n’a plus rien à voir avec ce que j’ai connu. Avant, il y avait de la confiance. Aujourd’hui, on signe des papiers pour tout et on n’est plus galeriste pour les bonnes raisons. Trop de galeries ne pensent qu’à vendre, à suivre les modes du marché.
Pour moi, une œuvre n’est pas une marchandise. Elle a une raison d’être, elle raconte quelque chose, elle évolue, elle traverse des périodes, des doutes, des éclats.
Le rôle d’un.e galeriste, c’est aussi de suivre cette évolution, de soutenir, de guider parfois. Je ne parle pas d’influencer, mais si l’artiste a confiance en vous, vous pouvez lui dire: «Tu es sur la bonne voie». Il y a une sorte de «maternage» là-dedans. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison qu’il y a eu tant de si grands marchands de tableaux qui étaient des femmes. Regardez Denise René qui a porté des artistes comme Tomasello ou Soto à bout de bras, à une époque où personne ne s’y intéressait. Ou encore Iris Clert, Catherine Thieck…
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Une anecdote particulière autour d’un.e artiste ou d’une exposition?
John Chamberlain! J’ai eu la chance de montrer son travail deux fois. La première, c’était une exposition de grands monotypes. Il avait promis de venir — mais il a raté l’avion.
Pour la deuxième exposition j’ai voulu montrer ses photographies. Quand je l’ai contacté, il m’a dit de passer par Pace, sa galerie à New York. Et chez Pace, ils ne savaient même pas qu’il faisait de la photo! J’ai trouvé ça incroyable. Il est arrivé par surprise au vernissage, ravi que je montre ses photographies.
Stéphane Ribordy collectionne depuis plus de 25 ans les signatures pointues de l’art contemporain et du design
Immersion dans l’univers d’un collectionneur.
Il avait 22 ans et se frayait dans tous les vernissages de ce qui n’était pas encore le Quartier des Bains. Une jeunesse étonnante, à une époque où l’art contemporain restait la passion d’un cercle limité de Genevois, disons d’âge mûr. D’autant que Stéphane Ribordy ne venait pas seulement pour visiter les expositions, il achetait aussi.
« Je me souviens de mon premier achat. C’était une lithographie de Bram van Velde qui avait été très mal reçue lorsque je l’ai ramenée à la maison. Mon père voulait carrément appeler le galeriste pour lui dire que c’était un scandale. »
La deuxième, ce sera une gouache de Sol LeWitt acquise en 1994 à New York, «dans une exposition organisée dans un lavomatic. C’était ma première oeuvre originale. Mon métier m’amenait à voyager. J’achetais un peu partout aux Etats-Unis, Londres et Genève.» Suivront ensuite Dan Walsh, Jason Martin, Hiroshi Sugimoto, Kelley Walker, Wade Guyton… Pour dire qu’avec les années, le jeune collectionneur est devenu chevronné.
ACHETER AVEC LES YEUX ET LE COEUR
Son appartement reflète le goût sûr et la frénésie de son propriétaire : une Furniture Sculpture historique de John Armleder, un pneu en bronze argenté de Sylvie Fleury, un masque de Thomas Houseago, une suite de 12 photographies «l’Absinthe» de Sherrie Levine, un dessin d’Anne Imhof, une peinture de Rebecca Morris... Et donc aussi un certain éclectisme.
«L’art conceptuel et minimal sont mes amours de jeunesse. Je m’intéresse maintenant aussi à d’autres artistes, notamment figuratifs. J’ai toujours eu pour principe d’être ouvert à tout, de voir un maximum de choses, les bonnes comme les mauvaises. Je constate depuis quelques années un vrai changement d’intérêt de la part des acheteurs. Aujourd’hui, pour quelqu’un comme moi qui aime et collectionne des pièces assez spécifiques, la période est très attractive.»
Par exemple ? Voilà des années que Stéphane Ribordy cherchait une sculpture en bronze d’une antilope de Sherrie Levine, en référence à Georgia O’Keeffe. Pendant longtemps, elle était impossible à trouver. « Ce type d’oeuvres, qui n’abordent pas les problématiques actuelles, intéresse moins les gens, reprend le collectionneur en montrant un carton fermé. La galeriste Paula Cooper vendait la sienne. J’ai sauté sur l’occasion. J’essaie de ne pas trop me laisser influencer par le marché. Je le consulte pour voir le prix des pièces, mais je suis quelqu’un qui achète avec les yeux et le coeur et non pas avec les oreilles.»
ENGAGER LE DIALOGUE
À cela s’ajoute une collection de mobilier impossible à ne pas remarquer. Au salon, un récamier massif de Rick Owens occupe l’espace et côtoie une lampe de Max Lamb et des tables d’appoint de Konstantin Grcic et de Jasper Morrison.
Dans la salle à manger, une table en tamo, un bois noir asiatique aux nervures super graphiques, des designers parisiens Garnier & Linker, est associée aux chaises vintage Chandigarh de Pierre Jeanneret et à une suspension de Peter Zumthor. Des pièces plutôt sculpturales, donc, qui s’accordent à merveille dans cet environnement artistique. Voire qui se situent carrément à la marge entre les deux domaines comme cette céramique du Japonais Kazunori Hamana installée dans le hall d’entrée.
«Le design m’a toujours intéressé. J’avais une lampe Tizio de Richard Sapper sur mon bureau d’étudiant. Et puis aussi une Pipistrello de Gae Aulenti. Mais en acheter est venu un peu plus tard, comme un dialogue.»
FORMIDABLE AVENTURE
Et puis le collectionneur décida d’ouvrir sa propre galerie. Avec le risque de devenir son meilleur client. En 2010, Stéphane Ribordy inaugurait Ribordy Contemporary dans le Quartier des Bains.
«J’avais pris cette arcade, dont le loyer était très bon marché, en me disant que je verrai bien ce que j’en ferai. Deux mois plus tard, je vernissais ma première exposition, celle de l’artiste new-yorkais Bozidar Brazda. Et puis c’est devenu de plus en plus professionnel, de plus en plus excitant, mais aussi de plus en plus accaparant. J’étais en train de reprendre l’entreprise familiale. Je participais à un nombre incalculable de commissions et de comités de centres d’art. Je faisais au moins trois journées en une. Après dix ans, j’ai préféré tout arrêter. Mais j’en garde le souvenir d’une formidable aventure.»
La fièvre de la collection, elle, en revanche n’est pas du tout retombée.
«J’achète toujours, trop sans doute. Mais un peu moins à l’étranger, vu que mes affaires sont ici et que je ne voyage plus autant qu’avant. Nombreuses de mes oeuvres d’artistes figuratifs proviennent de la galerie Sébastien Bertrand. J’aime aussi beaucoup le travail d’Alfredo Aceto dont je possède plusieurs pièces. Et je suis toujours fidèle au Quartier des Bains dont je suis de près les expositions. Les dernières qui m’ont particulièrement marquées ? Not Vital chez Wilde et Karla Black chez Mezzanin : fabuleuses.»
