Art Public Pol Le Vaillant Art Public Pol Le Vaillant

Une sélection d’œuvres à travers l’espace public genevois – Troisième édition

Art Public, une séléction d’oeuvres à travers l’espace public genevois.

Henri Presset, Figure XII A, 1975

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)
Quai du Mont-Blanc, face à la jetée des Pâquis, 1201 Genève

Près de 300 oeuvres du FMAC – la collection d’art contemporain de la Ville de Genève – sont visibles dans l’espace urbain. Le FMAC vous emmène en balade et vous permet de découvrir les oeuvres d’art dans les rues de la cité. Vous pouvez désormais situer celles qui se trouvent autour de vous, les identifier ou lire quelques notes explicatives. Visitez un véritable musée à ciel ouvert.

Les œuvres sélectionnées ici sont issues des collections des Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC).

 

Renée Levi, Le tapis volant, 2001-2003

Collection du Fonds cantonal d'art contemporain du Canton de Genève (FCAC), Collège de Montbrillant, rue de Montbrillant 29, 1201 Genève

Claire Perzoff-Bovy, sans titre, 1969

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Bâtiment municipal des Asters, entrée, rue de la Servette 100, 1202 Genève

John M Armleder, sans titre, 2010

Collection du Fonds cantonal d'art contemporain du Canton de Genève (FCAC), Collège de Drize, route de Drize 8, 1227 Carouge

Gérard Musy, Perron IV, 1969-1974

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Place du Perron, rue du Perron, 1204 Genève

Pieter Vermeersch, sans titre, 2016

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), École de Chandieu, hall d'entrée, rue Chandieu 10, 1202 Genève

Heinrich Richard Reimann, Géométrie, 1977-1979

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Ensemble locatif, terrasse et entrée, rue Jean-Charles-Amat 6, 1202 Genève

 

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François Morellet, Le Valais et ses hasards, 1998

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Tunnel du Valais, rue du Valais, 1202 Genève

 
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Trajectoires Jonas Nicollin Trajectoires Jonas Nicollin

Leonie Herweg, Genève comme point de départ

Arrivée à Genève en 2017 pour étudier les relations internationales, Leonie Herweg ne rejoint pas la ville par le biais de l’art

Une personnalité de l’art dont le parcours s’est construit à Genève avant de se prolonger sur d’autres scènes

 

Arrivée à Genève en 2017 pour étudier les relations internationales, Leonie Herweg ne rejoint pas la ville par le biais de l’art. Pourtant, c’est là que se construisent progressivement les fondements de sa pratique actuelle. Entre les bancs de l’Université et l’écosystème du quartier des Bains, où elle vit et travaille, les années genevoises prennent la forme d’une double formation: l’une académique, l’autre plus professionnalisante, au contact direct de l’art contemporain.

Si plusieurs expériences à Vienne, notamment au Mumok et à la Galerie nächst St. Stephan, lui avaient déjà offert un premier aperçu du monde de l’art, c’est sa rencontre avec Karin Handlbauer et son engagement au sein de la galerie Mezzanin qui donnent à cet intérêt une véritable direction. Elle participe à l’ensemble des activités de la galerie, de la production d’expositions aux foires internationales, en passant par les relations avec les collectionneurs et l’accompagnement des artistes. Cette immersion lui permet de découvrir de près le travail de figures majeures telles qu’Isabella Ducrot, Thomas Bayrle, Gianni Motti ou Martha Jungwirth, dont les pratiques marquent durablement son regard. Au contact de ces artistes, elle développe une compréhension concrète des conditions de production et de circulation de l’art contemporain, mais aussi de l’importance des relations qui structurent cet écosystème.

Certaines de ces rencontres se prolongeront bien au-delà de Genève: elle collaborera par la suite avec Isabella Ducrot autour d’un projet éditorial et mènera des recherches au sein de l’atelier de Thomas Bayrle à Francfort.

Dans ce parcours, Genève joue un rôle déterminant. La densité de son tissu artistique et la proximité entre artistes, galeries, institutions et collectionneurs en font un terrain d’apprentissage singulier. À une échelle relativement réduite, la ville permet d’accéder rapidement aux coulisses d’un écosystème foisonnant et d’y prendre part activement. Plus qu’un lieu d’études, Genève devient pour Leonie Herweg un espace de formation à part entière, où se construisent son regard, son réseau et sa compréhension des dynamiques qui traversent l’art contemporain.

Après ses études, elle rejoint le Goethe-Institut du Caire avant de poursuivre son parcours au MMK de Francfort auprès de Susanne Pfeffer puis chez Grisebach à Berlin. Ces expériences lui permettent d’appréhender successivement les réalités institutionnelles, curatoriales et marchandes du secteur. Si ces structures lui offrent une compréhension précieuse du fonctionnement du monde de l’art, elle se reconnaît davantage dans des cadres plus souples, où la proximité avec les projets et la possibilité d’initier ses propres idées occupent une place centrale.

Elle commence alors à développer ses propres initiatives et fonde en 2023 l’espace indépendant Grotto avant de cofonder le Café Tiergarten en 2025. Pour la première fois, elle dispose d’un cadre lui permettant de développer sa programmation et d’expérimenter les formats qui l’intéressent. L’art y est envisagé comme un point de départ, au sein d’un contexte plus large fait de rencontres et d’échanges et qui met au cœur la convivialité.

Aujourd’hui impliquée dans la co-curation de Manifesta 16 dans la Ruhr, Leonie Herweg poursuit son parcours qui la conduit à naviguer entre différentes scènes artistiques et contextes de production et déployer ses multiples talents.

Les réseaux construits à Genève continuent-ils aujourd’hui à jouer un rôle dans votre pratique?

Absolument. Certaines rencontres sont devenues des collaborations de longue durée, mais surtout, j’y ai appris une manière de travailler fondée sur la confiance, la curiosité et la proximité avec les artistes. C’est une approche qui continue de guider tout ce que je fais aujourd’hui. C’est à Genève que s’est forgé mon regard et mon envie de travailler au plus près des artistes. Je suis très reconnaissante envers Karin Handlbauer de m’avoir donné, très jeune, un accès aussi direct à ce milieu et de m’avoir confié autant de responsabilités.

Avec le recul, qu’est-ce qui distingue la scène genevoise d’autres scènes artistiques que vous avez ensuite fréquentées?

À Genève, le monde entier semble être chez lui. Malgré sa petite taille, la ville paraît intellectuellement très vaste. On passe naturellement d’une langue à l’autre, d’un contexte à l’autre, et les frontières entre artistes, galeries, institutions et collectionneurs semblent étonnamment poreuses. Cette fluidité permet de participer très tôt aux conversations qui façonnent le monde de l’art.

Votre parcours vous a menée de la galerie au musée, de l’institution au marché, avant d’évoluer vers une pratique plus indépendante. Comment est née l’envie de développer vos propres projets?

J’ai beaucoup appris dans les institutions et sur le marché de l’art, mais avec le temps j’ai progressivement ressenti le besoin de créer un cadre où tout le monde puisse se rencontrer plus naturellement. Mon travail actuel comme co-curatrice de Manifesta 16 Ruhr confirme cette intuition: ce qui m’intéresse, ce sont des projets profondément ancrés dans leur contexte, qui relient les œuvres aux lieux, aux histoires et aux personnes qui les habitent. J’avais envie de créer un espace où l’art puisse faire partie du quotidien, sans le caractère parfois exclusif que le monde de l’art peut encore véhiculer.

Pourriez-vous nous décrire le projet du Café Tiergarten que vous avez cofondé à Berlin?

Le Café Tiergarten est né presque par nécessité. Le lieu était resté vide pendant quatre ans, juste en face de chez moi, dans le Hansaviertel. Ce quartier, conçu pour l’Interbau de 1957 par des architectes comme Alvar Aalto, Walter Gropius ou Arne Jacobsen, est l’un des ensembles emblématiques du modernisme d’après-guerre. Je connaissais ce café depuis de nombreuses années grâce à mon grand-oncle Klaus et je n’ai pas voulu laisser passer cette occasion.

Je n’avais aucune expérience dans la gastronomie; avec le recul, il fallait sans doute un mélange de naïveté, d’audace et d’optimisme pour se lancer dans une telle aventure. J’ai toujours pensé qu’un café pouvait être l’un des espaces culturels les plus démocratiques: on entre ici sans intention particulière, et l’on en ressort parfois avec une rencontre, une conversation ou le souvenir d’une œuvre qui continue de nous accompagner. C’est cette idée qui guide notre travail..

Quelles évolutions majeures observez-vous aujourd’hui dans le monde de l’art à l’échelle internationale?

Je crois que l’on accorde aujourd’hui davantage d’importance à la manière dont les projets sont produits qu’à leur seule visibilité. Les notions de collaboration, d’hospitalité, de voisinage ou de contexte deviennent des questions curatoriales à part entière.

Où se situent aujourd’hui vos prochaines envies ou explorations?

J’aimerais continuer à développer des projets qui déplacent les formats traditionnels de l’exposition. Ce qui m’intéresse est toujours de créer des situations où l’art devient un prétexte à la rencontre.

