Barbara Polla · Analix Forever
Depuis 1991, les murs nomades d’Analix Forever ont accueilli les œuvres de quelques 700 artistes. À Chêne-Bourg, la galerie s’ouvre sur un jardin et accueille une maison d’édition et une librairie. Le dessin, la poésie, la vidéo, la musique, les lectures et débats font partie intégrante de l’activité artistique, à Genève comme à Paris, chez Barbara Polla. Et les plus grands peintres – tel Serwan Baran – y côtoient les plus jeunes talents – telle Jade Jouvin.
Barbara Polla
Docteure en médecine, écrivaine, galeriste, poète, Barbara Polla travaille par thèmes – les femmes, art et prison, l’art vidéo, et désormais «art et paix» – tout en accueillant tout projet novateur, esthétiquement séduisant, intellectuellement stimulant. Elle est actuellement doctorante en philosophie sur le thème de la paix à l’Université libre de Bruxelles.
Quel a été votre tout premier contact avec l’art contemporain?
Ma mère était peintre et, petite fille, j’ai grandi à l’ombre de ses palettes: elle peignait dans le jardin, je la regardais faire et elle m’intégrait dans ses autoportraits.
Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir galeriste?
Je ne sais pas exactement. «C’est que ta mère était peintre», me disent certains – mais non, car mes frères ne sont pas devenus galeristes pour autant!
Mais à un moment donné, vers la quarantaine, il m’a semblé indispensable d’inclure l’art dans ma vie active, pas seulement comme spectatrice, mais comme actrice. Question de passion, voire, de survie. Et devenir galeriste m’a paru la voie la plus directe. Je montre donc, promeus et vends les images et les formes créées par toutes sortes d’artistes du monde.
J’aime les artistes et je leur suis reconnaissante, de passer leur vie à créer. Et comme j’aime les mots autant que les images, ma galerie est devenue récemment une galerie-librairie. Certaines choses mettent du temps à advenir. Quelle sera l’étape suivante? Créer un musée?
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quels sont les aspects les plus surprenants de votre travail?
Ce qui continue de me surprendre le plus, au quotidien, ce sont les états d’âme des artistes. L’on dit d’ailleurs de moi que je suis une collectionneuse d’âmes.
Pourquoi être, devenir, artiste? Pourquoi créer? Comment font les artistes, pour donner forme à leurs états d’âme? Comment expriment-ils leurs visions, leurs désirs, leurs mondes, comment partagent-ils tous ces autres qui les habitent, avec nous? Qu’est-ce qui, dans le geste artistique, en fait potentiellement un geste de paix?
Tant d’autres questions m’animent, encore. Pourquoi collectionner? Qu’est-ce qui se passe vraiment, dans cette rencontre toujours extraordinaire, entre l’œuvre d’un artiste et le désir du collectionneur de vivre avec cette œuvre? Comment partager le plus largement possible l’humanisme profond de la création artistique ?
Céline Lange et Stefano Pult · Galerie Lange + Pult
La galerie Lange + Pult a été fondée en 2003 par Céline Lange et Stefano Pult à Auvernier, nichée entre les rives du lac de Neuchâtel et les vignobles environnants. Immergée dans ce cadre idyllique, la galerie s’est imposée comme un point de contact entre les régions, les générations et les pratiques artistiques audacieuses. En septembre 2023, la galerie s’étend à Genève, dans la réputée rue des Bains, proposant aux artistes un nouvel espace d’exposition.
Céline Lange et Stefano Pult
Après une formation d’historien de l’art, Stefano Pult a réalisé le catalogue raisonné d’Italo Valenti en développant contemporainement une activité de marchand. En 1999 il ouvre une première galerie à Neuchâtel, pour ensuite déménager à Auvernier.
Céline Lange l’y rejoint en 2003. Après une formation en droit et dans le marché de l’art, elle prend la direction d’une galerie spécialisée dans l’art contemporain chinois à Paris.
Céline Lange et Stefano Pult ouvrent un deuxième espace à Zurich en 2007 et établissent la réputation internationale de la galerie. En 2023, ils inaugurent une troisième galerie à la rue des Bains à Genève.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer une galerie d’art?
C’est venu naturellement: la magie des rencontres avec les artistes, la passion des collectionneurs.euses et la place de l’art dans leur vie, mais aussi les visites des expositions dans les institutions et les autres galeries.
Quelle est la ligne artistique de la galerie?
Avec son engagement à la croisée des régions et des générations, la galerie lange + pult a tracé une ligne dans sa représentation artistique avec une attirance pour l’art abstrait minimaliste, néo-pop et conceptuel, avec un enthousiasme particulier pour le vocabulaire géométrique, expérimental et tridimensionnel.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quel rôle préférez-vous dans votre quotidien de galeriste?
Les échanges passionnants avec les artistes et les collectionneurs.euses passionné.e.s. Les visites et la découverte de nouvelles créations dans l’atelier des artistes.
Après Auvernier et Zurich, pourquoi avoir choisi d’ouvrir un espace à Genève?
Genève aurait dû être le numéro un, en effet, ce n’est que par un concours de circonstances que la galerie n’a pas été créée à Genève mais à Neuchâtel.
Genève est une ville qui a aujourd’hui une reconnaissance internationale dans le domaine de l’art contemporain, des institutions courageuses, des mécènes fidèles et une foire réputée, un lieu idéal pour une galerie ambitieuse.
Séverine Redon · HiFlow
Le monde économique en mutation, les enjeux sociétaux et environnementaux amènent toutes les structures à repenser leurs innovations et leurs organisations. HiFlow est un tiers lieu éco-culturel animé par une association, née d’une dynamique collective, avec la volonté de questionner nos futurs et de valoriser des initiatives positives. HiFlow, à la fois résidence d’entreprises et hub culturel, fait dialoguer création et innovation pour penser nos futurs, au sein d’un espace de 3000m2 installé dans la zone Industrielle de Plan-Les-Ouates.