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Emmanuel Grandjean
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Alexia Maggioni
Un projet commun anime Natacha et Youri à travers leur énergie bouillonnante et créative : faire de Genève une ville inventive et en mouvement
Youri Kravtchenko dirige l’atelier d’architecture YKRA, installé à côté du showroom Dimanche, un espace qu’il inaugurait en 2021, parallèlement à l’emménagement de ses bureaux dans ses nouveaux locaux. Il s’est imposé comme une figure incontournable de la scène architecturale genevoise.
Au-delà de son goût pour le beau et son sens de l’esthétique, l’échange et la convivialité sont au coeur de son approche. On lui doit la conception de nombreux bars, restaurants et lieux emblématiques qui façonnent l’énergie vibrante et créative de la ville : Helia Bar, Le Bologne, Le Dorian, Le Café de la Plage, Osteria Zazza, Voisins, Cinecittà, La Crêperie Blé Noir, parmi tant d’autres. En parallèle de sa pratique, il transmet son approche au sein du département d’architecture d’intérieur de la HEAD – Genève, où il est enseignant.
Natacha De Oliveira est une artiste américano-brésilienne et curatrice installée à Genève. Formée à la New School de New York, où elle obtient un Bachelor en littérature comparée, puis titulaire d’un Master en arts visuels, elle développe une pratique à la croisée des disciplines, entre démarche personnelle et recherche collective. Au sein du collectif Domingo, elle imagine des performances et des expositions qui interrogent les liens humains à travers des gestes rituels. De ces explorations naissent des oeuvres où se déploient les questions d’identité, de pouvoir et de mémoire partagée. Elle enseigne également à la HEAD – Genève.
Un projet commun anime Natacha et Youri à travers leur énergie bouillonnante et créative : faire de Genève une ville inventive et en mouvement. Ils nous présentent ici quelques-unes de leurs meilleures adresses
MUSÉE ARIANA
Avenue de la Paix 10, 1202 Genève
«L’Ariana : ce n’est pas qu’un musée, c’est une grande dame avec une garde-robe en porcelaine. Pour des raisons familiales, on a toujours été très proches de la céramique, et en particulier d’une céramiste qui nous regarde aujourd’hui depuis d’autres nuages. Le musée regorge d’une collection de céramiques et de verres impressionnante, le tout présenté dans une architecture néo-baroque, comme un gâteau copieux qu’on aime quand même manger à la petite cuillère. Notre bureau d’architectes y réalise depuis peu quelques travaux de transformation, à notre plus grande joie. Ne vous inquiétez pas, on fait ça doucement, pour ne pas déranger les fantômes.»
DOMUM
Rue des Bains 61, 1205 Genève
«Domum ce n’est pas un magasin, c’est un salon tellement beau qu’on n’ose pas s’y asseoir. Les agiles propriétaires, nos amis Laura et Boris ont ouverts depuis quelques années déjà cette galerie dynamique autour du mobilier, de l’art et du design. Un espace de très bons conseils niché dans le quartier des Bains, tout cela avec un goût exquis et un renouvellement perpétuel, exigeant : pendant que toi tu réfléchis, eux ils ont déjà tout bougé.»
AUBERGE PORT-GITANA
Route de Lausanne 318, 1293 Bellevue
« C’est au bord de l’eau, mais ce n’est pas la mer. C’est aussi le dernier-né du bureau d’architecture pour lequel nous avons réalisé les intérieurs : un restaurant et un hôtel, les pieds dans l’eau, résolument lacustre. On y sert des filets de perche bien dodus, avec une sauce qui dit : « Viens, reste, oublie tout ». On y dort peut-être, ou peut-être pas. Mais on se sent partir depuis sa chaise et c’est déjà beaucoup. On y a sélectionné les plus belles pièces : on a mixé les époques, brocanté sans retenue, placé des tableaux d’ici et d’ailleurs comme des bouteilles lancées au Léman.»
BAINS DES PÂQUIS
Quai du Mont-Blanc 30, 1201 Genève
«Ce n’est pas du bien-être, c’est du choc thermique mélangé à de la tendresse. On y va quand il fait froid, très froid. Pour s’ébouillanter les idées et suer nos hivers. On y emmène nos amis, qui débarquent du Brésil et hallucinent autant sur la température du lac que sur l’absence de pudeur : sur les plages de Rio, on n’est jamais vraiment totalement nu ! On sort de là rouges, tremblants, vivants et la soirée continue au Leopard Room ou chez Lisa, parce que la chaleur appelle le sel et l’ivresse et que le sel et l’ivresse appellent les histoires.»
LEOPARD ROOM
Hôtel d’Angleterre, Quai du Mont-Blanc 17, 1201 Genève
«C’est un bar, ou un rêve. Tout y est léopard, sauf les gens. Tu viens là pour oublier Genève, ou pour t’y ancrer plus fort. On sirote, par exemple un Dirty Martini et mieux encore en amoureux. Il y a souvent un petit orchestre de jazz, et évidemment, comme son nom l’indique, absolument tout (ou presque) est au motif léopard : une prouesse qui pourrait presque s’inscrire dans une démarche à demi loufoque ou à demi performative ! La nuit avance, féline.»
SOMA
Rue de l’Avenir 32, 1207 Genève
«C’est la bonne découverte de cette année ! Installée dans une ancienne usine métallurgique incroyable, qui n’a rien à envier aux capitales européennes, Mighela Shama, sa propriétaire, y pense fort et précis. Pour inaugurer le lieu, le MAMCO s’y est glissé pendant l’été. Ça a créé du frottement, du feu sous la rouille. Et parfois, on y a mangé. Pas n’importe comment : c’était la promesse de Liaisons du chef Florian le Bouhec. S’il était d’humeur, tu ressortais avec des idées plein les poches, des rencontres et des souvenirs dans le ventre. On se réjouit de voir l’évolution du lieu après cette première expérience réussie.»
DIM SUM GOURMAND
Rue du Prieuré 5, 1202 Genève
«Bienvenue chez Lisa ! Avec cette décoration plutôt austère, on ne serait pas forcément entré si des bouches gourmandes et averties ne nous avaient pas soufflé ce restaurant à nos oreilles grandes ouvertes… et là, boum ! tout est bon. Pas bon genre « c’est sympa », non. Bon genre « j’ai plus envie de parler ». Les xiao long bao sont des sorts d’amour, la salade de céleri une claque douce, les nouilles à la viande hachée une tendresse chaude. On n’y revient pas pour explorer, on y revient pour retrouver.»
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Yann Abrecht
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Alexia Maggioni
Une sélection d’œuvres à travers l’espace public genevois – Deuxième édition
Art Public, une séléction d’oeuvres à travers l’espace public genevois.