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L’Œuvre de Pol Le Vaillant L’Œuvre de Pol Le Vaillant

L’Œuvre de Anne Lamunière

Une oeuvre ou un artiste qui a marqué la carrière d’un marchand. Anne Lamunière est une spécialiste du marché de l’art basée à Genève, avec une longue expérience dans l’art d’après-guerre et contemporain. En 2020, elle a fondé Rat Art, une société de conseil qui accompagne collectionneurs, fondations et musées.

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Une œuvre ou un·e artiste qui a marqué·e la carrière d’un marchand.

Anne Lamunière est une spécialiste du marché de l’art basée à Genève, avec une longue expérience dans l’art d’après-guerre et contemporain. En 2020, elle a fondé Rat Art, une société de conseil qui accompagne collectionneurs, fondations et musées.

«Depuis l’enfance, j’ai toujours été fascinée par la vie des œuvres d’art. Pas seulement par leur beauté ou leur importance historique, mais par leur capacité à traverser le temps. Une œuvre naît dans un atelier, quitte l’artiste, passe de collection en collection, voyage, change de contexte et survit finalement à ceux qui l’ont possédée.

Très tôt, j’ai compris que ce qui me touchait dans l’art se trouvait là: dans cette idée qu’un objet puisse porter en lui autant de vies successives. Aujourd’hui encore, ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est ce moment si particulier où une œuvre quitte une collection pour en rejoindre une autre. Trouver la bonne œuvre pour la bonne personne, sentir qu’un tableau va continuer à vivre ailleurs.

Le premier Rothko que j’ai connu faisait partie de mon quotidien. Enfant, j’aimais cette peinture sans connaître son auteur ni son importance dans l’histoire de l’art. Je savais simplement que ce tableau avait quelque chose de différent. Une présence silencieuse. Pendant des années, je suis passée devant lui chaque jour avant de commencer à vraiment le regarder. Plus tard, en découvrant les grandes expositions de Rothko à New York, Londres ou Bâle, j’ai compris à quel point cette œuvre avait probablement façonné mon regard depuis l’enfance.

Puis un jour, il a quitté notre vie pour commencer une autre histoire ailleurs. Je n’ai jamais cessé de penser à lui.

Des années plus tard, lorsque j’ai commencé mon métier, j’ai retrouvé son nouveau propriétaire. Il m’a expliqué avec beaucoup d’élégance qu’il accepterait probablement de vendre l’œuvre un jour, mais seulement après le décès de celui qui la lui avait vendue. J’ai continué pendant des années à lui rendre visite et, chaque fois que je revoyais le tableau, j’éprouvais exactement la même émotion que lorsque j’étais petite.

Et un jour, en allant lui rendre visite, le tableau n’était plus là… J’étais arrivée trop tard. Il avait été vendu par un autre intermédiaire. J’en ai eu le cœur brisé.

Ce qui m’a le plus touchée n’était pas uniquement le fait de perdre la possibilité de revoir cette œuvre, mais de ne pas pouvoir accompagner ce passage-là. D’une certaine manière, j’aurais aimé participer à sa prochaine vie.

Trouver la bonne collection, le bon lieu, le bon écrin pour lui. Peut-être parce qu’au fond, c’est exactement ce que j’aime dans mon métier.

Avec le recul, je crois que cette déception résume assez bien mon rapport aux œuvres d’art: nous passons notre vie à les faire circuler, à les transmettre, à les accompagner d’une collection à une autre, mais certaines continuent malgré tout à nous échapper. Et c’est peut-être aussi cela qui les rend si vivantes.»

 

— Anne Lamunière

 
 
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L’Entretien Jonas Nicollin L’Entretien Jonas Nicollin

Comment Louise Bonnet vit-elle son succès américain et son attachement à la Suisse à travers son parcours artistique?

Comment Louise Bonnet vit-elle son succès américain et son attachement à la Suisse à travers son parcours artistique?

Arrivée à Los Angeles il y a 32 ans, elle y découvre une scène artistique qui deviendra son terrain d’expression. Trois décennies plus tard, son travail est représenté par Gagosian et exposé dans les plus grandes institutions. Comment Louise Bonnet vit-elle son succès américain et son attachement à la Suisse à travers son parcours artistique?

Vous avez été diplômée de la HEAD en graphisme en 1994 et avez travaillé aux Studios Lolos à Genève. Quels souvenirs gardez-vous du milieu artistique genevois de cette époque?

La HEAD, qui s’appelait encore l’École des arts décoratifs, venait d’ouvrir une filière consacrée à l’illustration et à la bande dessinée, moins centrée sur le graphisme traditionnel, les logos ou la calligraphie. J’y ai côtoyé notamment Zep, Pierre Wazem ou encore Helge Reumann. Nous avions le sentiment qu’un vent nouveau soufflait sur l’institution. Cette ouverture nous a permis de rencontrer des auteurs de bande dessinée et des dessinateurs de presse déjà bien établis, comme Aloys, Mix & Remix, Chappatte, Poussin ou Exem. Soudain, nous réalisions qu’il était peut-être possible de vivre du dessin.

Les Studios Lolos, où j’ai commencé au début des années 1990, constituaient eux aussi un environnement extrêmement stimulant. On y croisait notamment les cinéastes Patricia Plattner et George Schwizgebel, et Nicolas Bouvier venait régulièrement déjeuner à l’Aigle d’Or à Carouge, juste en bas de chez nous. Nous étions entourés de personnalités passionnantes. Cette communauté de dessinateurs entretenait parfois un certain complexe d’infériorité, et je m’inclus volontiers dans cette catégorie «d’artistes de bas étage», par opposition aux artistes issus des Beaux-arts. Pourtant, elle était d’une bienveillance et d’une générosité remarquable. Les plus expérimentés étaient toujours prêts à aider les nouveaux venus, ce qui n’était pas forcément le cas dans d’autres disciplines artistiques.

J’appréciais également le fait que Genève fasse largement appel aux illustrateurs locaux pour ses affiches, ses brochures ou ses campagnes de communication, que ce soit pour les Services industriels, les Hôpitaux universitaires ou d’autres institutions. Une pratique que je n’ai pas beaucoup vue ailleurs.

En 1994, vous partez pour Los Angeles. Au départ pour une année seulement. Finalement, vous vous y installez et y construisez toute votre carrière. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’y rester? N’avez-vous jamais songé à revenir?

Je suis partie avec l’idée de passer une année à Los Angeles, simplement pour changer d’air. Mais je suis immédiatement tombée sous le charme de la ville telle qu’elle était dans les années 1990. L’atmosphère y était empreinte d’enthousiasme, de possibilités infinies, d’une absence presque totale d’amertume ou de jugement. Il y avait aussi l’espace, la lumière… Très vite, j’ai su que je voulais y rester.

© Louise Bonnet – Photo: Jeff Mclane

Vous avez choisi de vous consacrer pleinement à la peinture après votre participation à une exposition organisée par Shepard Fairey au Subliminal Projects, à Los Angeles, en 2008. Auriez-vous pris ce tournant si vous étiez restée à Genève? Et qu’est-ce qui vous a convaincue de vous lancer dans l’art?

Je pense que c’est précisément ce climat d’ouverture, ainsi que les personnes que j’ai eu la chance de rencontrer, qui m’ont permis de comprendre que ce qui me passionnait réellement, c’était dessiner et peindre, et non le versant commercial du graphisme ou de l’illustration, qui consiste avant tout à satisfaire un client.

Autour de moi, je voyais des gens décider de faire exactement ce qu’ils avaient envie de faire, sans se soucier d’une quelconque échelle sociale, de la séniorité ou d’une forme d’autocensure. Si cela fonctionnait, tant mieux. Sinon, ils essayaient autre chose. Cette liberté m’a profondément marquée. Aux États-Unis, et peut-être plus encore à Los Angeles, les gens sont également beaucoup plus enclins à soutenir et à financer des projets un peu audacieux dans lesquels on se lance sans filet.

Votre carrière prend un véritable essor lorsque vous abandonnez l’acrylique au profit de la peinture à l’huile. Votre première exposition personnelle chez Nino Mier, à Los Angeles, en 2016, rencontre un immense succès. Comment expliquez-vous cette évolution?

À un moment donné, j’ai senti que mon travail fonctionnait, mais qu’il lui manquait encore quelque chose. J’ai alors pris la décision de faire taire cette petite voix intérieure qui ne cessait de me demander: «Qu’est-ce que Guston en penserait? Est-ce que c’est juste? Fait-on vraiment les choses de cette manière?» Il m’a fallu du temps pour reconnaître l’instant précis où ces pensées apparaissent et parvenir à les chasser. Elles reviennent sans cesse, sous d’autres formes parfois très inattendues.

À mes yeux, près de 90 % du travail d’un artiste consiste justement à apprendre à maîtriser cette voix. Le passage à la peinture à l’huile est directement né de ce processus. Je n’en avais jamais fait auparavant. Je me suis simplement dit: «Je vais sûrement tout faire de travers, mais peu importe.» Lorsque j’ai découvert cette technique, ce fut comme découvrir le feu. Tout s’est soudainement mis en place.