Séverine Redon
Entrepreneuse, Séverine Redon aime imaginer des projets hybrides et les développer dans une dynamique collective. Après un parcours dans l’événementiel à Paris, elle fonde plusieurs lieux dédiés à la création, dont HiFlow en 2020. Elle initie ensuite Factory 36, des ateliers partagés, et Parenthèse(s), résidence d’artistes et lieu de villégiature. Entre Paris et Genève, elle poursuit son engagement avec Wise Women, un cercle dédié aux femmes de la culture et de la création.
Comment est né l’espace HiFlow?
La vie m’a emmenée à Genève et HiFlow est née de là, d’un bâtiment industriel presque vide à Plan-les-Ouates. En 2019, le processus de création a été lancé par une série de workshops puis la création d’un comité de pilotage et puis est apparue cette idée de croiser innovation et création.
Et quelle est sa philosophie?
J’ai réalisé un jour, assez tôt, que j’étais profondément animée par la magie et la poésie de l’éphémère, par les nouvelles rencontres, consciente de l’excitation que me procurait la genèse d’un projet ou la communion engendrée par le collectif.
Depuis, je n’ai eu de cesse de chercher ce bonheur-là, en créant une agence évènementielle puis des lieux culturels à Paris, en rencontrant des personnalités fortes, des talents de multiples horizons. Décloisonner, hybrider, faire dialoguer, ouvrir des perspectives, grandir au monde en quelque sorte… apporter ma petite part au rayonnement de la création. J’aime que ces projets puissent avoir un impact positif, qu’il s’agisse de démocratiser la culture, de sensibiliser à un sujet de société, de valoriser des initiatives ou de créer du lien.
Je suis heureuse aussi d’avoir cofondé Wise Women à Paris, un cercle de femmes de la culture qui joue ce rôle de cercle porté par une sororité bienveillante et de transmission.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Comment choisissez-vous les projets que vous accueillez?
Notre programmation se construit de manière assez organique, avec en filigrane la question de nos futurs et de notre impact sur l’environnement. Nous avons inauguré notre programmation en septembre 2020 avec «Quand le vivant nous fait agir!».
Le ton était donné, je crois, et la volonté de questionner notre rapport à la terre et aux autres, de réunir entrepreneurs.euses, industriels, chercheurs.euses, designers, artistes sur ces questions. Depuis, nous avons enchaîné les cycles d’expositions et de conférences, explorant divers sujets avec plus de 150 intervenants et plus de 200 artistes.
Monique Deul · Taste Contemporary
Taste Contemporary est une galerie dédiée à la promotion d’œuvres contemporaines et du XXe siècle, mettant en valeur la matière et le geste artistique. La galerie se distingue par son engagement envers des artistes qui explorent des médiums tels que la céramique, le textile, le verre et le bois, souvent relégués au second plan dans le monde de l’art contemporain. En associant œuvres sculpturales, peintures, dessins et photographies, Taste Contemporary propose une approche sensible et innovante, favorisant le dialogue entre les disciplines et les matériaux.
Monique Deul
Après des études de droit à l’Université d’Amsterdam, Monique Deul a débuté sa carrière dans la musique avant de fonder Taste Contemporary en 2012. En plus de présenter un programme d’expositions annuel à la galerie, elle a été invitée à assurer le commissariat d’expositions dans plusieurs musées, notamment au Musée Ariana à Genève et à la Maison Louis Carré près de Paris.
Qu’est-ce qui vous a conduit à ouvrir une galerie à Genève?
J’ai saisi l’occasion de mettre en lumière un ensemble d’artistes talentueux mais souvent négligés, dont les œuvres, d’une qualité digne des musées, restent encore accessibles à un public de collectionneurs.euses averti·e·s.
Mon ambition première était de contribuer à une meilleure reconnaissance de ces médiums dans le monde de l’art. Il est particulièrement réjouissant de constater qu’aujourd’hui, davantage de galeries ouvrent leurs portes à ces artistes longtemps sous-évalués.
Était-il important de déménager la galerie dans le Quartier des Bains?
Absolument. Je sentais qu’il était temps de faire évoluer la galerie. Notre nouvel espace, combiné à notre intégration dans le Quartier des Bains, a permis un programme plus ambitieux et plus vaste.
Une visibilité accrue apporte une plus grande légitimité, tant aux yeux des collectionneurs.euses que des artistes. C’est particulièrement gratifiant d’entendre les visiteurs.euses exprimer leur surprise et leur enthousiasme en découvrant la qualité des artistes que nous représentons.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quels sont les défis d’un·e galeriste aujourd’hui?
Y a-t-il jamais eu une époque où le monde de l’art ne faisait pas face à des défis? Comme toute entreprise, cela exige un apprentissage constant, du professionnalisme, de la passion, du courage et beaucoup de travail, quelles que soient les conditions économiques. Je reste concentrée sur le soutien aux artistes et l’engagement auprès de notre public. C’est cela, le métier.
Un lieu, une œuvre d’art ou une rencontre qui a changé votre rapport à votre métier?
Ma rencontre avec Marc Blondeau, il y a treize ans, a tout changé. Il m’a offert son espace pour ma première exposition. Depuis, il est resté un soutien généreux — non seulement pour moi, mais pour toute la communauté artistique genevoise. Il continue d’inspirer: réfléchi, curieux, ouvert d’esprit et, surtout, bienveillant.
Frédéric Ormond · Ormond Editions
Créé par Frédéric Ormond en 2008, Ormond Editions est un espace d’exposition polyvalent de 120 m2, qui présente un ensemble de pièces de mobilier, luminaires et objets prestigieux. En plus d’être distributeur, la maison a développé une activité d’édition de meubles et de luminaires en séries limitées et exclusives. Depuis la collection primée de Stéphane Parmentier en 2012, Ormond Editions multiplie les collaborations avec des designers reconnus tels que Garnier & Linker, Glenn Sestig, Valériane Lazard ou Pieter Maes.