Gonzalo Torres, La bras du vent, 1976-1979
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)
Quai du Seujet 8, 1201 Genève
Près de 300 oeuvres du FMAC – la collection d’art contemporain de la Ville de Genève – sont visibles dans l’espace urbain. Le FMAC vous emmène en balade et vous permet de découvrir les oeuvres d’art dans les rues de la cité. Vous pouvez désormais situer celles qui se trouvent autour de vous, les identifier ou lire quelques notes explicatives. Visitez un véritable musée à ciel ouvert.
Les œuvres sélectionnées ici sont issues des collections des Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC).
Jean Baier, sans titre, 1990-1991
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Piscine couverte de Varembé, avenue Giuseppe-Motta 49, 1202 Genève
Jean Cattin, sans titre, 1969
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Bâtiment municipal des Asters, entrée, rue Hoffmann 6, 1202 Genève
Bodjol (Walther Grandjean dit) & Philippe Lambercy, sans titre, 1970
Collection du Fonds cantonal d’art contemporain du Canton de Genève (FCAC), Hôpital de Loëx, route de Loëx 151, 1233 Bernex
Antoine Poncet, La flamboyante, 1979-1980
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Place des Bergues, 1201 Genève
Ugo Rondinone, Le sage, 2011-2014
Collection du Fonds cantonal d’art contemporain du Canton de Genève (FCAC), Projet art&tram, Commune d’Onex à l’angle de la route de Chancy et du chemin Gustave-Rochette
Hans Arp, Feuille se reposant, 1965
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Place des Florentins, 1204 Genève
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Sylvie Fleury, MIRACLE, 2016
Collection : Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), Comédie de Genève, Esplanade Alice-Bailly 1, 1207 Genève
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Alexia Maggioni
Subaru Forester — Alfredo Aceto
Un.e artiste nous parle d’un objet qui lui est cher, l’accompagne au quotidien, et a bien souvent un lien avec son processus créatif.
Un·e artiste nous parle d’un objet qui lui est cher, l’accompagne au quotidien, et a bien souvent un lien avec son processus créatif.
«Selon les archives de Subaru, dans les années 1990, la marque cherchait à élargir sa clientèle et s’est aperçue que la communauté LGBTQI+, adepte des activités de plein air, affectionnait particulièrement les Legacy Outbacks.
Subaru a alors mis en place une stratégie marketing discrète, presque codée : des messages que la majorité des gens ne remarquaient pas, mais qu’un regard queer pouvait saisir. Quand je suis arrivé en Suisse, déjà fasciné par les Forester et Legacy des années 90 qui ont marqué mon enfance, j’ai été intrigué par cette ambiguïté propre à la marque — à la fois prisée par les homosexuel.les et par les hétéros des montagnes. Mon Forester est devenu à la fois mon atelier et le moyen de transporter des œuvres. Son moteur boxer hybride, issu de l’aéronautique, conserve la sonorité authentique des Subaru — un son que je reconnaîtrais entre mille.»
– Alfredo Aceto
ALFREDO ACETO
Naviguant entre sculpture, dessin, photographie et installation, le travail d’Alfredo Aceto (né en 1991 à Turin, Italie, vit et travaille entre Genève et Paris) explore des récits intimes et collectifs, où le corps, la mémoire et la fiction occupent une place centrale. Inspiré par la psychanalyse, la littérature et les études de genre, il façonne des œuvres traversées par des tensions émotionnelles et des zones d’ambiguïté. Il est représenté par les galeries Andersen’s Contemporary (Copenhague), HUA International (Berlin, Pékin), Lange + Pult (Auvernier, Genève), Parliament Unlimited (Paris).
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Yann Abrecht
L’Œuvre de Philippe Davet
Une oeuvre ou un artiste qui a marqué la carrière d’un marchand. Philippe Davet, directeur associé de Blondeau & Cie à Genève, conseille collectionneurs et institutions en art moderne et contemporain. Il nous présente ici son souvenir autour d’une œuvre de Louise Lawler.
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Une œuvre ou un·e artiste qui a marqué·e la carrière d’un marchand.
Philippe Davet, directeur associé de Blondeau & Cie à Genève, conseille collectionneurs et institutions en art moderne et contemporain. Il nous présente ici son souvenir autour d’une œuvre de Louise Lawler.
«À l’automne 2002, la galerie Metro Pictures nous a proposé l’œuvre Helms Amendment de Louise Lawler datant de 1989. Il s’agit d’une installation composée de 94 photographies en noir et blanc encadrées. Chacune d’entre elles représente un gobelet en plastique identique, accompagnée de six textes à fixer au mur.
Le 14 octobre 1987, le Sénat américain a adopté un amendement stipulant :
«Aucun des fonds mis à disposition des Centers for Disease Control en vertu de la présente loi ne doit être utilisé pour fournir des supports d'éducation, d'information ou de prévention sur le sida qui promeuvent ou encouragent, directement ou indirectement, les activités sexuelles homosexuelles.»
94 sénateurs ont voté OUI. 2 ont voté NON et 4 se sont abstenus.
Dès lors, le Sénat américain a interdit toute dépense liée à la prévention des risques liés au sida alors même que cette épidémie causait des ravages aux États-Unis.
Les photographies des gobelets portent, sur le passe-partout, le prénom et le nom de chaque sénateur ayant voté oui. Les textes fixés au mur précisent la teneur de l’amendement et indiquent le nom de chaque sénateur ayant voté non ou s’étant abstenu.
Marc Blondeau et moi-même, n'ayant jamais vu l’œuvre de nos yeux, avons suggéré à la galerie Metro Pictures à New York d’organiser une exposition de Louise Lawler dans notre espace en y incluant cette œuvre extraordinaire. Cette exposition deviendra la première mini-rétrospective de l’artiste avec une quinzaine d’œuvres datant de 1980 à 2003 et la première exposition que j’ai organisée au 5, rue de la Muse.
Des années plus tard, un jeune curateur m’a confié que cette œuvre l’avait ému aux larmes lors de sa visite de l’exposition de mars 2003. L’art a de multiples fonctions qui ne se limitent pas à une esthétique ou à une technique : il peut également nous interroger sur des décisions politiques, nous faire réagir et peut-être et surtout nous aider à réfléchir.
En juin 2016, nous avons présenté Helms Amendment à Art Basel Unlimited accompagnés de mon fils de 13 ans qui était venu nous aider pour l’accrochage. Deux-trois musées américains se sont montrés intéressés. Finalement, la Collection Pinault l’a acquise, et l’œuvre a été exposée lors de l’ouverture de la Bourse de Commerce à Paris, en mai 2021.»
— Philippe Davet
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Pol Le Vaillant
Camille Abèle · FMAC – Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève
En 2022, le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC) quitte le Bâtiment d’art contemporain (BAC) et prend ses quartiers à l’Écoquartier de la Jonction dans de nouveaux espaces d’exposition de près de 300 m² offrant désormais une visibilité et surtout une opportunité de présenter aux Genevois-e-s sa riche collection d’art contemporain.