Louise Bonnet et Elizabeth King : De Anima, 7 mai–7 septembre 2025
Swiss Institute, 38 St Marks Place, New York, NY 10003

Vous êtes aujourd’hui représentée par les galeries Gagosian et Max Hetzler. Vos œuvres ont rejoint les collections du LACMA et du MOCA à Los Angeles, de l’ICA de Miami, mais aussi du Moderna Museet de Stockholm et du MAMCO à Genève. En revanche, sauf erreur, vous n’avez jamais bénéficié d’une grande exposition institutionnelle en Suisse. Le regrettez-vous?

Oui et non. Je comprends assez bien ce que j’ai moi-même ressenti lorsque je vivais encore à Genève. J’ai peut-être tort, mais je crois qu’il existe toujours une frontière assez nette entre L’ART en lettres capitales, souvent perçu comme quelque chose de très conceptuel, de très intellectuel, accompagné d’une thèse de 400 pages et d’un certain pedigree, et une pratique plus instinctive.

Je tiens à préciser que je n’ai absolument rien contre cet art conceptuel. Au contraire, je l’admire profondément. Mais mon travail ne se situe pas là. Il ne naît pas dans le cerveau. Il naît dans le corps, dans ses pulsions les plus brutes, incontrôlables et parfois exaspérantes. Je crois que cette dimension met parfois les gens mal à l’aise. Elle révèle peut-être une facette d’eux-mêmes que ceux qui apprécient mon travail préféreraient ne pas voir apparaître.

La vie à Los Angeles est très différente de celle de Genève. Qu’est-ce qui vous manque de la Suisse? Et qu’est-ce qui ne vous manque pas du tout?

La langue me manque énormément. Mes plus vieux et mes meilleurs amis se trouvent en Suisse. Les musées y sont magnifiques. Le tram, Migros, le lac… toutes ces choses du quotidien me manquent aussi. En revanche, je ne regrette pas une certaine forme de censure calviniste que je ressentais parfois.

Je garde le souvenir d’une inquiétude diffuse: celle d’être ridicule, d’être jugé, de suivre des rails par peur de l’inconnu. Cela dit, la vie à Los Angeles a beaucoup changé. Peut-être que mon côté suisse refait surface, mais je trouve qu’aujourd’hui la ville est devenue plus chaotique et imprévisible, d’une manière parfois éprouvante. Je sens que je voudrais me rattacher à l’Europe, peut-être.

© Louise Bonnet – Photo: Charlie White

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Tour by Jonas Nicollin Tour by Jonas Nicollin

Dans le Genève de Rexhep Rexhepi, l’art du geste et de la création

ÀGenève, certaines personnalités contribuent discrètement mais durablement à façonner le paysage créatif de la ville. Rexhep Rexhepi en fait partie. Fondateur de sa propre marque, installée au cœur de la Vieille-Ville, il a développé depuis Genève une pratique horlogère reconnue internationalement, fondée sur l’exigence du geste, la transmission des savoir-faire et une recherche constante d’expression personnelle. Son parcours témoigne de la vitalité d’une scène locale où artisanat, innovation et regard contemporain se nourrissent mutuellement.

Au fil des années, il a constitué dans le centre historique de la ville un ensemble d’ateliers où chaque composant est conçu, fabriqué, décoré et assemblé sur place. Dans une industrie largement organisée autour de la sous-traitance, cette approche intégrée demeure une exception. Bien plus qu’un lieu de production, cet écosystème participe activement à la vitalité d’un quartier auquel il a insufflé une nouvelle énergie. Portés par une équipe particulièrement jeune, les ateliers de Rexhep Rexhepi sont aussi des lieux de transmission et d’apprentissage, accueillant chaque année de nouveaux apprentis.

Arrivé à Genève dans son enfance, Rexhep Rexhepi a construit un parcours guidé par une quête constante de précision, de rigueur et d’indépendance. À travers ses créations, aujourd’hui reconnues parmi les plus importantes de la scène horlogère contemporaine, il défend une approche profondément personnelle du savoir-faire, où chaque détail porte la marque d’une vision.

Mais son univers dépasse largement le champ de l’horlogerie. Collectionneur passionné, attentif aux formes contemporaines de création, il entretient depuis longtemps un dialogue nourri avec l’art contemporain et le design. Dans ses ateliers, des œuvres de Fabrice Gygi ou de Not Vital côtoient des pièces de mobilier pointues réunies au fil du temps, au gré de rencontres et d’affinités nouées avec des acteurs de la scène locale tels que Frédéric Ormond d’Ormond Éditions ou Boris Liger de la galerie Domum.

L’ensemble constitue moins une collection au sens classique qu’un environnement de pensée, où les œuvres, les objets et les savoir-faire se répondent à travers des questions communes de matière, de construction et de regard.

Pour ce Tour By, il nous ouvre les portes de son Genève et partage quelques-unes de ses bonnes adresses.

 

ANDREA’S

Route de Florissant 51, 1206 Genève

«Andrea’s est une adresse qui compte beaucoup pour moi. À l’époque où mon atelier se trouvait à l’avenue Krieg, j’y allais très souvent. Même si je me suis installé en Vieille-Ville il y a une dizaine d’années, j’aime toujours y revenir. On y mange une excellente côte de bœuf, la terrasse est élégante sans en faire trop, et l’ambiance est restée chaleureuse, familiale, un vrai restaurant de quartier. C’est un lieu qui évoque beaucoup de souvenirs et où je me sens toujours un peu chez moi.»

WILDE

Boulevard Georges-Favon 19, 1204 Genève

«Wilde est une galerie que j’aime pour son engagement envers de jeunes artistes contemporains, notamment locaux. La programmation est éclectique et réserve souvent de belles découvertes. L’esprit est simple et chaleureux, avec une vraie fidélité dans le temps envers les artistes. J’aime aussi l’énergie du lieu lors des événements, le restaurant Anouch, juste à côté, prolonge naturellement cet esprit de convivialité avec une cuisine inspirée et généreuse.»

PARC LA GRANGE

Quai Gustave-Ador, 1207 Genève

«J’aime venir au parc La Grange dès que j’en ressens le besoin. Comme j’habite aux Eaux-Vives, j’y vais souvent en famille, avec les enfants et le chien. C’est un endroit où je me sens immédiatement apaisé. Les grands arbres centenaires, la nature en pleine ville et l’espace donnent envie de ralentir, de respirer et de profiter du moment. J’y retrouve une énergie particulière, une sensation d’ancrage qui me fait du bien. C’est un lieu simple, mais précieux, où je me reconnecte facilement à l’essentiel.»

ORMOND EDITIONS

Rue de la Scie 4/6, 1207 Genève

«Ormond Editions est un espace que j’aime pour sa sélection de designers, souvent confidentiels mais très pointus. On y découvre des pièces qui mettent en valeur un vrai sens du détail et des matériaux de grande qualité. J’aime cet univers où le savoir-faire, les textures et les associations de matières sont au cœur de la proposition, dans une atmosphère propice à la découverte. J’y suis d’autant plus attaché que Frédéric Ormond était mon voisin lorsque j’habitais à Rive.»

OSTERIA DELLA BOTTEGA

Grand-Rue 3, 1204 Genève

«Depuis que je me suis installé en Vieille-Ville il y a une dizaine d’années, Osteria della Bottega est devenue ma cantine. J’y retrouve à chaque fois l’accueil chaleureux de Francesco et Ilaria, qui ont su créer un lieu où l’on se sent immédiatement à l’aise. L’ambiance est familiale et les plats sont toujours préparés avec beaucoup de générosité et de savoir-faire. C’est une adresse en laquelle j’ai une totale confiance, au point d’y inviter régulièrement nos clients. Pour moi, elle incarne tout ce que j’aime dans la gastronomie italienne: la convivialité, la qualité et le plaisir de partager un bon repas.»

L’APPARTEMENT  

Rue Pierre-Fatio 5, 1204 Genève

«L’Appartement est un lieu que j’apprécie pour sa sélection d’œuvres d’artistes internationaux, toujours pointue et variée. On y découvre de nouveaux artistes à chaque visite, dans un espace lumineux où les œuvres sont mises en scène avec soin, parfois en dialogue avec du mobilier choisi. C’est un lieu à la fois convivial et propice à la contemplation, où l’on prend le temps de regarder autrement.»

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Studio Visit Jonas Nicollin Studio Visit Jonas Nicollin

Rencontre avec un artiste en plein montage de son prochain film et chez qui lieu de vie et lieu de travail se confondent

En démarrant sa carrière artistique avec le dessin et la vidéo, deux pratiques économiques en termes d’encombrement, Denis Savary s’affranchissait de l’atelier. Pour lui, l’espace de création est celui où il se trouve. Rencontre avec un artiste en plein montage de son prochain film et chez qui lieu de vie et lieu de travail se confondent.

Des bibliothèques remplies de catalogues et de livres, un coin cuisine, un banc de montage vidéo, des sculptures qui accrochent la lumière… C’est un atelier comme il en existe à peu près partout. À un détail près: un étrange bassin en béton recouvert de mosaïques occupe un bon tiers de la pièce.