Frédéric Ormond
Juriste de formation, Frédéric Ormond obtient à Londres un diplôme de Christie’s Education en évaluation d’objets d’art puis un Master en histoire de l’art à l’Institut Courtauld. Après ses études, il rejoint Van Cleef & Arpels puis Hermès, avant de créer Ormond Éditions en 2008.
Qu’est-ce qui vous a amené à devenir éditeur de design?
Passionné d’art, je me destinais à intégrer une maison de vente aux enchères avant d’opter pour l’édition de mobilier d’art. J’ai réalisé que ce marché connaissait un vrai renouveau au début des années 2000, après une longue période où l’industrialisation avait pris le pas sur l’artisanat.
Avec l’émergence du «collectible design», le mobilier contemporain a trouvé sa place auprès d’une clientèle avertie. Il y avait alors peu d’acteurs et actrices comparé au marché de l’art contemporain, et j’y ai vu une opportunité d’exister, particulièrement en Suisse, où cette activité n’était pas ou peu représentée.
L’idée de participer au processus de création avec les designers, de la réflexion à l’élaboration d’une collection jusqu’à sa commercialisation m’a toujours fasciné.
Comment concevez-vous vos expositions?
D’une manière comparable à celle d’une galerie d’art. Il y a des solo shows qui présentent le travail d’un designer en particulier comme récemment le duo Garnier & Linker ou encore Pieter Maes. Et des group show dans lesquels nous réunissons des pièces orientées vers un matériau, une technique spécifique ou une influence esthétique.
J’aime aussi intégrer des œuvres d’art à l’espace - peintures, céramiques, ou objets antiques - pour faire vivre cette connivence entre art et objet. Pour la GENEVA ART WEEK, nous montrons des pièces uniques à la frontière entre sculpture contemporaine et design. Intégrant par exemple la céramique de la série Ashtray de Sterling Ruby ou la sculpture en verre soufflé de l’artiste japonaise Ritsue Mishima.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Comment l’art influence vos projets?
L’art n’est jamais loin. Nous en exposons toujours dans notre galerie et le proposons de façon ponctuelle à nos clients. L’art peut aussi être source d’inspiration dans les créations que nous élaborons avec nos designers, artistes et artisans.
La frontière entre ces deux activités est devenue très poreuse, et la corrélation plus étroite qu’à mes débuts dans les années 2000 entre le marché de l’art et celui du mobilier de collection.
Cela se retrouve à toutes les échelles de projet, et notamment dans le domaine de la céramique où des artistes peuvent être représenté.e.s tout à la fois par des galeries d’art contemporain et d’arts décoratifs. Beaucoup de nos client.e.s sont aussi collectionneurs.euses d’art et nos objets parlent à cette communauté.
Sonia Zannettacci · Galerie Sonia Zannettacci
Fondée en 1980 dans la vieille-ville, la Galerie Sonia Zannettacci défend depuis plus de quarante ans une ligne artistique exigeante autour du surréalisme, du nouveau réalisme, de la figuration narrative et de la photographie. Elle a présenté des artistes majeurs comme Man Ray, César, Erró, Monory ou encore Arman.
Sonia Zannettacci
Après un début de carrière à Paris, Sonia Zannettacci s’installe à Genève dans les années 70. Elle ouvre sa galerie en 1980, guidée par une passion de toujours et un engagement profond envers les artistes qu’elle accompagne.
Comment la Galerie Sonia Zannettacci a-t-elle vu le jour?
J’ai toujours voulu ouvrir une galerie. Je suis née là-dedans. À Paris, on recevait beaucoup d’artistes à la maison. J’ai travaillé chez Knoedler, j’ai côtoyé Man Ray. J'étais la petite main, je me suis occupée de la fabrication de la série d'objets qu’il avait éditée avec Marcel Zerbib.
Je suis arrivée à Genève un peu par hasard avant la naissance de mon fils et me suis installée ici. À mon arrivée, j’ai monté une bijouterie, sans rien y connaître. C’est un financier qui m’a proposé l’aventure. Et ça a marché! J’ai été la première à présenter les montres de Gérald Genta, j’ai même organisé des expositions de bijoux de César avec qui je jouais au baby-foot lorsque j’avais 15 ans.
Ouvrir une galerie, c'était une envie que j’avais en moi depuis longtemps, mais je n’osais pas. En 1979 la bijouterie a fermé et je me suis dit: «C’est le moment». Sans doute aussi grâce au soutien de Marcel Zerbib qui m’avait dit: «Ouvre ta galerie, je vais t’aider». Marcel était un personnage fabuleux. Il avait tenu la galerie Diderot à Paris, connaissait tous les surréalistes, vendait des Max Ernst à 3000 francs à une époque où personne n’en voulait. Il avait une façon de vivre merveilleuse. Il m’a prêté de nombreuses pièces. Il est mort pendant les travaux de la galerie, quelques semaines avant l’ouverture. J’ai tout de même ouvert… avec une exposition Man Ray absolument extraordinaire.
J’avais tout ce qu’on peut imaginer. Je voulais représenter des artistes que je connaissais depuis toujours. C’est avec eux que j’ai construit cette aventure.
Quel est le rôle du galeriste selon vous? Et comment avez-vous vu le métier évoluer?
C'est promouvoir le travail de quelqu'un en qui on croit. Le métier n’a plus rien à voir avec ce que j’ai connu. Avant, il y avait de la confiance. Aujourd’hui, on signe des papiers pour tout et on n’est plus galeriste pour les bonnes raisons. Trop de galeries ne pensent qu’à vendre, à suivre les modes du marché.
Pour moi, une œuvre n’est pas une marchandise. Elle a une raison d’être, elle raconte quelque chose, elle évolue, elle traverse des périodes, des doutes, des éclats.