Camille Abèle
Responsable du FMAC depuis 2024, Camille Abèle est historienne de l’art, licenciée ès lettres de l’Université de Genève. Son engagement dans la scène culturelle s’est concrétisé depuis une vingtaine d’années dans les domaines de la conservation du patrimoine, du journalisme et de la programmation culturelles avec une approche assurément interdisciplinaire et un intérêt marqué pour la création indépendante.
Quelle est la mission principale du FMAC ?
Le FMAC est avant tout une institution publique qui soutient la création locale et ses acteurs dans le domaine de l’art contemporain. Par le biais de sa collection, il acquiert régulièrement, et ce depuis 1950, des œuvres à des artistes actives et actifs à Genève ou à des galeries et lieux d’art ; il organise également des concours d’art public visant à l’embellissement de l’espace public et à la valorisation du territoire genevois. Ces œuvres sont en quelque sorte le reflet d’un état des lieux et à long terme constituent une petite (car non exhaustive) histoire des arts visuels à Genève et représentent un riche patrimoine artistique commun désormais accessible au public dans nos espaces à l’Ecoquartier de la Jonction.
Combien d’œuvres sont acquises environ chaque année et comment se fait cette sélection ?
Le FMAC acquiert en moyenne une cinquantaine d’œuvres ou ensembles d’œuvres par année, mais davantage qu’un nombre, il s’agit d’un budget, d’un crédit d’investissement, voté par le Conseil municipal sur une durée de 5 ans. Ce qui permet au FMAC de réaliser ces acquisitions ainsi que les commandes d’art public pour la Ville. Deux commissions spécifiques d’experts externes se réunissent plusieurs fois par an. Ils donnent des préavis sur les projets d’art public ou les dossiers d’acquisitions à l’attention de l’actuelle magistrate chargée du Département de la Culture.
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Comment voyez-vous le rôle du FMAC dans l’écosystème artistique local ?
Nous nous rendons compte de son importance, notamment par le nombre de propositions que nous recevons à chaque commission (plus d’une cinquantaine de dossiers pour des acquisitions, ainsi que les nombreux projets d’art dans l’espace public en cours et à venir). Outre la question du soutien aux artistes et à la création locale, – qui est l’un des pivots fondateurs de la constitution du Fonds – le FMAC favorise les accès et sensibilise les Genevois à l’art contemporain. Avec plus de 300 œuvres exposées dans la ville, le FMAC est un véritable musée à ciel ouvert. Notre espace d’exposition permet aussi de valoriser cette collection auprès d’un public large à travers un programme annuel qui favorise les liens avec la scène et les artistes de l’art contemporain à Genève.
Caroline Bachmann a développé une pratique de la peinture qui aborde les grands thèmes du XIXe siècle
Dans son atelier de Cully, face au lac Léman, Caroline Bachmann a développé une pratique de la peinture qui aborde les grands thèmes du XIXe siècle: portraits, paysages, natures mortes, peintures historiques. Longtemps engagée dans des projets collectifs et conceptuels, elle a opéré un tournant radical en 2013 en se consacrant exclusivement à la peinture et notamment aux paysages qui l’entourent.
Peindre le Léman depuis la fenêtre de sa maison d’enfance, partager son temps entre la Suisse et Berlin, penser la peinture comme une partition sensible: voilà quelques-unes des lignes de force d’un travail qui a récemment été récompensé par le prix Meret Oppenheim (2022) et des expositions importantes au Crédac ou à la Kunsthaus Glarus. Dans cette conversation, elle revient sur son processus créatif, la discipline qu’elle s’est imposée, mais aussi son quotidien d’artiste après avoir quitté l’enseignement.
Pourriez-vous décrire votre processus créatif pour ces peintures du Léman?
Le choix de ce sujet est venu tout simplement de la proximité du lac. J’ai passé toute mon enfance devant lui, dans la maison d’à côté de celle que j’habite aujourd’hui. Je crois que ce paysage m’a imprégnée dans une dimension presque physique et inconsciente, avec une charge de souvenirs très forte. Quand je suis revenue vivre à Cully, cette physicalité m’est apparue comme une évidence: il fallait que je prenne en charge cette relation avec ce paysage.
Ce qui m’intéresse, c’est la relation directe entre ma position dans l’espace et ce que je vois. Je dessine debout, face au lac, très rapidement. Tout est fluide, immédiat: une feuille A4 verticale, quelques lignes, et ce que je ressens. Pas de naturalisme. Dans la spontanéité du geste, il y a quelque chose de juste, d’irréductible. Ce sont des notations presque musicales, qui me permettent ensuite de transposer en peinture. Ces dessins, ce sont des partitions.
Et comment ces partitions deviennent-elles des peintures?
Je travaille les paysages lémaniques sur quatre formats de toiles, c’est une décision qui simplifie mon travail et me permet de me concentrer sur la peinture elle-même. J’applique le dessin sur une toile préparée avec une couche de terre de Sienne. C’est là que je pose toutes les valeurs, du clair au foncé. Cette première étape est monochrome, très structurée. Ensuite, je commence à introduire la couleur, qui vient transformer ces valeurs et ouvrir l’espace.
Je ne peux pas peindre directement devant le sujet. Le contact direct avec le paysage me paralyse, il me fige. Alors que dans l’atelier, je peux puiser dans une mémoire de sensations, avec une liberté totale. Je peux déplacer, tester, déformer, inventer. Mon objectif n’est pas de restituer une image du réel, mais une émotion invisible. Le paysage n’est qu’un support, un véhicule. C’est comme une navette spatiale qui me permet de voyager.
Comment organisez-vous votre travail entre Berlin et Cully?
Quand j’enseignais encore, j’ai mis en place ce système de va-et-vient entre mes deux ateliers. Aujourd’hui je le poursuis, et c’est devenu un rythme de travail idéal. À Berlin, j’ai plus d’espace pour les grands formats. Je peins pendant trois semaines et ensuite je reviens à Cully, où m’attendent les peintures abandonnées un mois plus tôt, sèches et prêtes à être reprises.
Ce système est à la fois stressant et très fonctionnel. Stressant, parce qu’il n’y a pas de pause — tout s’enchaîne. Mais c’est précieux aussi: quitter une toile pendant un mois permet de la revoir avec un regard lavé, plus clair. Cela m’évite de m’enfermer dans une seule manière de faire. Et puis, je garde un attachement particulier à Cully.
Depuis 2021–2022, vous travaillez avec les galeries Gregor Staiger et Meyer Riegger. Comment expliquez-vous cette reconnaissance relativement tardive?
Il y a plusieurs raisons. La principale est que j’ai pris une décision radicale: me consacrer exclusivement à la peinture, et éliminer tout le reste. Pendant longtemps, j’ai participé à des projets collaboratifs, plutôt conceptuels, qui étaient stimulants mais aussi très complexes à identifier. Vers 2013, j’ai pris la décision de me concentrer uniquement sur les problèmes picturaux, quitte à devenir monomaniaque! Je ne savais pas où cela allait me mener, cela demande du temps, de la patience. Il a fallu presque dix ans pour que cette série prenne forme. L’exposition à la Kunsthaus Glarus a été un moment de synthèse important, une sorte de bascule. Ensuite, tout s’est aligné: les galeries, le prix Meret Oppenheim, l’exposition au Crédac… On pourrait presque dire que c’était une constellation astrologique.