À l’origine, le réservoir était destiné à la teinture industrielle avant d’être décoré par le précédent locataire, à l’époque la galerie Muro gérée par Tindaro Gagliano et José Muro. «L’endroit a ensuite été transformé en une sorte de loft», explique Denis Savary dans son atelier de Verntissa, la coopérative pour artisans de Vernier.

Au rez-de-chaussée, celui de Sylvie Fleury se trouve dans l’ancienne salle d’exposition de la galerie. Celui de Savary, qu’il occupe depuis 2017 lorsqu’il s’est installé entre Londres et Genève, est situé juste au-dessus. «Mes espaces de travail se sont toujours confondus avec ceux dans lesquels je vivais. Cela remonte à ma chambre chez mes parents, à Granges-Marnand, où sont nées mes premières expérimentations artistiques.» Une logique cocooning entendue au sens large, le village où l’artiste vit alors devenant aussi un lieu d’expérimentation.

C’est à Granges-Marnand que Denis Savary a produit ses premiers films, comme celui au premier plan duquel un joueur de vielle à roue égrène ses mélodies, tandis qu’au fond des motocross tournent dans une gravière. «Je ne considère pas l’atelier comme un espace fixe. Il est là où je vis. J’ai toujours été partagé entre plusieurs lieux.

Au début, juste après mes études, je suis parti vivre à Paris tout en ayant un pied-à-terre à Lausanne où je revenais régulièrement pour enseigner. Plus récemment, ma vie s’est déployée entre trois endroits: la Sicile, Londres et ce studio, ici, à Vernier.

Chacun était à la fois un espace de vie et de travail. À Santo Stefano di Camastra, en Sicile, je réalisais avec Tindaro mes premières pièces en céramique auprès d’artisans locaux. La Sicile était mon atelier. À Londres, j’étais en résidence d’artiste dans un des ateliers-logements Landis & Gyr, un séjour qui s’est prolongé jusqu’au confinement de 2020. C’est cette circulation permanente qui façonne profondément ma manière de travailler.»

Maison de poupée

Après s’être longtemps consacré à la sculpture, l’artiste a repris le dessin, dont il noircit des cahiers entiers, et la vidéo. «C’est une manière de revenir à ce qui fonde ma pratique. Le dessin et la vidéo ont toujours été à l’origine de mes projets d’expositions et de mes objets. Depuis quelque temps, j’engage une démarche qui consiste à transposer certaines de mes sculptures dans le médium vidéo, en explorant ce que leur passage à l’image en mouvement produit.»

Dans l’atelier de Vernier, on retrouve la villa inspirée de celle de Granges-Marnand en format maison de poupée gigantesque avec ses volets brun-vert et son crépi rose Provence. La sculpture fait partie d’une série de trois bâtiments en modèle réduit, exposés à la galerie Maria Bernheim à Zurich en 2021 et dont les architectures bancales rappellent les décors du cinéma expressionniste allemand des années 1920. «Pour mon film Blood on the Dining-Room Floor, j’avais projeté sur les murs de la maison Le Must, une vidéo réalisée dans la discothèque de mon village, dont elle reprend le nom, où j’avais filmé le ballet des jeux de lumière sur une piste de danse vide. Pour moi, cette boîte de nuit représentait à la fois une échappatoire et un lieu de solitude.

La maison, c’est le centre de cette expérience et le lien: c’est d’elle que je sortais pour filmer et où je revenais pour voir ce que j’avais tourné. Elle était devenue un dispositif cinématographique», continue Denis Savary qui mis en suspens sa pratique de la vidéo en 2010 avec l’avènement des caméras HD. «Je filmais avec une caméra Mini-DV. J’aimais beaucoup cette petite JVC très compacte qui tenait dans la poche. J’étais aussi très attaché au format d’image, ce fameux 4/3. Il y avait également la texture propre à cette image numérique: ces couleurs saturées, légèrement baveuses. Tout cela est devenu progressivement obsolète avec l’arrivée des images d’une netteté extrême et du nouveau format 16/9 imposé par les nouvelles caméras.».

Vagabonds des airs

L’artiste se tourne dès lors vers la danse, réalise des poupées, expérimente la résine, la céramique et le verre. Il filme toujours, mais de manière sporadique et sur des projets spécifiques. «Je suis vraiment revenu au film en 2018, avec le projet Roma Roma Roma, reprend l’artiste au sujet de cette performance dont les acteurs sont des ballons à air chaud télécommandés, filmés vagabondant dans les rues de la Vieille-Ville de Genève. «J’ai eu envie de travailler avec le photographe et réalisateur de documentaires Jean Revillard, qui avait notamment suivi l’aventure de Solar Impulse de Bertrand Piccard. Je trouvais amusant de lui proposer un contre-pied à cette épopée technologique.

Pour moi, ces mini-montgolfières qui déambulaient péniblement dans les ruelles relevaient véritablement de la sculpture, avec quelque chose de fellinien.» Issues d’une commande publique, les sept montgolfières entièrement blanches de Denis Savary appartiennent ainsi à la Ville de Genève (collection du FMAC). Leur protocole de prêt spécifie que chacune de leurs sorties doit être filmée.

Ce fut le cas notamment à Albissola en Italie à la Casa Jorn ou encore l’année dernière au sein de l’oculus du campus Rolex à l’EPFL. «Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont ces mini-ballons activent un lieu, et réciproquement. L’environnement devient dès lors une composante essentielle de la pièce.»

 

Musique d’orage

Dans l’atelier de Vernier, deux anciennes sculptures démontées attendent leur réactivation cinématographique. Un lit, d’après Tommaso Marinetti, exposé en 2022 au MAMCO. Une adaptation en format géant de la tablette tactile imaginée par le père du futurisme appelée à devenir la scène d’un film érotique. Et une Kitchenette agrandie aux parois légèrement matelassées et recouverte d’un tissu argenté présenté une première fois à la Kunsthalle de Berne en 2012 et une seconde fois sous forme «éclatée» au Centre culturel suisse en 2016.

«Je suis en train de travailler dessus avec Arnaud Dezoteux, un artiste français qui fait pas mal d’installations vidéo et des mappings sur des objets. On s’est mis à parler «cuisine» car il a réalisé cette installation vidéo intitulée Sweet Routine (darty-auteur@urssaf.fr), 2024. Nous sommes en train d’imaginer comment remonter les éléments de cette cuisine d’une manière radicalement différente, en nous inspirant des présentoirs de PLV (publicité sur le lieu de vente), afin d’en faire le support d’une projection vidéo mappée autour du logo de Darty.»

L’année prochaine, Denis Savary présentera une exposition monographique au Centre d’art de Liège, pensée comme le prolongement de son exposition Nashville au KBCB de Bienne en 2025. Cet ancien garage liégeois de 500 m² accueillera non seulement une exposition, mais servira également de décor et de lieu de tournage pour un nouveau film. «L’exposition s’articulera autour de la question de l’orage. Parmi les œuvres présentées figurera un jukebox que nous sommes en train de finaliser. Conçu à l’origine pour le KBCB, il constituait un hommage à Susan Hiller, avec qui je partageais alors l’exposition. Son contenu est exclusivement composé d’enregistrements sélectionnés avec Madeleine Leclerc, conservatrice en ethnomusicologie au MEG à Genève.

Ensemble, nous avons constitué une playlist à partir d’un seul motif: l’orage. Cette manière de composer une collection à travers un thème est devenue le point de départ du projet. L’idée est de transformer cet ancien garage en une véritable «boîte à tonnerre», et d’en faire le décor d’un film.»

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Studio Visit Jonas Nicollin Studio Visit Jonas Nicollin

Caroline Bachmann a développé une pratique de la peinture qui aborde les grands thèmes du XIXe siècle

Dans son atelier de Cully, face au lac Léman, Caroline Bachmann a développé une pratique de la peinture qui aborde les grands thèmes du XIXe siècle: portraits, paysages, natures mortes, peintures historiques. Longtemps engagée dans des projets collectifs et conceptuels, elle a opéré un tournant radical en 2013 en se consacrant exclusivement à la peinture et notamment aux paysages qui l’entourent.

Peindre le Léman depuis la fenêtre de sa maison d’enfance, partager son temps entre la Suisse et Berlin, penser la peinture comme une partition sensible: voilà quelques-unes des lignes de force d’un travail qui a récemment été récompensé par le prix Meret Oppenheim (2022) et des expositions importantes au Crédac ou à la Kunsthaus Glarus. Dans cette conversation, elle revient sur son processus créatif, la discipline qu’elle s’est imposée, mais aussi son quotidien d’artiste après avoir quitté l’enseignement.

Pourriez-vous décrire votre processus créatif pour ces peintures du Léman?

Le choix de ce sujet est venu tout simplement de la proximité du lac. J’ai passé toute mon enfance devant lui, dans la maison d’à côté de celle que j’habite aujourd’hui. Je crois que ce paysage m’a imprégnée dans une dimension presque physique et inconsciente, avec une charge de souvenirs très forte. Quand je suis revenue vivre à Cully, cette physicalité m’est apparue comme une évidence: il fallait que je prenne en charge cette relation avec ce paysage.