Le rôle d’un.e galeriste, c’est aussi de suivre cette évolution, de soutenir, de guider parfois. Je ne parle pas d’influencer, mais si l’artiste a confiance en vous, vous pouvez lui dire: «Tu es sur la bonne voie». Il y a une sorte de «maternage» là-dedans. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison qu’il y a eu tant de si grands marchands de tableaux qui étaient des femmes. Regardez Denise René qui a porté des artistes comme Tomasello ou Soto à bout de bras, à une époque où personne ne s’y intéressait. Ou encore Iris Clert, Catherine Thieck…
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Une anecdote particulière autour d’un.e artiste ou d’une exposition?
John Chamberlain! J’ai eu la chance de montrer son travail deux fois. La première, c’était une exposition de grands monotypes. Il avait promis de venir — mais il a raté l’avion.
Pour la deuxième exposition j’ai voulu montrer ses photographies. Quand je l’ai contacté, il m’a dit de passer par Pace, sa galerie à New York. Et chez Pace, ils ne savaient même pas qu’il faisait de la photo! J’ai trouvé ça incroyable. Il est arrivé par surprise au vernissage, ravi que je montre ses photographies.
Camille Abèle · FMAC – Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève
En 2022, le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC) quitte le Bâtiment d’art contemporain (BAC) et prend ses quartiers à l’Écoquartier de la Jonction dans de nouveaux espaces d’exposition de près de 300 m² offrant désormais une visibilité et surtout une opportunité de présenter aux Genevois-e-s sa riche collection d’art contemporain.
Camille Abèle
Responsable du FMAC depuis 2024, Camille Abèle est historienne de l’art, licenciée ès lettres de l’Université de Genève. Son engagement dans la scène culturelle s’est concrétisé depuis une vingtaine d’années dans les domaines de la conservation du patrimoine, du journalisme et de la programmation culturelles avec une approche assurément interdisciplinaire et un intérêt marqué pour la création indépendante.
Quelle est la mission principale du FMAC ?
Le FMAC est avant tout une institution publique qui soutient la création locale et ses acteurs dans le domaine de l’art contemporain. Par le biais de sa collection, il acquiert régulièrement, et ce depuis 1950, des œuvres à des artistes actives et actifs à Genève ou à des galeries et lieux d’art ; il organise également des concours d’art public visant à l’embellissement de l’espace public et à la valorisation du territoire genevois. Ces œuvres sont en quelque sorte le reflet d’un état des lieux et à long terme constituent une petite (car non exhaustive) histoire des arts visuels à Genève et représentent un riche patrimoine artistique commun désormais accessible au public dans nos espaces à l’Ecoquartier de la Jonction.
Combien d’œuvres sont acquises environ chaque année et comment se fait cette sélection ?
Le FMAC acquiert en moyenne une cinquantaine d’œuvres ou ensembles d’œuvres par année, mais davantage qu’un nombre, il s’agit d’un budget, d’un crédit d’investissement, voté par le Conseil municipal sur une durée de 5 ans. Ce qui permet au FMAC de réaliser ces acquisitions ainsi que les commandes d’art public pour la Ville. Deux commissions spécifiques d’experts externes se réunissent plusieurs fois par an. Ils donnent des préavis sur les projets d’art public ou les dossiers d’acquisitions à l’attention de l’actuelle magistrate chargée du Département de la Culture.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Comment voyez-vous le rôle du FMAC dans l’écosystème artistique local ?
Nous nous rendons compte de son importance, notamment par le nombre de propositions que nous recevons à chaque commission (plus d’une cinquantaine de dossiers pour des acquisitions, ainsi que les nombreux projets d’art dans l’espace public en cours et à venir). Outre la question du soutien aux artistes et à la création locale, – qui est l’un des pivots fondateurs de la constitution du Fonds – le FMAC favorise les accès et sensibilise les Genevois à l’art contemporain. Avec plus de 300 œuvres exposées dans la ville, le FMAC est un véritable musée à ciel ouvert. Notre espace d’exposition permet aussi de valoriser cette collection auprès d’un public large à travers un programme annuel qui favorise les liens avec la scène et les artistes de l’art contemporain à Genève.
Fabienne Levy · Galerie Fabienne Levy
Fabienne Levy, photo: Catherine Gailloud
En 2019, Fabienne Lévy ouvre sa galerie dans sa ville natale de Lausanne. En 2023, elle s’agrandit en ouvrant un second espace à Genève. Cette expansion offre une double visibilité à ses artistes, leur permettant d’exposer simultanément dans les deux villes, tout en touchant un public plus large. Fidèle à sa philosophie, la galerie de Fabienne Lévy et sa collection personnelle reflètent un intérêt profond pour le paysage contemporain et pour des artistes engagé·e·s dans l’exploration du monde qui les entoure.
Fabienne Lévy a étudié l’histoire de l’art à la New York University, travaillé chez Christie’s, avant de s’établir comme conseillère en art. Cette trajectoire lui a permis de développer un regard affûté pour repérer et soutenir les talents émergents et créer des dialogues avec des artistes plus affirmé.e.s.
Pourriez-vous définir la ligne de votre galerie?
Notre galerie s’engage à créer un lien profond entre l’art, les individus et leur humanité, en offrant un espace où la réflexion et l’émotion se rencontrent. Nous mettons en lumière des artistes visionnaires dont les œuvres inspirantes interpellent sur des enjeux fondamentaux de notre société, de notre système et de notre époque.
Convaincus que l’art possède le pouvoir unique d’initier des changements, nous croyons qu’il est aujourd’hui plus essentiel que jamais de sensibiliser et d’éveiller les consciences. Les artistes, avec leurs voix singulières et audacieuses, ouvrent des perspectives nouvelles, invitant chacun à voir le monde autrement, à penser différemment et à s’engager dans un dialogue constructif pour façonner un avenir meilleur
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Vous participez également à de nombreuses foires à l’étranger, en quoi cela est-il important?