En parallèle, vous avez arrêté votre enseignement à la HEAD. Pourquoi?
J’ai enseigné de 2007 à 2022. C’était une expérience essentielle, très formatrice, parce qu’elle m’a obligée à clarifier mes idées. Quand on enseigne, on a une responsabilité: il faut réfléchir pour transmettre, et ce travail de réflexion m’a aidée à structurer ma propre pratique. Mais à partir du moment où j’ai commencé à travailler avec deux galeries, j’ai compris qu’il fallait choisir. J’ai décidé de me consacrer entièrement à la peinture. C’était un moment d’accélération: me libérer de toutes les tâches administratives, logistiques, pédagogiques, pour ne garder que le temps du travail en atelier.
Quel regard portez-vous sur la scène suisse et romande?
Je n’ai jamais pensé en termes de scène locale. Même enfant, mon jeu préféré était de parler des langues étrangères sur les quais de Cully. J’ai toujours relié ma réalité à d’autres mondes. Cela dit, je crois beaucoup aux environnements proches.
À la HEAD, j’encourageais l’école à collaborer avec les artistes voisins, à voir ce qui se passait tout près. Parce que ce terreau est précieux, il nourrit et enrichit. Pour moi, c’est aussi important que les échanges internationaux. L’un ne remplace pas l’autre: il faut penser les deux simultanément.
Vous avez aussi cofondé la Kunsthalle Marcel Duchamp avec Stéphane Banz. Pouvez-vous nous raconter la génèse de ce projet?
Ce projet est né d’une succession de coïncidences incroyables. En travaillant sur Étant donnés de Duchamp, nous avons découvert que la cascade peinte se trouvait… dans le Lavaux, juste à côté de chez nous! De là, tout s’est enchaîné: le symposium avec le Philadelphia Museum of Art, puis la création de la Kunsthalle Marcel Duchamp, un espace d’exposition miniature et autonome devant notre maison. Pendant quatre ans, nous avons consacré une immense partie de notre temps à Duchamp. Et, c’est cette recherche qui m’a ramenée à la peinture. Je voulais centrer mon travail sur une pratique qui ne se base pas sur la réalisation d’une idée, mais qui prenne sens et forme au moment de sa réalisation. Et j’ai trouvé, dans les peintres outsiders new-yorkais que Duchamp fréquentait, des références qui me permettaient de contourner le cul-de-sac de l’avant-garde.
Quels sont vos projets actuels?
Je travaille à Berlin et à Cully sur une série consacrée au Lake Geneva… dans le Wisconsin. J’y ai marché quelques jours, j’ai dessiné, et j’ai découvert tout un imaginaire lié aux migrations suisses des XVIIe et XVIIIe siècles avec des lieux comme le Como Lake, Interlaken Drive… C’est une histoire de déplacement, de nostalgie, de désir d’ailleurs. Le paysage devient un lieu de mémoire, mais aussi de perte et d’oubli.
Un lieu où vous rêveriez d’exposer?
Le Louisiana Museum, au Danemark. J’y suis allée à vingt ans, et ça a été un choc esthétique et physique. L’architecture en briques, les espaces ouverts, la relation au paysage… À l’époque, c’était un lieu conçu pour l’échange, sans boutique, sans filtre. Un musée qui donnait le sentiment que l’art faisait partie de la vie.
Un artiste avec qui vous aimeriez collaborer?
Robert Gober, j’aime son travail, son rapport à la narration, aux signes et à la tridimensionnalité. Sa force poétique est toujours une surprise.
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Yann Abrecht & Pol Le Vaillant
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Jonas Marguet, @jonasmarguet
Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise
Elle est entrée dans l’art à la grande époque des squats. Galeries, marché, Quartier des Bains… Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise.
Elle est entrée dans l’art à la grande époque des squats. Galeries, marché, Quartier des Bains… Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise.
Au début de votre carrière d’artiste, dans les années 90, à quoi ressemblait la scène genevoise? Et comment y êtes-vous entrée?
J’y suis arrivée à travers les squats. En revenant de Londres où j’étudiais, j’ai retrouvé à Genève des amis artistes ou qui étudiaient l’art. Je faisais passablement la fête et croisais beaucoup de monde dans les raves. C’est là que j’ai rencontré Sidney Stucki, Fabrice Gygi, Elena Montesinos, Vanessa Bianchini. Sans oublier Vidya Gastaldon et Jean-Michel Wicker dont j’étais proche. C’est avec tous ces gens que j’ai commencé à m’intéresser à l’art contemporain, à aller au MAMCO, à voir les expositions du Centre d’Art Contemporain et de Low Bet, l’espace créé par l’artiste Laurence Pittet et qui se trouvait en face du MAMCO et où, ensuite, j’ai eu un atelier. Il y avait aussi La Régie de Sidney Stucki et plus tard Darse que tenait Fabrice Gygi. Bref, Genève grouillait de micro-galeries et c’était très excitant.
On parle des années 90. À Genève, la culture squat battait alors son plein. Ce dont profitaient les artistes et, partant, l’art contemporain.
C’est vrai, même si aucun de ces lieux n’était vraiment des galeries commerciales dans le sens classique du terme.
C’était plus facile de trouver un espace pour monter un projet. Rhino, l’Ilôt 13, Lissignol, la Maison de thé… Chaque squat avait son espace d’art et de la place pour des ateliers que les artistes occupaient sans payer de loyer. Tout était simple et autogéré. On n’avait pas besoin de réviser des comptes, de constituer des dossiers pour demander des fonds ou décrocher une subvention. L’esprit était underground, très communautaire, les choses se faisaient de personne à personne.
Et puis la politique genevoise a décidé de mettre fin à la tolérance des squats. Et tout s’est terminé.
Le principe des espaces indépendants est revenu depuis quelques années, mais en moins punk, en plus organisé. Pas mal de mes étudiants de la HEAD ouvrent des artists run spaces. Ils s’entendent avec le propriétaire d’un immeuble en cours de rénovation ou se font allouer des fonds. Ça ne représente pas des sommes énormes, mais cela permet de réaliser des projets.
Il faut en cela reconnaître que la Suisse offre beaucoup de soutiens qui compensent, un peu, un coût de la vie de plus en plus élevé. Je pense aussi à la rémunération des artistes qui est désormais obligatoire pour chaque espace d’art subventionné. C’est une très bonne chose, mais cela oblige aussi les lieux à demander des augmentations de subventions dans un climat économique très tendu. Ce qui change complètement l’équilibre.