Ce qui m’intéresse, c’est la relation directe entre ma position dans l’espace et ce que je vois. Je dessine debout, face au lac, très rapidement. Tout est fluide, immédiat: une feuille A4 verticale, quelques lignes, et ce que je ressens. Pas de naturalisme. Dans la spontanéité du geste, il y a quelque chose de juste, d’irréductible. Ce sont des notations presque musicales, qui me permettent ensuite de transposer en peinture. Ces dessins, ce sont des partitions.

Et comment ces partitions deviennent-elles des peintures?

Je travaille les paysages lémaniques sur quatre formats de toiles, c’est une décision qui simplifie mon travail et me permet de me concentrer sur la peinture elle-même. J’applique le dessin sur une toile préparée avec une couche de terre de Sienne. C’est là que je pose toutes les valeurs, du clair au foncé. Cette première étape est monochrome, très structurée. Ensuite, je commence à introduire la couleur, qui vient transformer ces valeurs et ouvrir l’espace.

Je ne peux pas peindre directement devant le sujet. Le contact direct avec le paysage me paralyse, il me fige. Alors que dans l’atelier, je peux puiser dans une mémoire de sensations, avec une liberté totale. Je peux déplacer, tester, déformer, inventer. Mon objectif n’est pas de restituer une image du réel, mais une émotion invisible. Le paysage n’est qu’un support, un véhicule. C’est comme une navette spatiale qui me permet de voyager.

Comment organisez-vous votre travail entre Berlin et Cully?

Quand j’enseignais encore, j’ai mis en place ce système de va-et-vient entre mes deux ateliers. Aujourd’hui je le poursuis, et c’est devenu un rythme de travail idéal. À Berlin, j’ai plus d’espace pour les grands formats. Je peins pendant trois semaines et ensuite je reviens à Cully, où m’attendent les peintures abandonnées un mois plus tôt, sèches et prêtes à être reprises.

Ce système est à la fois stressant et très fonctionnel. Stressant, parce qu’il n’y a pas de pause — tout s’enchaîne. Mais c’est précieux aussi: quitter une toile pendant un mois permet de la revoir avec un regard lavé, plus clair. Cela m’évite de m’enfermer dans une seule manière de faire. Et puis, je garde un attachement particulier à Cully.

Depuis 2021–2022, vous travaillez avec les galeries Gregor Staiger et Meyer Riegger. Comment expliquez-vous cette reconnaissance relativement tardive?

Il y a plusieurs raisons. La principale est que j’ai pris une décision radicale: me consacrer exclusivement à la peinture, et éliminer tout le reste. Pendant longtemps, j’ai participé à des projets collaboratifs, plutôt conceptuels, qui étaient stimulants mais aussi très complexes à identifier. Vers 2013, j’ai pris la décision de me concentrer uniquement sur les problèmes picturaux, quitte à devenir monomaniaque! Je ne savais pas où cela allait me mener, cela demande du temps, de la patience. Il a fallu presque dix ans pour que cette série prenne forme. L’exposition à la Kunsthaus Glarus a été un moment de synthèse important, une sorte de bascule. Ensuite, tout s’est aligné: les galeries, le prix Meret Oppenheim, l’exposition au Crédac… On pourrait presque dire que c’était une constellation astrologique.

En parallèle, vous avez arrêté votre enseignement à la HEAD. Pourquoi?

J’ai enseigné de 2007 à 2022. C’était une expérience essentielle, très formatrice, parce qu’elle m’a obligée à clarifier mes idées. Quand on enseigne, on a une responsabilité: il faut réfléchir pour transmettre, et ce travail de réflexion m’a aidée à structurer ma propre pratique. Mais à partir du moment où j’ai commencé à travailler avec deux galeries, j’ai compris qu’il fallait choisir. J’ai décidé de me consacrer entièrement à la peinture. C’était un moment d’accélération: me libérer de toutes les tâches administratives, logistiques, pédagogiques, pour ne garder que le temps du travail en atelier.

Quel regard portez-vous sur la scène suisse et romande?

Je n’ai jamais pensé en termes de scène locale. Même enfant, mon jeu préféré était de parler des langues étrangères sur les quais de Cully. J’ai toujours relié ma réalité à d’autres mondes. Cela dit, je crois beaucoup aux environnements proches.

À la HEAD, j’encourageais l’école à collaborer avec les artistes voisins, à voir ce qui se passait tout près. Parce que ce terreau est précieux, il nourrit et enrichit. Pour moi, c’est aussi important que les échanges internationaux. L’un ne remplace pas l’autre: il faut penser les deux simultanément.

 

Vous avez aussi cofondé la Kunsthalle Marcel Duchamp avec Stéphane Banz. Pouvez-vous nous raconter la génèse de ce projet?

Ce projet est né d’une succession de coïncidences incroyables. En travaillant sur Étant donnés de Duchamp, nous avons découvert que la cascade peinte se trouvait… dans le Lavaux, juste à côté de chez nous! De là, tout s’est enchaîné: le symposium avec le Philadelphia Museum of Art, puis la création de la Kunsthalle Marcel Duchamp, un espace d’exposition miniature et autonome devant notre maison. Pendant quatre ans, nous avons consacré une immense partie de notre temps à Duchamp. Et, c’est cette recherche qui m’a ramenée à la peinture. Je voulais centrer mon travail sur une pratique qui ne se base pas sur la réalisation d’une idée, mais qui prenne sens et forme au moment de sa réalisation. Et j’ai trouvé, dans les peintres outsiders new-yorkais que Duchamp fréquentait, des références qui me permettaient de contourner le cul-de-sac de l’avant-garde.

Quels sont vos projets actuels?

Je travaille à Berlin et à Cully sur une série consacrée au Lake Geneva… dans le Wisconsin. J’y ai marché quelques jours, j’ai dessiné, et j’ai découvert tout un imaginaire lié aux migrations suisses des XVIIe et XVIIIe siècles avec des lieux comme le Como Lake, Interlaken Drive… C’est une histoire de déplacement, de nostalgie, de désir d’ailleurs. Le paysage devient un lieu de mémoire, mais aussi de perte et d’oubli.

Un lieu où vous rêveriez d’exposer?

Le Louisiana Museum, au Danemark. J’y suis allée à vingt ans, et ça a été un choc esthétique et physique. L’architecture en briques, les espaces ouverts, la relation au paysage… À l’époque, c’était un lieu conçu pour l’échange, sans boutique, sans filtre. Un musée qui donnait le sentiment que l’art faisait partie de la vie.

Un artiste avec qui vous aimeriez collaborer?

Robert Gober, j’aime son travail, son rapport à la narration, aux signes et à la tridimensionnalité. Sa force poétique est toujours une surprise.

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L’Entretien Jonas Nicollin L’Entretien Jonas Nicollin

Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise

Elle est entrée dans l’art à la grande époque des squats. Galeries, marché, Quartier des Bains… Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise.

Elle est entrée dans l’art à la grande époque des squats. Galeries, marché, Quartier des Bains… Comment Mai-Thu Perret a-t-elle vu évoluer la scène artistique genevoise.

Au début de votre carrière d’artiste, dans les années 90, à quoi ressemblait la scène genevoise? Et comment y êtes-vous entrée?

J’y suis arrivée à travers les squats. En revenant de Londres où j’étudiais, j’ai retrouvé à Genève des amis artistes ou qui étudiaient l’art. Je faisais passablement la fête et croisais beaucoup de monde dans les raves. C’est là que j’ai rencontré Sidney Stucki, Fabrice Gygi, Elena Montesinos, Vanessa Bianchini. Sans oublier Vidya Gastaldon et Jean-Michel Wicker dont j’étais proche. C’est avec tous ces gens que j’ai commencé à m’intéresser à l’art contemporain, à aller au MAMCO, à voir les expositions du Centre d’Art Contemporain et de Low Bet, l’espace créé par l’artiste Laurence Pittet et qui se trouvait en face du MAMCO et où, ensuite, j’ai eu un atelier. Il y avait aussi La Régie de Sidney Stucki et plus tard Darse que tenait Fabrice Gygi. Bref, Genève grouillait de micro-galeries et c’était très excitant.

On parle des années 90. À Genève, la culture squat battait alors son plein. Ce dont profitaient les artistes et, partant, l’art contemporain.

C’est vrai, même si aucun de ces lieux n’était vraiment des galeries commerciales dans le sens classique du terme.

C’était plus facile de trouver un espace pour monter un projet. Rhino, l’Ilôt 13, Lissignol, la Maison de thé… Chaque squat avait son espace d’art et de la place pour des ateliers que les artistes occupaient sans payer de loyer. Tout était simple et autogéré. On n’avait pas besoin de réviser des comptes, de constituer des dossiers pour demander des fonds ou décrocher une subvention. L’esprit était underground, très communautaire, les choses se faisaient de personne à personne.

Et puis la politique genevoise a décidé de mettre fin à la tolérance des squats. Et tout s’est terminé.

Le principe des espaces indépendants est revenu depuis quelques années, mais en moins punk, en plus organisé. Pas mal de mes étudiants de la HEAD ouvrent des artists run spaces. Ils s’entendent avec le propriétaire d’un immeuble en cours de rénovation ou se font allouer des fonds. Ça ne représente pas des sommes énormes, mais cela permet de réaliser des projets.