Cela permet de présenter les œuvres de nos artistes à un public international et d’établir des connexions avec eux. Voir une œuvre en direct crée une expérience unique qu’il est impossible de reproduire à distance. Les foires offrent aussi une visibilité mondiale, particulièrement pour les galeries situées loin des grandes capitales, et sont des lieux importants de rencontres et d’échanges, où nous pouvons dialoguer avec d’autres acteurs et actrices du monde de l’art et découvrir de nouvelles perspectives.
Une exposition qui vous a récemment marquée?
L’exposition sur le centenaire du surréalisme au Centre Pompidou. J’y ai découvert Varo Remedios, une peintre surréaliste espagnole/mexicaine. Sa manière unique de mêler mysticisme, science et imagination dans des compositions fascinantes m’a impressionnée. Ce qui m’a également frappée, c’est la manière dont Varo explore l’autonomie féminine, un thème d’une grande résonance aujourd’hui.
À une époque où les questions d’égalité et de pouvoir des femmes sont plus que jamais d’actualité, ses œuvres, qui célèbrent la force intérieure et l’indépendance, prennent une nouvelle dimension. Son importance dans le mouvement surréaliste et dans l’art contemporain mérite d’être davantage reconnue.
À propos du membre
Séverine Fromaigeat · Musée Barbier-Mueller
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
LInstallé au cœur de la Vieille-Ville de Genève, le Musée Barbier-Mueller conserve, expose et étudie une collection d’objets d’art d’une immense variété. Elle compte aujourd’hui plusieurs milliers d’œuvres allant de l’Antiquité à aujourd’hui et comprend des objets en provenance de tous les continents. Sur un rythme bisannuel, le Musée Barbier-Mueller propose des présentations renouvelées de sa collection et des expositions temporaires. Conférences, rencontres, lectures et performances accompagnent son programme curatorial.
Séverine Fromaigeat, Directrice
Historienne de l’art, Séverine Fromaigeat a une formation en philosophie et en muséographie. Son goût pour l’art contemporain et les projets interdisciplinaires l’ont amené à collaborer avec de nombreuses institutions, du MAMCO à Genève à la Kunsthalle de Bâle, du Musée Pushkin à Moscou à la Klöntal Triennale à Glaris.
Conservatrice au Musée Tinguely de 2017 à 2023, elle y a réalisé de nombreuses expositions autour de la performance. Co-fondatrice de l’espace d’art Zabriskie Point, elle dirige le Musée Barbier-Mueller depuis novembre 2024.
Vous venez de prendre la direction du musée Barbier-Mueller, pouvez-vous nous parler des nouvelles perspectives que vous avez pour cette institution?
Il s’agit tout d’abord de préserver et de rendre accessible l’extraordinaire collection d’art – tant dans son ampleur que par sa diversité – du Musée Barbier-Mueller. Grâce à la collaboration avec des artistes contemporain·e·s, je souhaite proposer une expérience muséale renouvelée, aussi bien sensible, intellectuelle, physique qu’esthétique.
Et, par le biais des expositions, raconter dans l’espace des histoires, des objets, enchâsser les époques et croiser les territoires. Les projets porteront à la mise en valeur de la puissance symbolique et visuelle des arts autochtones, tout en inscrivant la collection dans le présent, en tissant un dialogue continu avec les questions d’aujourd’hui.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quels sont vos liens à Genève?
Multiples, joyeux, intimes et culturels.
Comment aimeriez-vous voir évoluer la scène culturelle à Genève?
Qu’elle continue ainsi, dans un renouvellement permanent, avec une belle profusion de surprises et de projets ambitieux, en gardant ce mélange d’échelles et de styles qui fait sa force.
Qu’est-ce qui vous surprendra toujours à Genève?
La curiosité culturelle insatiable de sa population, les beautés inégalables de sa nature environnante, les charmes de la Vieille-Ville, et ce joyeux cosmopolitisme qui la rend si chaleureuse et ouverte sur le monde.
À propos du membre
Pierre-Henri Jaccaud · Galerie Skopia
Rencontre avec Pierre-Henri Jaccaud, fondateur de la galerie Skopia.
© Photo: Guillaume Megevand
La galerie Skopia, fondée en 1989, est une galerie d’art contemporain rassemblant des artistes de tous médias. Dès 1993, la galerie expose à la foire de Bâle sans interruption. En 1994, la galerie déménage à Genève dans le quartier de la SIP, ancienne friche industrielle dont une partie des bâtiments est occupée par le Centre d’art contemporain et le MAMCO.
Elle se signale par un choix rigoureux et par un grand nombre de «premières». À travers sa programmation, la galerie cherche constamment à montrer ou exprimer de nouvelles stratégies artistiques. Ancré dans l’art contemporain suisse et fidèle à ses choix historiques, le programme se développe aujourd’hui sur un plan international.
Pierre-Henri Jaccaud est le directeur et fondateur de la galerie Skopia.
Quels sont les défis d’un galeriste après 35 ans d’existence?
Maintenir la qualité et l’exigence du regard, de la réflexion, du choix. Chercher, douter, chercher encore. Et idéalement trouver!
Quel regard portez-vous sur l’évolution du quartier des Bains?
Avec plus de 20 ans d’existence, on peut dire que Quartier des Bains a eu plusieurs vies! L’idée est née au printemps 2001 d’Edward Mitterrand, de Pierre Huber et de moi-même autour d’un café! Passée la surprise totale du succès du premier vernissage commun, il y a eu, d’abord, une gestion amateure.
En 2004, l’arrivée et la proposition de Marc Blondeau de créer une association a permis de nous structurer. C’était une période d’intense développement: arrivées en nombre de nouvelles galeries, création et gestion du prix de Quartier des Bains, augmentation massive du public aux vernissages, relations suivies avec les autorités politiques, les institutions et les médias, cette période va durer jusqu’en 2010-2012.