La HEAD justement. A-t-elle participé à redynamiser une scène qui s’est retrouvée un peu atone aux alentours de 2010?
Elle a sans doute internationalisé la scène. Elle a attiré des étudiants venus de l’étranger dont certains sont restés. Elle a aussi augmenté ses effectifs, notamment avec des professeurs aux profils plus internationaux. Des lieux indépendants comme Cherish ou HIT ont également été de sacrés catalyseurs.
Vous-même, vous vous êtes occupée de Forde, l’espace d’art de l’Usine.
C’était au moment de mon retour de New York où j’avais assisté l’artiste John Tremblay. J’avais aussi trouvé un job de stagiaire chez Susan Cianciolo à travers la revue Purple pour qui j’écrivais des textes. Elle créait une mode portée par des artistes et dont les défilés se déroulaient dans des galeries.
Après deux ans, j’ai décidé de rentrer pour me présenter à la direction de Forde avec Fabrice Stroun. Nous succédions alors à Klat. Après une année et demie, je suis repartie à New York pour suivre le Whitney Program avant de vivre un temps à Berlin. Et de finalement m’installer définitivement à Genève.
En tant qu’artiste, vous avez connu les débuts du Quartier des Bains. Comment l’avez-vous vu évoluer?
Il y a eu une très bonne période dans les années 2010 avec les ouvertures de Ribordy Contemporary, d’Evergreen, de Xippas, des Marbriers et de Truth and Consequences, la galerie de Paul-Aymar Mourgue d’Algue. Il se passait beaucoup de choses dans une ambiance assez festive.
Sauf que Xippas mis à part, tous ces lieux ont depuis fermé.
Oui malheureusement, et puis d’autres les ont remplacés comme lange + pult, Olivier Varenne, Lovay Fine Arts, Mezzanin, Wilde. Mais de facto, le marché international se trouve à Zurich, voire à Bâle, pas ici. Les collectionneurs genevois constituent un monde insulaire. Ce sont des gens qui se connaissent très bien et qui peuvent aider les artistes à vivre de leur travail. Le problème est maintenant de savoir comment renouveler et rajeunir ce milieu.
Vous qui vivez ici et avez dirigé Forde, vous n’avez pourtant jamais eu de galerie à Genève.
En effet. J’ai exposé chez Blondeau & Cie, qui sont plutôt des marchands, et chez Mezzanin, mais qui ne représente pas d’artistes. En Suisse, j’étais chez Francesca Pia dont l’avenir à Zurich, où les loyers sont très chers, reste incertain. On vit peut-être aussi dans une époque où le modèle de la galerie est en train de s’essouffler.
À Genève, le chantier du Bâtiment d’art contemporain oblige les musées et centre d’art qui y travaillaient à se déplacer ailleurs dans la ville. Cela permettra-t-il à l’art d’investir d’autres quartiers que celui des Bains?
Je l’espère. Le Quartier des Bains souffre d’un petit côté répétitif. Ce sont toujours les mêmes endroits; seuls les galeristes ont changé. Élargir le champ serait une bonne manière de redonner de la respiration et de l’inspiration.
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Emmanuel Grandjean
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Alexia Maggioni
Une sélection d’œuvres à travers l’espace public genevois
Art Public, une séléction d’oeuvres à travers l’espace public genevois.
Not Vital, Moon, 2019
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)
Plaine de Plainpalais, parc triangulaire nord, 1205 Genève.
Près de 300 oeuvres du FMAC – la collection d’art contemporain de la Ville de Genève – sont visibles dans l’espace urbain. Le FMAC vous emmène en balade et vous permet de découvrir les oeuvres d’art dans les rues de la cité. Vous pouvez désormais situer celles qui se trouvent autour de vous, les identifier ou lire quelques notes explicatives. Visitez un véritable musée à ciel ouvert.
Les œuvres sélectionnées ici sont issues des collections des Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC).
Sylvie Fleury, Yes to All, 2007
Collection: Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), projet Neon Parallax . Rue Patru 2, angle Avenue du Mail, 1205 Genève (Plaine de Plainpalais)
Mimosa Echard, Mauve Dose, 2018
Collection du Fonds cantonal d’art contemporain du Canton de Genève (FCAC) , Maternité des HUG, Boulevard de la Cluse 30, 1205 Genève
Charles-François Philippe, Sans titre, 1973–1974
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Espace Quartier Aînés Eaux-Vives, rue de Montchoisy 46, 1207 Genève
Markus Rætz, Sans titre [OUI-NON], 2000
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). Place du Rhône, 1204 Genève
Nathalie Du Pasquier, Sans titre, 2022
Collection: Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), projet Neon Parallax. Avenue Henri Dunant 14 (Plaine de Plainpalais)
Albert Rouiller, Jouet pour le vent, 1974–1975
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). École des Vollandes, préau, rue du Nant 35, 1207 Genève
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Gianni Motti, Sans titre, 2016
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). Cimetière de Plainpalais, rue des Rois 10, 1204 Genève
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Alexia Maggioni
Fabienne Levy · Galerie Fabienne Levy
Fabienne Levy, photo: Catherine Gailloud
En 2019, Fabienne Lévy ouvre sa galerie dans sa ville natale de Lausanne. En 2023, elle s’agrandit en ouvrant un second espace à Genève. Cette expansion offre une double visibilité à ses artistes, leur permettant d’exposer simultanément dans les deux villes, tout en touchant un public plus large. Fidèle à sa philosophie, la galerie de Fabienne Lévy et sa collection personnelle reflètent un intérêt profond pour le paysage contemporain et pour des artistes engagé·e·s dans l’exploration du monde qui les entoure.
Fabienne Lévy a étudié l’histoire de l’art à la New York University, travaillé chez Christie’s, avant de s’établir comme conseillère en art. Cette trajectoire lui a permis de développer un regard affûté pour repérer et soutenir les talents émergents et créer des dialogues avec des artistes plus affirmé.e.s.
Pourriez-vous définir la ligne de votre galerie?
Notre galerie s’engage à créer un lien profond entre l’art, les individus et leur humanité, en offrant un espace où la réflexion et l’émotion se rencontrent. Nous mettons en lumière des artistes visionnaires dont les œuvres inspirantes interpellent sur des enjeux fondamentaux de notre société, de notre système et de notre époque.
Convaincus que l’art possède le pouvoir unique d’initier des changements, nous croyons qu’il est aujourd’hui plus essentiel que jamais de sensibiliser et d’éveiller les consciences. Les artistes, avec leurs voix singulières et audacieuses, ouvrent des perspectives nouvelles, invitant chacun à voir le monde autrement, à penser différemment et à s’engager dans un dialogue constructif pour façonner un avenir meilleur
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Vous participez également à de nombreuses foires à l’étranger, en quoi cela est-il important?