Il faut en cela reconnaître que la Suisse offre beaucoup de soutiens qui compensent, un peu, un coût de la vie de plus en plus élevé. Je pense aussi à la rémunération des artistes qui est désormais obligatoire pour chaque espace d’art subventionné. C’est une très bonne chose, mais cela oblige aussi les lieux à demander des augmentations de subventions dans un climat économique très tendu. Ce qui change complètement l’équilibre.

La HEAD justement. A-t-elle participé à redynamiser une scène qui s’est retrouvée un peu atone aux alentours de 2010?

Elle a sans doute internationalisé la scène. Elle a attiré des étudiants venus de l’étranger dont certains sont restés. Elle a aussi augmenté ses effectifs, notamment avec des professeurs aux profils plus internationaux. Des lieux indépendants comme Cherish ou HIT ont également été de sacrés catalyseurs.

Vous-même, vous vous êtes occupée de Forde, l’espace d’art de l’Usine.

C’était au moment de mon retour de New York où j’avais assisté l’artiste John Tremblay. J’avais aussi trouvé un job de stagiaire chez Susan Cianciolo à travers la revue Purple pour qui j’écrivais des textes. Elle créait une mode portée par des artistes et dont les défilés se déroulaient dans des galeries.

Après deux ans, j’ai décidé de rentrer pour me présenter à la direction de Forde avec Fabrice Stroun. Nous succédions alors à Klat. Après une année et demie, je suis repartie à New York pour suivre le Whitney Program avant de vivre un temps à Berlin. Et de finalement m’installer définitivement à Genève.

En tant qu’artiste, vous avez connu les débuts du Quartier des Bains. Comment l’avez-vous vu évoluer?

Il y a eu une très bonne période dans les années 2010 avec les ouvertures de Ribordy Contemporary, d’Evergreen, de Xippas, des Marbriers et de Truth and Consequences, la galerie de Paul-Aymar Mourgue d’Algue. Il se passait beaucoup de choses dans une ambiance assez festive.

Sauf que Xippas mis à part, tous ces lieux ont depuis fermé.

Oui malheureusement, et puis d’autres les ont remplacés comme lange + pult, Olivier Varenne, Lovay Fine Arts, Mezzanin, Wilde. Mais de facto, le marché international se trouve à Zurich, voire à Bâle, pas ici. Les collectionneurs genevois constituent un monde insulaire. Ce sont des gens qui se connaissent très bien et qui peuvent aider les artistes à vivre de leur travail. Le problème est maintenant de savoir comment renouveler et rajeunir ce milieu.

Vous qui vivez ici et avez dirigé Forde, vous n’avez pourtant jamais eu de galerie à Genève.

En effet. J’ai exposé chez Blondeau & Cie, qui sont plutôt des marchands, et chez Mezzanin, mais qui ne représente pas d’artistes. En Suisse, j’étais chez Francesca Pia dont l’avenir à Zurich, où les loyers sont très chers, reste incertain. On vit peut-être aussi dans une époque où le modèle de la galerie est en train de s’essouffler.

À Genève, le chantier du Bâtiment d’art contemporain oblige les musées et centre d’art qui y travaillaient à se déplacer ailleurs dans la ville. Cela permettra-t-il à l’art d’investir d’autres quartiers que celui des Bains?

Je l’espère. Le Quartier des Bains souffre d’un petit côté répétitif. Ce sont toujours les mêmes endroits; seuls les galeristes ont changé. Élargir le champ serait une bonne manière de redonner de la respiration et de l’inspiration.

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Art Public Pol Le Vaillant Art Public Pol Le Vaillant

Une sélection d’œuvres à travers l’espace public genevois

Art Public, une séléction d’oeuvres à travers l’espace public genevois.

Not Vital, Moon, 2019 

Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC) 

Plaine de Plainpalais, parc triangulaire nord, 1205 Genève.

Près de 300 oeuvres du FMAC – la collection d’art contemporain de la Ville de Genève – sont visibles dans l’espace urbain. Le FMAC vous emmène en balade et vous permet de découvrir les oeuvres d’art dans les rues de la cité. Vous pouvez désormais situer celles qui se trouvent autour de vous, les identifier ou lire quelques notes explicatives. Visitez un véritable musée à ciel ouvert.

Les œuvres sélectionnées ici sont issues des collections des Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC).

 

Sylvie Fleury, Yes to All, 2007

Collection: Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), projet Neon Parallax . Rue Patru 2, angle Avenue du Mail, 1205 Genève (Plaine de Plainpalais)

Mimosa Echard, Mauve Dose, 2018

Collection du Fonds cantonal d’art contemporain du Canton de Genève (FCAC) , Maternité des HUG, Boulevard de la Cluse 30, 1205 Genève

Charles-François Philippe, Sans titre, 1973–1974

Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC), Espace Quartier Aînés Eaux-Vives, rue de Montchoisy 46, 1207 Genève

Markus Rætz, Sans titre [OUI-NON], 2000

Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). Place du Rhône, 1204 Genève

Nathalie Du Pasquier, Sans titre, 2022

Collection: Fonds d’art contemporain de la Ville et du Canton de Genève (FMAC et FCAC), projet Neon Parallax. Avenue Henri Dunant 14 (Plaine de Plainpalais)

Albert Rouiller, Jouet pour le vent, 1974–1975

Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). École des Vollandes, préau, rue du Nant 35, 1207 Genève

 

Make it stand out

Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.

Gianni Motti, Sans titre, 2016

Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC). Cimetière de Plainpalais, rue des Rois 10, 1204 Genève

 
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Rencontre Avec Jonas Nicollin Rencontre Avec Jonas Nicollin

Frédéric Ormond · Ormond Editions

Créé par Frédéric Ormond en 2008, Ormond Editions est un espace d’exposition polyvalent de 120 m2, qui présente un ensemble de pièces de mobilier, luminaires et objets prestigieux. En plus d’être distributeur, la maison a développé une activité d’édition de meubles et de luminaires en séries limitées et exclusives. Depuis la collection primée de Stéphane Parmentier en 2012, Ormond Editions multiplie les collaborations avec des designers reconnus tels que Garnier & Linker, Glenn Sestig, Valériane Lazard ou Pieter Maes.

 

Frédéric Ormond

Juriste de formation, Frédéric Ormond obtient à Londres un diplôme de Christie’s Education en évaluation d’objets d’art puis un Master en histoire de l’art à l’Institut Courtauld. Après ses études, il rejoint Van Cleef & Arpels puis Hermès, avant de créer Ormond Éditions en 2008.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir éditeur de design?

Passionné d’art, je me destinais à intégrer une maison de vente aux enchères avant d’opter pour l’édition de mobilier d’art. J’ai réalisé que ce marché connaissait un vrai renouveau au début des années 2000, après une longue période où l’industrialisation avait pris le pas sur l’artisanat.

Avec l’émergence du «collectible design», le mobilier contemporain a trouvé sa place auprès d’une clientèle avertie. Il y avait alors peu d’acteurs et actrices comparé au marché de l’art contemporain, et j’y ai vu une opportunité d’exister, particulièrement en Suisse, où cette activité n’était pas ou peu représentée.

L’idée de participer au processus de création avec les designers, de la réflexion à l’élaboration d’une collection jusqu’à sa commercialisation m’a toujours fasciné.

Comment concevez-vous vos expositions?

D’une manière comparable à celle d’une galerie d’art. Il y a des solo shows qui présentent le travail d’un designer en particulier comme récemment le duo Garnier & Linker ou encore Pieter Maes. Et des group show dans lesquels nous réunissons des pièces orientées vers un matériau, une technique spécifique ou une influence esthétique.

J’aime aussi intégrer des œuvres d’art à l’espace - peintures, céramiques, ou objets antiques - pour faire vivre cette connivence entre art et objet. Pour la GENEVA ART WEEK, nous montrons des pièces uniques à la frontière entre sculpture contemporaine et design. Intégrant par exemple la céramique de la série Ashtray de Sterling Ruby ou la sculpture en verre soufflé de l’artiste japonaise Ritsue Mishima.

Make it stand out

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Comment l’art influence vos projets?

L’art n’est jamais loin. Nous en exposons toujours dans notre galerie et le proposons de façon ponctuelle à nos clients. L’art peut aussi être source d’inspiration dans les créations que nous élaborons avec nos designers, artistes et artisans.

La frontière entre ces deux activités est devenue très poreuse, et la corrélation plus étroite qu’à mes débuts dans les années 2000 entre le marché de l’art et celui du mobilier de collection.

Cela se retrouve à toutes les échelles de projet, et notamment dans le domaine de la céramique où des artistes peuvent être représenté.e.s tout à la fois par des galeries d’art contemporain et d’arts décoratifs. Beaucoup de nos client.e.s sont aussi collectionneurs.euses d’art et nos objets parlent à cette communauté.

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Tour by Jonas Nicollin Tour by Jonas Nicollin

«J’aime le changement», explique Florian Le Bouhec, chef cuisinier incontournable de la place genevoise.