Rétrospectivement, cela a été une sorte d’âge d’or, la nouveauté avait généré une énergie fantastique et inattendue, il y avait des problèmes de gestion, mais aussi une dynamique, une envie, dans le public. Puis les choses se sont logiquement un peu calmées. L’euphorie est retombée, certaines galeries sont parties ou ont fermé, notre nombre a diminué. Le Covid est aussi passé par là.
Ces dernières années, le marché s’est plus structuré, plus professionnalisé, avec l’arrivée de nouveaux galeristes qui étaient paradoxalement déjà expérimentés.
Aujourd’hui, il y a trois défis majeurs auxquels nous allons être confrontés dans un avenir proche. D’une part, une période d’incertitude économique, avec un cycle de ralentissement général annoncé. Un autre défi est la fermeture des institutions du BAC, ceci pour une durée annoncée de quatre ans (minimum).
Dernier point, crucial et qui est en relation avec les deux autres: quelle sera l’attitude commune des membres de l’association face à ces challenges? Si, par définition, chaque galeriste est unique et souverain dans ses choix, l’histoire même de l’association et son succès ont montré la nécessité d’une politique et d’une discipline communes. L’union a fait notre force. Aujourd’hui, à mes yeux, l’existence même de l’association dépend de cette volonté commune et de notre créativité face à cette nouvelle situation.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quel est votre plus beau souvenir en tant que galeriste?
C’est juste impossible à dire et à choisir, il y en a eu tellement. Les plus intenses sont presque toujours liés à des visites d’atelier, à des discussions ou des rencontres avec des artistes, des collectionneurs ou d’autres personnes, à des surprises, des découvertes, à la fierté et au plaisir à voir et à montrer certains travaux, certaines expositions.
C’est un ensemble, un tout. Une fois encore, je reprends les mots de Godard: «(…) le plus beau dans le voyage, c’est le voyage!»
Y a-t-il des conseils que vous auriez aimé recevoir à vos débuts?
Je souris, je crois qu’à l’époque, je n’étais pas prêt du tout à recevoir des conseils, si j’en ai reçus, je les ai oubliés en route. J’aime bien le proverbe chinois qui dit: l’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru…
À propos du membre
Élise Lammer · Espace Halle Nord
Halle Nord est un centre d’art contemporain situé aux Halles de l’Île, au cœur de Genève. Il constitue une fenêtre ouverte sur la production artistique contemporaine, mettant en avant la singularité des démarches artistiques et en soutenant la diversité des formes de création. Composé d’une grande salle d’exposition et de deux capsules annexes vitrées, Halle Nord favorise la visibilité des œuvres grâce à son architecture transparente, offrant un accès direct aux expositions jour et nuit.
Élise Lammer, Directrice
Directrice de Halle Nord, Elise Lammer est commissaire d’art et chercheuse suisse, spécialisée dans l’exploration du rôle de l’espace (public et domestique) dans la construction de l’identité. Son approche transdisciplinaire et intersectionnelle interroge les récits historiques marginalisés et les réévalue sous un prisme contemporain. Doctorante à l’Institut Art Gender Nature de Bâle et à l’Université Linz, elle mène actuellement un projet de recherche autour du jardin de l’artiste et militant queer britannique Derek Jarman.
À quels changements avez-vous l’impression d’assister dans l’art contemporain?
Plus que d’y assister, c’est bien un changement total de paradigme que j’attends dans le milieu de l’art contemporain, surtout au niveau des lieux financés par la collectivité et leur rapport avec les questions de durabilité.
Avec Halle Nord, qui est un centre d’art principalement dévoué à la production, nous essayons d’augmenter la visibilité des œuvres que nous produisons tout en ralentissant les cycles de production (et souvent de destruction) liés à la conception de nouvelles œuvres. En les mettant en rapport avec un écosystème de centres d’art alliés enEurope, nous permettons aux artistes émergent·e·s·x que nous invitons de montrer leur travail dans d’autres lieux, dans le cadre de co-productions ciblées.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
De quoi l’art contemporain a-t-il le plus besoin?
D’une éthique de travail saine; de la fin des plafonds de verres pour les femmes, les personnes racisées et LGBTQIA+; d’un retour à un formalisme engagé et moins d’ignorance envers l’histoire. Et que nous, les acteur·ice·s·x du monde de l’art, alignions nos actions aux valeurs que nous professons dans les expositions que nous promouvons.
Quelles sont les dernières expositions importantes qui vous ont marquées?
À Genève, j’ai été très impressionnée par l’exposition de Giulia Essyad au Centre d’art Contemporain dans le cadre des Bourses de la Ville de Genève 2024. Dans une installation comprenant une vidéo et des œuvres accrochées, elle continue à explorer les codes de la sensualité par le biais de mises en scène qui explosent les normes de beauté, de décence et questionne notre rapport au désir. Je trouve son langage formel très original et son travail me fascine.
J’ai également été marquée par la performance de Julie Béna au Musée d’art et d’histoire dans le cadre du programme de Thomas Conchou, qui est curateur en résidence pour la saison 2024/2025.
Son univers burlesque m’avait toujours intriguée, sans pour autant vraiment me convaincre. C’est lorsque j’ai vu Stories of River, une performance-saga sur l’avortement dans laquelle sa mère et sa fille jouent à ses côtés que j’ai vraiment saisi la teneur politique de son travail, qui fait aussi preuve d’une grande sensibilité et de poésie.
À propos du membre
Catherine Tabatabay-Schmitt & Eliott Cardet · Librairie L’Exemplaire
Ouverte en 1987 à la rue du Perron par Catherine Tabatabay-Schmitt, L’Exemplaire est aujourd’hui installée au 25, Grand Rue.