Cela permet de présenter les œuvres de nos artistes à un public international et d’établir des connexions avec eux. Voir une œuvre en direct crée une expérience unique qu’il est impossible de reproduire à distance. Les foires offrent aussi une visibilité mondiale, particulièrement pour les galeries situées loin des grandes capitales, et sont des lieux importants de rencontres et d’échanges, où nous pouvons dialoguer avec d’autres acteurs et actrices du monde de l’art et découvrir de nouvelles perspectives.
Une exposition qui vous a récemment marquée?
L’exposition sur le centenaire du surréalisme au Centre Pompidou. J’y ai découvert Varo Remedios, une peintre surréaliste espagnole/mexicaine. Sa manière unique de mêler mysticisme, science et imagination dans des compositions fascinantes m’a impressionnée. Ce qui m’a également frappée, c’est la manière dont Varo explore l’autonomie féminine, un thème d’une grande résonance aujourd’hui.
À une époque où les questions d’égalité et de pouvoir des femmes sont plus que jamais d’actualité, ses œuvres, qui célèbrent la force intérieure et l’indépendance, prennent une nouvelle dimension. Son importance dans le mouvement surréaliste et dans l’art contemporain mérite d’être davantage reconnue.
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Séverine Fromaigeat · Musée Barbier-Mueller
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LInstallé au cœur de la Vieille-Ville de Genève, le Musée Barbier-Mueller conserve, expose et étudie une collection d’objets d’art d’une immense variété. Elle compte aujourd’hui plusieurs milliers d’œuvres allant de l’Antiquité à aujourd’hui et comprend des objets en provenance de tous les continents. Sur un rythme bisannuel, le Musée Barbier-Mueller propose des présentations renouvelées de sa collection et des expositions temporaires. Conférences, rencontres, lectures et performances accompagnent son programme curatorial.
Séverine Fromaigeat, Directrice
Historienne de l’art, Séverine Fromaigeat a une formation en philosophie et en muséographie. Son goût pour l’art contemporain et les projets interdisciplinaires l’ont amené à collaborer avec de nombreuses institutions, du MAMCO à Genève à la Kunsthalle de Bâle, du Musée Pushkin à Moscou à la Klöntal Triennale à Glaris.
Conservatrice au Musée Tinguely de 2017 à 2023, elle y a réalisé de nombreuses expositions autour de la performance. Co-fondatrice de l’espace d’art Zabriskie Point, elle dirige le Musée Barbier-Mueller depuis novembre 2024.
Vous venez de prendre la direction du musée Barbier-Mueller, pouvez-vous nous parler des nouvelles perspectives que vous avez pour cette institution?
Il s’agit tout d’abord de préserver et de rendre accessible l’extraordinaire collection d’art – tant dans son ampleur que par sa diversité – du Musée Barbier-Mueller. Grâce à la collaboration avec des artistes contemporain·e·s, je souhaite proposer une expérience muséale renouvelée, aussi bien sensible, intellectuelle, physique qu’esthétique.
Et, par le biais des expositions, raconter dans l’espace des histoires, des objets, enchâsser les époques et croiser les territoires. Les projets porteront à la mise en valeur de la puissance symbolique et visuelle des arts autochtones, tout en inscrivant la collection dans le présent, en tissant un dialogue continu avec les questions d’aujourd’hui.
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Quels sont vos liens à Genève?
Multiples, joyeux, intimes et culturels.
Comment aimeriez-vous voir évoluer la scène culturelle à Genève?
Qu’elle continue ainsi, dans un renouvellement permanent, avec une belle profusion de surprises et de projets ambitieux, en gardant ce mélange d’échelles et de styles qui fait sa force.
Qu’est-ce qui vous surprendra toujours à Genève?
La curiosité culturelle insatiable de sa population, les beautés inégalables de sa nature environnante, les charmes de la Vieille-Ville, et ce joyeux cosmopolitisme qui la rend si chaleureuse et ouverte sur le monde.
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Pierre-Henri Jaccaud · Galerie Skopia
Rencontre avec Pierre-Henri Jaccaud, fondateur de la galerie Skopia.
© Photo: Guillaume Megevand
La galerie Skopia, fondée en 1989, est une galerie d’art contemporain rassemblant des artistes de tous médias. Dès 1993, la galerie expose à la foire de Bâle sans interruption. En 1994, la galerie déménage à Genève dans le quartier de la SIP, ancienne friche industrielle dont une partie des bâtiments est occupée par le Centre d’art contemporain et le MAMCO.
Elle se signale par un choix rigoureux et par un grand nombre de «premières». À travers sa programmation, la galerie cherche constamment à montrer ou exprimer de nouvelles stratégies artistiques. Ancré dans l’art contemporain suisse et fidèle à ses choix historiques, le programme se développe aujourd’hui sur un plan international.
Pierre-Henri Jaccaud est le directeur et fondateur de la galerie Skopia.
Quels sont les défis d’un galeriste après 35 ans d’existence?
Maintenir la qualité et l’exigence du regard, de la réflexion, du choix. Chercher, douter, chercher encore. Et idéalement trouver!
Quel regard portez-vous sur l’évolution du quartier des Bains?
Avec plus de 20 ans d’existence, on peut dire que Quartier des Bains a eu plusieurs vies! L’idée est née au printemps 2001 d’Edward Mitterrand, de Pierre Huber et de moi-même autour d’un café! Passée la surprise totale du succès du premier vernissage commun, il y a eu, d’abord, une gestion amateure.
En 2004, l’arrivée et la proposition de Marc Blondeau de créer une association a permis de nous structurer. C’était une période d’intense développement: arrivées en nombre de nouvelles galeries, création et gestion du prix de Quartier des Bains, augmentation massive du public aux vernissages, relations suivies avec les autorités politiques, les institutions et les médias, cette période va durer jusqu’en 2010-2012.
Rétrospectivement, cela a été une sorte d’âge d’or, la nouveauté avait généré une énergie fantastique et inattendue, il y avait des problèmes de gestion, mais aussi une dynamique, une envie, dans le public. Puis les choses se sont logiquement un peu calmées. L’euphorie est retombée, certaines galeries sont parties ou ont fermé, notre nombre a diminué. Le Covid est aussi passé par là.
Ces dernières années, le marché s’est plus structuré, plus professionnalisé, avec l’arrivée de nouveaux galeristes qui étaient paradoxalement déjà expérimentés.
Aujourd’hui, il y a trois défis majeurs auxquels nous allons être confrontés dans un avenir proche. D’une part, une période d’incertitude économique, avec un cycle de ralentissement général annoncé. Un autre défi est la fermeture des institutions du BAC, ceci pour une durée annoncée de quatre ans (minimum).
Dernier point, crucial et qui est en relation avec les deux autres: quelle sera l’attitude commune des membres de l’association face à ces challenges? Si, par définition, chaque galeriste est unique et souverain dans ses choix, l’histoire même de l’association et son succès ont montré la nécessité d’une politique et d’une discipline communes. L’union a fait notre force. Aujourd’hui, à mes yeux, l’existence même de l’association dépend de cette volonté commune et de notre créativité face à cette nouvelle situation.