«J’aime le changement», explique Florian Le Bouhec, chef cuisinier incontournable de la place genevoise qui vient de prendre ses quartiers au Dorian. Arrivé à Genève à l’âge de 20 ans où il retrouve son père, chef lui aussi et avec qui il travailla brièvement, Florian Le Bouhec gagne vite son indépendance. Il ouvre son premier établissement en 2010: l’Artichaut. Il enchaîne ensuite avec le Café de la Paix en 2014, le Bologne et le Bombar en 2018 et le Bleu Nuit en 2022. À travers ces différents lieux, le chef multiplie les rencontres et développe son réseau. Ce qu’il apprécie le plus? Créer des ambiances, des lieux propices aux échanges et aux rencontres. Il est aujourd’hui l’une des personnalités genevoises les plus reconnues pour sa cuisine, mais aussi pour ses restaurants dont les atmosphères singulières participent à l’énergie de la ville. Florian le Bouhec nous fait faire le tour de ses bonnes adresses.

 

Dimanche

Rue Micheli-du-Crest 2, 1203 Genève

«J’ai rencontré l’architecte d’intérieur Youri Kravtchenko, qui a ouvert le showroom Dimanche, à l’Artichaut. Il venait y dîner avec son frère, qui était aussi mon comptable. J’ai commencé à travailler avec lui pour la décoration du Café de la Paix où il m’a donné quelques conseils. On a poursuivi notre collaboration avec celles du Bologne et du Dorian qu’il a entièrement conçues. Youri travaille pour l’ambiance du lieu et pas seulement pour son esthétique. À force de fréquenter les restaurants, il sait ce qui fonctionne. Ensemble, on arrive à faire de bons compromis et il m’amène sur des chemins de traverse que je n’emprunterais pas forcément, mais qui ont fait la force de mes différents établissements comme avec le carrelage qu’il a utilisé pour le Bologne et qui est devenu la signature du restaurant. J’aime travailler ainsi, autour de rencontres et en synergie avec des gens avec qui je crée des liens.»

MAMCO

Actuellement en travaux.

Programmation hors-site: www.mamco.ch

«J’y emmène chaque personne qui vient me voir à Genève. Pour moi c’est un incontournable, comme les Bains des Pâquis. J’ai créé des liens avec son directeur, Lionel Bovier, lorsque j’officiais au Café de la Paix. J’apprécie beaucoup l’équipe du MAMCO avec qui j’ai collaboré sur plusieurs évènements. J’aime le bâtiment et son architecture. J’y ai aussi découvert de fantastiques expositions. La dernière qui m’a marquée? Celle de Mathis Gasser en 2023. J’ai acheté une pièce de l’artiste après son exposition que j’ai installée au Bleu Nuit. Aujourd’hui, le bâtiment ferme pour rénovation. C’est regrettable pour l’énergie du quartier mais c’est une bonne nouvelle pour le développement de l’institution et je me réjouis de suivre les activités hors-site du musée pendant les travaux.»

Nino,

caviste de quartier

Boulevard de Saint-Georges 65, 1205 Genève

«Quand je ne suis pas dans mes restaurants, je me retrouve encore souvent autour de la table, chez moi ou chez des ami·e·s. J’aime recevoir les gens, c’est aussi pour ça que je fais ce métier. Nino, c’est l’endroit parfait pour faire de nouvelles découvertes et trouver la bonne bouteille pour un déjeuner ou un dîner entre ami·e·s.»

Le marché aux puces de Plainpalais & Christophe Berger

Avenue Henri-Dunant 16, 1205 Genève

«Le marché aux puces, j’y vais plus pour l’atmosphère que pour chiner. J’y ai passé beaucoup de temps pendant les travaux du Dorian. Plainpalais s’est toujours trouvé à proximité de beaucoup de mes restaurants et c’est donc naturellement un lieu de passage important pour moi. Et puis il y a aussi le Skate Park où je vais souvent avec mon fils. Avant d’aller aux puces, j’ai pour habitude de m’arrêter chez Christophe Berger pour son croissant au jambon et ses pâtisseries. J’aime me poser dans le petit café aménagé derrière la boutique ou sur leur terrasse avec vue sur la Plaine. C’est rare de trouver un bon pâtissier suisse. Toutes les pâtisseries que j’achète viennent de chez lui.»

Galerie Mezzanin

Rue des Maraîchers 63, 1205 Genève

«J’ai beaucoup travaillé avec Karin Handlbauer, la directrice et propriétaire de la galerie Mezzanin. C’est une amie fidèle. Elle organisait ses dîners de vernissage au Café de la Paix et continue à le faire aujourd’hui au Bleu Nuit ou au Dorian quand je ne viens pas cuisiner directement à la galerie. J’aime sa programmation, que je suis depuis longtemps. Elle m’a permis de découvrir de très belles choses. C’est elle qui m’a prêté les premières œuvres que j’ai exposées dans mes restaurants, notamment une pièce de Peter Kogler au Café de la Paix. Je lui ai plus tard acheté un ensemble de peintures d’Isabella Ducrot pour l’ouverture du Bleu Nuit.»

 
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Studio Visit Jonas Nicollin Studio Visit Jonas Nicollin

Markus Amm, né à Stuttgart en 1969 est connu pour ses peintures abstraites et ses expérimentations avec la matérialité et la lumière.

Markus Amm, né à Stuttgart en 1969 est connu pour ses peintures abstraites et ses expérimentations avec la matérialité et la lumière. Son travail explore des processus minutieux et souvent laborieux, notamment l’application de multiples couches de vernis et de pigments, créant des surfaces vibrantes et lumineuses. Ses œuvres, à la fois minimalistes et organiques, interrogent la perception visuelle et le rapport au temps à travers des textures et des jeux de transparence. Son travail est régulièrement exposé dans des galeries et institutions internationales. Son travail a été présenté à la galerie Mezzanin à Genève.

Pouvez-vous nous décrire votre quotidien à l’atelier et la relation que vous entretenez avec cet espace?

Mon atelier se trouve dans la zone industrielle des Acacias. C’est amusant car depuis 25 ans, j’ai pour habitude de traverser des ateliers de mécanique avant d’arriver à mon studio. Il y a une très belle vue sur le Salève à droite et le Jura à gauche et les couchers de soleil y sont parfois incroyables. Je crois en cette pratique quotidienne de l’atelier. Même si je n’ai rien à y faire – ce qui heureusement arrive rarement – je lis, j’écoute de la musique, je regarde par la fenêtre. Le studio est une sorte de machine qui, à un moment donné, fonctionne automatiquement et je fais partie de cet engrenage.

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Vous êtes un artiste allemand basé à Genève mais votre travail est principalement montré à l’international: Londres, New York et dernièrement Séoul. Comment expliquez-vous cela?

C’est dû au fait que mes galeries me tiennent très occupé! Une autre explication pourrait être que je suis venu à Genève pour des raisons personnelles avec l’idée de repartir après deux ou trois ans. Mais vous savez comment les choses fonctionnent: chaque année, il y a une nouvelle prolongation ou une nouvelle raison pour laquelle vous ne repartez pas et vous vous rendez compte que vous êtes devenu Genevois. Aujourd’hui, j’accepte le fait que je pourrais mourir ici.

Vous considérez-vous comme un artiste genevois?

Je me sens Genevois. Je vis ici avec ma famille et j’ai l’intention d’y rester au moins jusqu’à ce que mes enfants soient grands. Par contre, je ne me vois pas comme un artiste genevois. J’ai vécu dans trop d’endroits et de pays différents avant d’arriver à Genève. En fin de compte, je pense être un étrange mélange de différentes régions d’Europe et des États-Unis.

Que pensez-vous de la scène suisse?

La scène suisse est incroyable! Je dis ça sans flatterie. Un si petit pays avec autant d’artistes fantastiques. Dans la vie de tous les jours, je suis plutôt pragmatique et matérialiste et les faits sont là: je n’ai jamais vu un pays qui soutient ses artistes aussi bien et c’est clairement payant. Les autres pays devraient s’inspirer de ce que signifie ici le soutien à la culture!

Où trouvez-vous votre inspiration? Y a-t-il des lieux ou des œuvres dans la région qui vous inspirent?

Mon œuvre d’art préférée reste le Jet d’eau, surtout par matin de grand vent depuis les Bains des Pâquis. Ma deuxième est à La Jonction. Il suffit de regarder comment les deux cours d’eaux se mélangent et les images que cela crée. Je ne l’ai jamais fait jusqu’à présent mais depuis peu, je regarde les gens sauter directement dans l’eau au point de croisement des deux rivières et éclater de rire en passant tantôt de l’eau boueuse à l’eau turquoise et vice-versa. Il y a là quelque chose de spécial…

Quelles sont les œuvres que vous présentez à la galerie Baton à Séoul?

J’ai toujours joué avec cette indifférence entre l’abstraction et la figuration et avec la façon dont l’esprit construit des images en fonction de sa vision personnelle. Le titre de mon exposition à Séoul était: Cats, Goats and Monsters – La Jonction. Si vous lisez ma réponse à la question précédente vous comprendrez peut-être.

Travaillez-vous en séries ou chaque œuvre est-elle individuelle?