Spécialisée dans le commerce de livres rares, cette librairie propose aux bibliophiles un choix rigoureux d’éditions originales, dont un bon nombre sur grands papiers, de livres illustrés par les artistes marquant·e·s du 20e siècle et de reliures signées. Suite à l’ouverture de son nouvel espace en 2024, elle est aussi devenue une galerie exposant des œuvres de différents courants artistiques modernes comme le surréalisme et l’abstraction d’après-guerre.
Catherine Tabatabay-Schmitt
Catherine Tabatabay-Schmitt a fondé sa librairie spécialisée dans les livres rares après des études de lettres et un passage à la librairie Slatkine. Son expertise dans la recherche et la préservation des ouvrages rares lui a permis de bâtir une place de choix dans le monde des librairies spécialisées.
Eliott Cardet
Eliott Cardet l’a rejoint il y a une dizaine d’années, après des études d’histoire de l’art et d’expertise à Paris. Leur relation professionnelle repose sur une longue histoire personnelle. Aujourd’hui, ils poursuivent ensemble la mission de préserver et faire découvrir les trésors du 20e siècle, qu’ils soient littéraires, artistiques ou historiques, dans le respect et l’amour des objets qu’ils découvrent, collectionnent et partagent.
Un artiste/écrivain qui vous tient particulièrement à cœur?
Jacques Prévert, un génial touche-à-tout à la fois écrivain, scénariste et artiste. Ayant connu les plus grand.e.s intellectuel.le.s du siècle dernier, il englobe tout ce que nous aimons dans le monde du livre rare, un art total! Nous avons le plaisir de préparer une grande exposition Prévert pour le courant de l’année 2025 où les amateurs pourront retrouver des collages, des dessins originaux et bien entendu des éditions originalesen grands papiers.
Comment devient-on marchand de livres rares?
Beaucoup par passion, un peu par hasard.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Comment avez-vous vu évoluer la scène dans votre domaine à Genève?
Jusqu’aux années 80, il y avait encore de nombreuses librairies spécialisées à Genève qui ont maintenant disparu. Aujourd’hui nous ne sommes plus que deux! Mais nous rencontrons une nouvelle génération, curieuse de cette passion un peu cachée et secrète qu’est la bibliophilie, qu’elle aborde en la mettant en relation avec ses propres références culturelles: tout n’est pas perdu!
Votre exposition pour l’édition d’Art Genève 2025?
Nous présenterons un choix de gravures modernes d’artistes important·e·s, la plupart ayant aussi illustré des livres. On pourra y trouver de rares tirages de gravures de Miró, Max Ernst, ou encore Henri Laurens.
À propos du membre
Michèle Rossier · Teo Jakob
Rencontre avec Michèle Rossier, directrice régional de Téo Jakob.
Le magasin Teo Jakob, situé à Carouge, est un showroom de design d’intérieur proposant une sélection pointue de meubles contemporains, luminaires et objets décoratifs de marques suisses et internationales.
Un lieu incontournable pour les passionné·e·s de design haut de gamme à Genève. Tout au long de l’année, l’espace accueille des événements tels que des expositions, des lancements de collections, des conférences, ainsi que des rencontres avec des créateurs et designers.
Ces événements visent à explorer les frontières entre art, design et architecture, tout en mettant en avant des talents locaux et internationaux.
Michèle Rossier
Michèle Rossier est directrice régionale et membre de la direction générale de Teo Jakob depuis 2009. Passionnée de design, elle a d’abord travaillé à son compte avant de rejoindre Teo Jakob en 2001.
Pour vous, le design c’est…?
Je considère le design comme l’alliance parfaite entre esthétique, fonctionnalité et innovation. Depuis 75 ans, Teo Jakob incarne cette philosophie en proposant des solutions d’aménagement qui reflètent une élégance contemporaine et une qualité irréprochable.
Le design est pour moi aussi bien une passion qu’une mission: créer des environnements qui inspirent, réconfortent et reflètent la personnalité de celles et ceux qui y vivent, tout en respectant la qualité et l’esthétique qui font la renommée de Teo Jakob.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quels liens Teo Jakob entretient-il avec l’art?
Depuis sa fondation en 1950, Teo Jakob a toujours considéré que les meubles design, l’architecture d’intérieur et les arts visuels sont indissociables. Cette vision holistique se manifeste par l’intégration constante d’œuvres d’art au sein de ses showrooms, offrant une expérience esthétique complète à ses visiteurs.euses.
La Fondation Collection d’Art Teo Jakob comprend des peintures, des sculptures et des objets d’artistes suisses et internationaux, tels que Le Corbusier, Meret Oppenheim, Franz Gertsch et Jean Tinguely. Les œuvres de cette collection sont présentées dans les showrooms de Teo Jakob à Genève, Berne et Zürich où elles dialoguent harmonieusement avec le mobilier exposé. Cette intégration de l’art et du design crée une atmosphère unique, reflétant notre engagement à promouvoir une esthétique qui dépasse la simple fonctionnalité.
Nous sommes également partenaires d’Art Genève depuis sa création et contribuons grandement à apporter à ce salon annuel un environnement particulièrement chaleureux. Pour nos 75 ans, nous sommes fiers d’y présenter une exposition intitulée Collaborations qui retrace la passion et l’engagement de Teo Jakob pour l’art et le design.
Danaé Panchaud · Centre de la Photographie Genève
Rencontre avec Danae Panchaud, directrice du Centre de la Photographie Genève.
Danaé Panchaud, Portrait by Anne Morgenstern, 2024
Le Centre de la photographie Genève est l’une des trois institutions du Bâtiment d’art contemporain, aux côtés du MAMCO et du Centre d’Art Contemporain Genève.
Principalement consacré à la création liée à l’image photographique au 21e siècle, il se veut un défricheur en prêtant une attention particulière aux artistes, suisses et internationaux, dont les travaux n’ont pas encore reçu une visibilité institutionnelle importante en Europe.