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Quel est votre plus beau souvenir en tant que galeriste?
C’est juste impossible à dire et à choisir, il y en a eu tellement. Les plus intenses sont presque toujours liés à des visites d’atelier, à des discussions ou des rencontres avec des artistes, des collectionneurs ou d’autres personnes, à des surprises, des découvertes, à la fierté et au plaisir à voir et à montrer certains travaux, certaines expositions.
C’est un ensemble, un tout. Une fois encore, je reprends les mots de Godard: «(…) le plus beau dans le voyage, c’est le voyage!»
Y a-t-il des conseils que vous auriez aimé recevoir à vos débuts?
Je souris, je crois qu’à l’époque, je n’étais pas prêt du tout à recevoir des conseils, si j’en ai reçus, je les ai oubliés en route. J’aime bien le proverbe chinois qui dit: l’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru…
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Élise Lammer · Espace Halle Nord
Halle Nord est un centre d’art contemporain situé aux Halles de l’Île, au cœur de Genève. Il constitue une fenêtre ouverte sur la production artistique contemporaine, mettant en avant la singularité des démarches artistiques et en soutenant la diversité des formes de création. Composé d’une grande salle d’exposition et de deux capsules annexes vitrées, Halle Nord favorise la visibilité des œuvres grâce à son architecture transparente, offrant un accès direct aux expositions jour et nuit.
Élise Lammer, Directrice
Directrice de Halle Nord, Elise Lammer est commissaire d’art et chercheuse suisse, spécialisée dans l’exploration du rôle de l’espace (public et domestique) dans la construction de l’identité. Son approche transdisciplinaire et intersectionnelle interroge les récits historiques marginalisés et les réévalue sous un prisme contemporain. Doctorante à l’Institut Art Gender Nature de Bâle et à l’Université Linz, elle mène actuellement un projet de recherche autour du jardin de l’artiste et militant queer britannique Derek Jarman.
À quels changements avez-vous l’impression d’assister dans l’art contemporain?
Plus que d’y assister, c’est bien un changement total de paradigme que j’attends dans le milieu de l’art contemporain, surtout au niveau des lieux financés par la collectivité et leur rapport avec les questions de durabilité.
Avec Halle Nord, qui est un centre d’art principalement dévoué à la production, nous essayons d’augmenter la visibilité des œuvres que nous produisons tout en ralentissant les cycles de production (et souvent de destruction) liés à la conception de nouvelles œuvres. En les mettant en rapport avec un écosystème de centres d’art alliés enEurope, nous permettons aux artistes émergent·e·s·x que nous invitons de montrer leur travail dans d’autres lieux, dans le cadre de co-productions ciblées.
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De quoi l’art contemporain a-t-il le plus besoin?
D’une éthique de travail saine; de la fin des plafonds de verres pour les femmes, les personnes racisées et LGBTQIA+; d’un retour à un formalisme engagé et moins d’ignorance envers l’histoire. Et que nous, les acteur·ice·s·x du monde de l’art, alignions nos actions aux valeurs que nous professons dans les expositions que nous promouvons.
Quelles sont les dernières expositions importantes qui vous ont marquées?
À Genève, j’ai été très impressionnée par l’exposition de Giulia Essyad au Centre d’art Contemporain dans le cadre des Bourses de la Ville de Genève 2024. Dans une installation comprenant une vidéo et des œuvres accrochées, elle continue à explorer les codes de la sensualité par le biais de mises en scène qui explosent les normes de beauté, de décence et questionne notre rapport au désir. Je trouve son langage formel très original et son travail me fascine.
J’ai également été marquée par la performance de Julie Béna au Musée d’art et d’histoire dans le cadre du programme de Thomas Conchou, qui est curateur en résidence pour la saison 2024/2025.
Son univers burlesque m’avait toujours intriguée, sans pour autant vraiment me convaincre. C’est lorsque j’ai vu Stories of River, une performance-saga sur l’avortement dans laquelle sa mère et sa fille jouent à ses côtés que j’ai vraiment saisi la teneur politique de son travail, qui fait aussi preuve d’une grande sensibilité et de poésie.
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Catherine Tabatabay-Schmitt & Eliott Cardet · Librairie L’Exemplaire
Ouverte en 1987 à la rue du Perron par Catherine Tabatabay-Schmitt, L’Exemplaire est aujourd’hui installée au 25, Grand Rue.
Spécialisée dans le commerce de livres rares, cette librairie propose aux bibliophiles un choix rigoureux d’éditions originales, dont un bon nombre sur grands papiers, de livres illustrés par les artistes marquant·e·s du 20e siècle et de reliures signées. Suite à l’ouverture de son nouvel espace en 2024, elle est aussi devenue une galerie exposant des œuvres de différents courants artistiques modernes comme le surréalisme et l’abstraction d’après-guerre.
Catherine Tabatabay-Schmitt
Catherine Tabatabay-Schmitt a fondé sa librairie spécialisée dans les livres rares après des études de lettres et un passage à la librairie Slatkine. Son expertise dans la recherche et la préservation des ouvrages rares lui a permis de bâtir une place de choix dans le monde des librairies spécialisées.
Eliott Cardet
Eliott Cardet l’a rejoint il y a une dizaine d’années, après des études d’histoire de l’art et d’expertise à Paris. Leur relation professionnelle repose sur une longue histoire personnelle. Aujourd’hui, ils poursuivent ensemble la mission de préserver et faire découvrir les trésors du 20e siècle, qu’ils soient littéraires, artistiques ou historiques, dans le respect et l’amour des objets qu’ils découvrent, collectionnent et partagent.
Un artiste/écrivain qui vous tient particulièrement à cœur?
Jacques Prévert, un génial touche-à-tout à la fois écrivain, scénariste et artiste. Ayant connu les plus grand.e.s intellectuel.le.s du siècle dernier, il englobe tout ce que nous aimons dans le monde du livre rare, un art total! Nous avons le plaisir de préparer une grande exposition Prévert pour le courant de l’année 2025 où les amateurs pourront retrouver des collages, des dessins originaux et bien entendu des éditions originalesen grands papiers.
Comment devient-on marchand de livres rares?
Beaucoup par passion, un peu par hasard.
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Comment avez-vous vu évoluer la scène dans votre domaine à Genève?
Jusqu’aux années 80, il y avait encore de nombreuses librairies spécialisées à Genève qui ont maintenant disparu. Aujourd’hui nous ne sommes plus que deux! Mais nous rencontrons une nouvelle génération, curieuse de cette passion un peu cachée et secrète qu’est la bibliophilie, qu’elle aborde en la mettant en relation avec ses propres références culturelles: tout n’est pas perdu!
Votre exposition pour l’édition d’Art Genève 2025?
Nous présenterons un choix de gravures modernes d’artistes important·e·s, la plupart ayant aussi illustré des livres. On pourra y trouver de rares tirages de gravures de Miró, Max Ernst, ou encore Henri Laurens.