L’Œuvre de Pol Le Vaillant L’Œuvre de Pol Le Vaillant

L’Œuvre de Philippe Davet

Une oeuvre ou un artiste qui a marqué la carrière d’un marchand. Philippe Davet, directeur associé de Blondeau & Cie à Genève, conseille collectionneurs et institutions en art moderne et contemporain. Il nous présente ici son souvenir autour d’une œuvre de Louise Lawler.

Make it stand out

Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.

Une œuvre ou un·e artiste qui a marqué·e la carrière d’un marchand.

Philippe Davet, directeur associé de Blondeau & Cie à Genève, conseille collectionneurs et institutions en art moderne et contemporain. Il nous présente ici son souvenir autour d’une œuvre de Louise Lawler.

«À l’automne 2002, la galerie Metro Pictures nous a proposé l’œuvre Helms Amendment de Louise Lawler datant de 1989. Il s’agit d’une installation composée de 94 photographies en noir et blanc encadrées. Chacune d’entre elles représente un gobelet en plastique identique, accompagnée de six textes à fixer au mur.

Le 14 octobre 1987, le Sénat américain a adopté un amendement stipulant :

«Aucun des fonds mis à disposition des Centers for Disease Control en vertu de la présente loi ne doit être utilisé pour fournir des supports d'éducation, d'information ou de prévention sur le sida qui promeuvent ou encouragent, directement ou indirectement, les activités sexuelles homosexuelles.»

94 sénateurs ont voté OUI. 2 ont voté NON et 4 se sont abstenus.

Dès lors, le Sénat américain a interdit toute dépense liée à la prévention des risques liés au sida alors même que cette épidémie causait des ravages aux États-Unis.

Les photographies des gobelets portent, sur le passe-partout, le prénom et le nom de chaque sénateur ayant voté oui. Les textes fixés au mur précisent la teneur de l’amendement et indiquent le nom de chaque sénateur ayant voté non ou s’étant abstenu.

Marc Blondeau et moi-même, n'ayant jamais vu l’œuvre de nos yeux, avons suggéré à la galerie Metro Pictures à New York d’organiser une exposition de Louise Lawler dans notre espace en y incluant cette œuvre extraordinaire. Cette exposition deviendra la première mini-rétrospective de l’artiste avec une quinzaine d’œuvres datant de 1980 à 2003 et la première exposition que j’ai organisée au 5, rue de la Muse.

Des années plus tard, un jeune curateur m’a confié que cette œuvre l’avait ému aux larmes lors de sa visite de l’exposition de mars 2003. L’art a de multiples fonctions qui ne se limitent pas à une esthétique ou à une technique : il peut également nous interroger sur des décisions politiques, nous faire réagir et peut-être et surtout nous aider à réfléchir.

En juin 2016, nous avons présenté Helms Amendment à Art Basel Unlimited accompagnés de mon fils de 13 ans qui était venu nous aider pour l’accrochage. Deux-trois musées américains se sont montrés intéressés. Finalement, la Collection Pinault l’a acquise, et l’œuvre a été exposée lors de l’ouverture de la Bourse de Commerce à Paris, en mai 2021.»

 

— Philippe Davet

 
 
  • Pol Le Vaillant

Lire la suite
L’Œuvre de Pol Le Vaillant L’Œuvre de Pol Le Vaillant

L’Œuvre de Lionel Latham

Une oeuvre ou un artiste qui a marqué la carrière d’un marchand. Lionel Latham évoque sa rencontre décisive avec Edouard Chapallaz (1921-2016), l’une des personnalités majeures de la céramique suisse de la seconde moitié du 20e siècle.

Make it stand out

Whatever it is, the way you tell your story online can make all the difference.

Une œuvre ou un·e artiste qui a marqué·e la carrière d’un marchand.

Lionel Latham évoque sa rencontre décisive avec Edouard Chapallaz (1921-2016), l’une des personnalités majeures de la céramique suisse de la seconde moitié du 20e siècle. Dès la fin des années 50, il développe un travail personnel de recherche sur le grés et les émaux, qui se distingue par des formes archétypiques aux qualités formelles et spirituelles saisissantes

«Édouard Chapallaz est un céramiste suisse avec qui j’ai eu la chance de collaborer et qui a grandement contribué à faire reconnaître ma galerie. Notre première rencontre remonte à 1982.

À l’époque, ma galerie était située aux Pâquis et j’acquérais alors une céramique portant deux marques: Chapallaz et Menelika. C’était une belle pièce, parfaitement tournée, mais son style, monochrome et dans l’esprit scandinave des années cinquante, ne ressemblait pas à ce que produisait Menelika. Intrigué, j’ai décidé d’écrire à Chapallaz pour lui demander des explications. Il m’a répondu avec cordialité m’expliquant qu’il avait travaillé un an chez Menelika en tant que tourneur. En contrepartie, il pouvait utiliser leur atelier pour créer ses propres pièces, ce qui expliquait la double signature.

Au fil des années, nous avons gardé contact. J’ai continué à acheter des pièces des années cinquante issues de Menelika, tandis qu’Édouard poursuivait une carrière plus que respectable: expositions muséales, reconnaissance internationale, collaborations avec des marchands réputés comme Engelberts ou la galerie L’Entracte à Lausanne.

En 1997, lorsque j’ai déménagé dans ma galerie actuelle, rue de la Corraterie, il m’a spontanément proposé de l’exposer, un geste d’une grande générosité car je n’aurais jamais osé le lui demander.Je garde un souvenir marquant de son premier vernissage.

À l’époque, j’ouvrais toujours mes portes à 17h précises, et ce jour-là, dix collectionneurs·euses attendaient déjà devant la porte. Une autre époque!

L’exposition fut un franc succès: Chappalaz m’avait confié 79 céramiques… et j’en ai vendu 81! Il avait un véritable fan-club, composé de contemporains aujourd’hui disparus. Et il pratiquait une politique de prix étonnamment douce pour des pièces d’une telle qualité muséale, allant de 300 à 3500 CHF.

 

Par la suite, j’ai organisé quatre autres expositions de son vivant, toutes couronnées de succès. Avec le temps, nous nous sommes rapprochés. Nos échanges étaient riches: il me présentait de nouveaux artistes, m’envoyait des collectionneurs.euses et encore aujourd’hui, je continue de découvrir et d’acheter de nouvelles pièces de lui qui m’étaient inconnues…

Cette rencontre fut extraordinaire. Édouard Chapallaz était un grand céramiste, conscient de son talent mais sans jamais en faire l’étalage. Plus récemment, j’ai fait une autre belle découverte: la céramiste Petra Weiss. Âgée de 77 ans, elle travaille toujours dans son atelier au Tessin, où je suis allé la rencontrer. Ce fut une très belle expérience, et j’ai d’ailleurs présenté ses œuvres lors du dernier parcours céramique.»

— Lionel Latham

 
 
  • Pol Le Vaillant

 

À propos du membre

Lire la suite