Danaé Panchaud
Danaé Panchaud est une curatrice, muséologue et enseignante spécialisée dans la photographie contemporaine. Elle dirige le Centre de la photographie Genève depuis 2022, après avoir été en charge, de 2018 à 2021, du Photoforum Pasquart de Bienne, et travaillé dans plusieurs centres d’art et musées romands de 2007 à 2017.
Pour vous l’art c’est…?
Avant tout de multiples manières de mettre des choses — et des gens — en lien, et, parfois, de proposer de nouvelles manières d’être au monde.
Un projet ou une exposition dont vous êtes particulièrement fière?
L’exposition Making Light of Every Thing, présentée au Centre de la photographie Genève au printemps 2024. Commissariée avec mon collègue Claus Gunti, elle explorait les manières dont l’image photographique construite, manipulée, fabriquée ou générée peut exprimer nos rapports intimes au monde, par un travail d’association très libre, intuitif et spéculatif, des travaux de douze artistes contemporains.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quels seront les projets du Centre de la photographie Genève durant la période de fermeture du BAC pour travaux?
Dès 2025, le Centre de la photographie Genève investira deux espaces d’exposition distincts, fruits d’étroites collaborations avec des institutions genevoises. Notre programme actuel d’expositions temporaires se poursuivra dès le mois de mai dans un espace dédié de la Bibliothèque de Genève, dans le parc des Bastions, qui nous hébergera jusqu’à la fin des travaux.
En parallèle, la Maison de l’enfance et de l’adolescence des HUG nous a confié la programmation de son espace d’exposition, et nous y présenterons quatre expositions monographiques pensées spécifiquement avec les artistes pour le contexte particulier de l’hôpital.
Nous poursuivrons en parallèle nos activités éditoriales avec la collection Superscripte, notre programme de médiation pour les publics scolaires, et notre programme dédié aux artistes professionnel·les (ateliers, mentorat, etc.).
Asma Barchiche & Mina Squalli-Houssaïni · Forde
Rencontre avec Asma Barchiche & Mina Squalli-Houssaïni de l’espace Forde.
Forde est une anomalie précieuse dans le paysage de l’art contemporain: un espace né de l’urgence et du désir collectif, imaginé en 1994 par Fabrice Gygi, Alexandre Bianchini et Nicolas Rieben dans l’enceinte de l’Usine.
Depuis sa création, il demeure un lieu autonome, affranchi des pressions institutionnelles et commerciales, où l’art peut se risquer à des formes inattendues. Chaque équipe qui en prend la direction, tous les deux ans, hérite de ce projet à la fois exigeant et généreux, l’enrichissant de ses obsessions et de ses envies.
Asma Barchiche & Mina Squalli-Houssaïni
Asma Barchiche est une curatrice et chercheuse basée à Genève et responsable des programmes éducatifs au Centre d’Art Contemporain de Genève. Elle est co-fondatrice des chichas de la pensée, un programme culturel itinérant accueilli par des institutions telles que le Centre Georges Pompidou, le MUCEM Marseille ou Lafayette Anticipations. Sa pratique met l’accent sur l’éducation, les stratégies d’apprentissage et les dialogues avec les artistes, favorisant l’innovation dans l’art contemporain.
Mina Squalli-Houssaïni est une artiste pluridisciplinaire basée à Genève. Diplômée du Work.Master à la HEAD – Genève en 2023, elle a exposé dans divers espaces, notamment au Centre d’Art de Neuchâtel, Karma International à Zürich, Lodos à Mexico City, et Liste Art Fair à Bâle. Elle est également programmatrice au festival Les Urbaines.
Pourriez-vous nous présenter le programme de curation pour lequel vous avez été choisies?
Entre 2023 et 2025, nos propositions pour la programmation de Forde s’ancrent dans nos expériences respectives: l’une liée à l’écriture, à la recherche et à la médiation, l’autre à la pratique artistique et à une approche directe de l’art.
Notre objectif est de croiser nos intérêts, nos goûts et nos questionnements pour inscrire notre travail dans cet espace tout en affirmant des orientations artistiques, culturelles et politiques marquées.
Nous voyons dans Forde un lieu où nos idées prennent des formes concrètes, des espaces tangibles où se rencontrent œuvres, idées et publics.
Make it stand out
Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.
Quelles sont les spécificités de l’espace Forde?
Forde n’est pas seulement un lieu de production artistique. Depuis trente ans, il a été façonné par quinze équipes de programmation successives, chacune apportant son regard et ses méthodes.
Tous les deux ans, une nouvelle équipe prend la direction de Forde, réinventant ses contours selon des priorités et des intuitions propres. Ce modèle de gestion garantit que chaque génération imprime sa marque, en explorant librement les multiples possibilités qu’offre cet espace. Forde se distingue par cette capacité à accueillir des projets qui interrogent, transforment et prolongent les pratiques artistiques.
L’Usine, ce bâtiment emblématique de Genève, est un acteur clé dans la définition de Forde. Plus qu’un simple cadre, l’Usine est un écosystème où se croisent musiques, arts visuels, performances et militantisme. Cette proximité nous pousse à imaginer des projets où les disciplines se rencontrent, créant des expériences collectives enracinées dans leur contexte social et culturel.
Faire Forde ensemble, c’est transformer nos conversations en espaces tangibles, en expositions, en performances ou en livres. C’est l’un des luxes que nous nous offrons: montrer ce que nous avons envie de voir, sans compromis. À travers des formats variés — expositions, performances, projections, éditions, soirées —, nous cherchons à multiplier les points d’entrée.
Ce programme est une invitation à penser l’art comme un espace d’échange, où les positions se confrontent et se transforment. À l’aune de ses trente ans, Forde maintient cette approche expérimentale qui privilégie le risque à la conformité. Forde reste un terrain d’essai, un espace où l’on peut penser autrement les conditions de production et de réception de l’art aujourd’hui.