Techniquement, je travaille par séries. Il y a toujours environ 30 à 40 peintures sur lesquelles je travaille depuis des années. Plus je travaille longtemps sur ces tableaux, plus ces pièces deviennent des œuvres individuelles. Il arrive qu’une peinture soit terminée au bout d’un mois alors que d’autres restent accrochées pendant des années. Cela signifie que le flux naturel est interrompu à chaque exposition. Il y a toujours des œuvres très récentes qui montrent de nouveaux développements à côté de très anciennes qui viennent d’être terminées. Ces différents décalages dans la chronologie des peintures font finalement de chaque œuvre une pièce individuelle, du moins dans le cadre de l’exposition où elle est présentée. Après, de loin, on peut reconnaître des séries qui traversent les différentes expositions au fil des ans.

Sauriez-vous nous dire comment votre travail va évoluer ces prochaines années?

J’ai déjà prévenu mes galeries qu’au cours des prochaines décennies, je pourrais bien devenir un peintre figuratif…

Quel sentiment aimeriez-vous que les gens retiennent lorsqu’ils découvrent vos œuvres?

Pour moi, l’art est presque le seul moyen de vivre des expériences épiphaniques, le seul moyen de comprendre le monde d’une manière non rationnelle, juste par l’instinct et l’intuition. C’est surtout avec la peinture que j’y parviens, mais les œuvres conceptuelles peuvent aussi le faire. Je suis trop complexe pour demander cela aux autres. Mais être capable de partager cette expérience serait mon but.

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Vous avez notamment travaillé à la HEAD. Qu’avez-vous retenu de cette expérience d’enseignement et de transmission?

On ne peut pas enseigner l’art. Ce que vous pouvez faire est davantage comparable à l’image d’un entraîneur: vous percevez le talent des étudiants et vous essayez de les maintenir sur la bonne voie ou, en fonction de leur développement, de les en écarter. Il faut avoir un très bon sens de la psychologie. Il y a beaucoup à laisser derrière soi. J’en ai fait l’expérience au cours de mes propres études et j’ai vu assez souvent comment des artistes étaient détruits pendant leurs études artistiques. J’ai beaucoup de respect pour les artistes qui se consacrent à l’enseignement. Je l’ai fait en tant que professeur invité, mais faire cela à plein temps pendant des années… respect. J’ai rencontré il y a peu un professeur de la HEAD qui m’a dit qu’il était en fait l’étudiant et que les étudiants étaient ses professeurs. C’est sans doute la bonne attitude à adopter.

Vous disiez qu’après cette exposition à Baton Gallery, vous vouliez faire une pause. Est-il important, dans la vie d’un artiste, de ne pas produire et de rester parfois loin de son atelier?

Je ne ferai pas d’exposition en 2025, mais je vais continuer à aller à l’atelier pour peindre. Je ne considère pas ma pratique d’atelier ou mes expositions comme du travail. Le travail, ce sont les deadlines. C’est un peu métaphorique, mais je vous laisse méditer là-dessus.

Quel serait le lieu où vous rêveriez d’exposer?

La Kunsthalle de Bielefeld dessinée par Philip Johnson. En termes d’architecture, c’est l’une de mes institutions préférées.

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L’Entretien Jonas Nicollin L’Entretien Jonas Nicollin

Balthazar Lovay fonde la galerie Lovay Fine Arts à Genève en 2022

Balthazar Lovay fonde la galerie Lovay Fine Arts à Genève en 2022. Il nous raconte ici son parcours et comment il a vu la scène genevoise et le Quartier des Bains évoluer.

Balthazar Lovay fonde la galerie Lovay Fine Arts à Genève en 2022. Il nous raconte ici son parcours et comment il a vu la scène genevoise et le Quartier des Bains évoluer.

Vous avez commencé votre carrière comme artiste, avant de devenir curateur et enfin galeriste. Pourquoi être passé de l’institution au marché?

Pour moi, c’est un parcours logique. Lorsque je dirigeais le centre d’art Fri Art à Fribourg, je passais six mois, voire parfois un an, à travailler avec un artiste. Et cette relation magnifique s’arrêtait une fois l’exposition terminée. J’avais envie de prolonger ce rapport en travaillant pour représenter sur le long terme les artistes qui me semblent importants. Et puis à un niveau plus personnel, galeriste me permettait de trouver une forme d’autonomie aussi bien financière que professionnelle.

Mais avec une prise de risque beaucoup plus grande, non?

Certes, mais un risque plus ou moins mesuré, même s’il faut être vraiment casse-cou pour faire ce métier. Lorsqu’on démarre de rien, on prend conscience de chaque franc investi et reçu. Cette position mobilise énormément, entre d’un bout de la chaîne les artistes et de l’autre le public et les collectionneurs. Le travail entrepreneurial, invisible aux yeux des visiteurs, est énorme. C’est à la fois très excitant et très intense.

 
 

Ouvrir à Genève a toujours été dans vos plans?

Disons que ma vie se trouve ici et que je connais les gens. C’est une manière de démarrer. Mais rien n’est jamais gravé dans le marbre.

Comment définiriez-vous votre ligne?

Chercher à avoir le plus fort impact possible pour les artistes que je représente et les soutenir dans leur carrière sur le long terme. Et que cet impact se répercute sur mes clients et mes collectionneurs, afin de pouvoir leur dire que les artistes qu’ils achètent chez moi ne se retrouvent pas seulement sur des murs comme objets décoratifs, mais aussi dans des musées et des livres d’art. Je défends des artistes que l’on ne retrouve pas encore dans d’autres galeries et qui sont des exclusivités.

Je pense à Lucia di Luciano, ou Suzanne Santoro (sujet de notre exposition de janvier 2025), à la longue carrière, mais qui sont des découvertes historiques, et dont les travaux n’ont pas eu la visibilité nécessaire à un moment donné. Mais aussi à Pascal Vonlanthen, un artiste qui aurait été classé dans l’Art brut, une catégorisation que je trouve peu fertile, et qui a toute sa voix dans l’art contemporain.

Je me positionne comme la galerie qui représente officiellement ces artistes à l’international, depuis Genève, en dévoilant leurs corpus peu connus. Alors oui, j’ai aussi monté une exposition de John Armleder, mais en présentant des œuvres de jeunesse qui n’avaient pratiquement jamais été montrées.

Représentez-vous également des artistes plus jeunes?

Je présente en effet Marie Gyger une jeune artiste suisse, ainsi que Michèle Graf et Selina Grüter, un duo zurichois qui vit à New York depuis six ans. En général, ce sont des artistes qui cherchent une forme d’innovation par rapport à l’histoire de l’art et qui engagent une réflexion profonde sur l’art et notre temps. J’ai présenté Graf et Grüter à Liste 2024. Elles ont participé à la 15e Baltic Triennale et présentent en ce moment une exposition importante à la Halle für Kunst de Lüneburg en Allemagne.

 
 

Vous avez ouvert Lovay Fine Arts dans le Quartier des Bains en septembre 2022. Comment avez-vous vu le quartier se développer?

En fait, je suis arrivé trois fois dans le quartier. La première, c’était en 2001. À l’époque, j’étais l’assistant de Lionel Bovier qui venait de lancer JRP Éditions, d’abord dans un garage des Pâquis et enfin dans une arcade de la rue des Bains. J’y suis ensuite revenu de 2004 à 2012 avec Fabrice Stroun lorsque nous avons créé Hard Hat qui était un éditeur de multiples et une galerie d’exposition pour de jeunes artistes. Et me revoilà, 10 ans plus tard. Alors oui, l’ambiance a beaucoup changé.

En 2005, les vernissages du Quartier des Bains réunissaient environ 2000 personnes. Il y avait beaucoup plus de galeries et la dynamique entre le marché de l’art, les institutions et la scène locale alternative étaient bien plus imbriquées. Surtout, le Quartier des Bains bénéficiait d’un important sponsor qui permettait le fameux prix des drapeaux qui prenaient la forme de bannières d’artistes accrochées dans tout le quartier et jusque sur le pont du Mont-Blanc. Cela créait un fort appel d’air médiatique et populaire!

Vingt ans plus tard, à Genève, il y a beaucoup de très bons restaurants chers et moins de créativité dans le milieu de l’art. À nous d’y remédier!

Comment voyez-vous son évolution ces prochaines années?

Aujourd’hui, les galeries genevoises sont dispersées dans la ville. Je pense qu’il faudra repenser la notion de Quartier des Bains et revoir la dynamique entre tous les quartiers dans lesquels il y a des galeries.

La rénovation du MAMCO, du Centre d’art contemporain et du Centre de la photographie doit être vue comme une opportunité. Ces trois lieux vont migrer de quartiers à d’autres de manière ponctuelle dans le courant des cinq prochaines années. Ce sera l’occasion de relancer une nouvelle dynamique de l’art dans la ville. Mais aussi de repenser la relation entre les galeries et les musées, les galeries et les artistes.

Quant à remettre Genève sur la carte internationale du marché, il nous manque des galeries locomotives pour engager ce mouvement, une ou deux galeries genevoises qui prendraient des envergures internationales.

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