Leonie Herweg, Genève comme point de départ
Arrivée à Genève en 2017 pour étudier les relations internationales, Leonie Herweg ne rejoint pas la ville par le biais de l’art
Une personnalité de l’art dont le parcours s’est construit à Genève avant de se prolonger sur d’autres scènes
Arrivée à Genève en 2017 pour étudier les relations internationales, Leonie Herweg ne rejoint pas la ville par le biais de l’art. Pourtant, c’est là que se construisent progressivement les fondements de sa pratique actuelle. Entre les bancs de l’Université et l’écosystème du quartier des Bains, où elle vit et travaille, les années genevoises prennent la forme d’une double formation: l’une académique, l’autre plus professionnalisante, au contact direct de l’art contemporain.
Si plusieurs expériences à Vienne, notamment au Mumok et à la Galerie nächst St. Stephan, lui avaient déjà offert un premier aperçu du monde de l’art, c’est sa rencontre avec Karin Handlbauer et son engagement au sein de la galerie Mezzanin qui donnent à cet intérêt une véritable direction. Elle participe à l’ensemble des activités de la galerie, de la production d’expositions aux foires internationales, en passant par les relations avec les collectionneurs et l’accompagnement des artistes. Cette immersion lui permet de découvrir de près le travail de figures majeures telles qu’Isabella Ducrot, Thomas Bayrle, Gianni Motti ou Martha Jungwirth, dont les pratiques marquent durablement son regard. Au contact de ces artistes, elle développe une compréhension concrète des conditions de production et de circulation de l’art contemporain, mais aussi de l’importance des relations qui structurent cet écosystème.
Certaines de ces rencontres se prolongeront bien au-delà de Genève: elle collaborera par la suite avec Isabella Ducrot autour d’un projet éditorial et mènera des recherches au sein de l’atelier de Thomas Bayrle à Francfort.
Dans ce parcours, Genève joue un rôle déterminant. La densité de son tissu artistique et la proximité entre artistes, galeries, institutions et collectionneurs en font un terrain d’apprentissage singulier. À une échelle relativement réduite, la ville permet d’accéder rapidement aux coulisses d’un écosystème foisonnant et d’y prendre part activement. Plus qu’un lieu d’études, Genève devient pour Leonie Herweg un espace de formation à part entière, où se construisent son regard, son réseau et sa compréhension des dynamiques qui traversent l’art contemporain.
Après ses études, elle rejoint le Goethe-Institut du Caire avant de poursuivre son parcours au MMK de Francfort auprès de Susanne Pfeffer puis chez Grisebach à Berlin. Ces expériences lui permettent d’appréhender successivement les réalités institutionnelles, curatoriales et marchandes du secteur. Si ces structures lui offrent une compréhension précieuse du fonctionnement du monde de l’art, elle se reconnaît davantage dans des cadres plus souples, où la proximité avec les projets et la possibilité d’initier ses propres idées occupent une place centrale.
Elle commence alors à développer ses propres initiatives et fonde en 2023 l’espace indépendant Grotto avant de cofonder le Café Tiergarten en 2025. Pour la première fois, elle dispose d’un cadre lui permettant de développer sa programmation et d’expérimenter les formats qui l’intéressent. L’art y est envisagé comme un point de départ, au sein d’un contexte plus large fait de rencontres et d’échanges et qui met au cœur la convivialité.
Aujourd’hui impliquée dans la co-curation de Manifesta 16 dans la Ruhr, Leonie Herweg poursuit son parcours qui la conduit à naviguer entre différentes scènes artistiques et contextes de production et déployer ses multiples talents.
Les réseaux construits à Genève continuent-ils aujourd’hui à jouer un rôle dans votre pratique?
Absolument. Certaines rencontres sont devenues des collaborations de longue durée, mais surtout, j’y ai appris une manière de travailler fondée sur la confiance, la curiosité et la proximité avec les artistes. C’est une approche qui continue de guider tout ce que je fais aujourd’hui. C’est à Genève que s’est forgé mon regard et mon envie de travailler au plus près des artistes. Je suis très reconnaissante envers Karin Handlbauer de m’avoir donné, très jeune, un accès aussi direct à ce milieu et de m’avoir confié autant de responsabilités.
Avec le recul, qu’est-ce qui distingue la scène genevoise d’autres scènes artistiques que vous avez ensuite fréquentées?
À Genève, le monde entier semble être chez lui. Malgré sa petite taille, la ville paraît intellectuellement très vaste. On passe naturellement d’une langue à l’autre, d’un contexte à l’autre, et les frontières entre artistes, galeries, institutions et collectionneurs semblent étonnamment poreuses. Cette fluidité permet de participer très tôt aux conversations qui façonnent le monde de l’art.
Votre parcours vous a menée de la galerie au musée, de l’institution au marché, avant d’évoluer vers une pratique plus indépendante. Comment est née l’envie de développer vos propres projets?
J’ai beaucoup appris dans les institutions et sur le marché de l’art, mais avec le temps j’ai progressivement ressenti le besoin de créer un cadre où tout le monde puisse se rencontrer plus naturellement. Mon travail actuel comme co-curatrice de Manifesta 16 Ruhr confirme cette intuition: ce qui m’intéresse, ce sont des projets profondément ancrés dans leur contexte, qui relient les œuvres aux lieux, aux histoires et aux personnes qui les habitent. J’avais envie de créer un espace où l’art puisse faire partie du quotidien, sans le caractère parfois exclusif que le monde de l’art peut encore véhiculer.
Pourriez-vous nous décrire le projet du Café Tiergarten que vous avez cofondé à Berlin?
Le Café Tiergarten est né presque par nécessité. Le lieu était resté vide pendant quatre ans, juste en face de chez moi, dans le Hansaviertel. Ce quartier, conçu pour l’Interbau de 1957 par des architectes comme Alvar Aalto, Walter Gropius ou Arne Jacobsen, est l’un des ensembles emblématiques du modernisme d’après-guerre. Je connaissais ce café depuis de nombreuses années grâce à mon grand-oncle Klaus et je n’ai pas voulu laisser passer cette occasion.
Je n’avais aucune expérience dans la gastronomie; avec le recul, il fallait sans doute un mélange de naïveté, d’audace et d’optimisme pour se lancer dans une telle aventure. J’ai toujours pensé qu’un café pouvait être l’un des espaces culturels les plus démocratiques: on entre ici sans intention particulière, et l’on en ressort parfois avec une rencontre, une conversation ou le souvenir d’une œuvre qui continue de nous accompagner. C’est cette idée qui guide notre travail..
Quelles évolutions majeures observez-vous aujourd’hui dans le monde de l’art à l’échelle internationale?
Je crois que l’on accorde aujourd’hui davantage d’importance à la manière dont les projets sont produits qu’à leur seule visibilité. Les notions de collaboration, d’hospitalité, de voisinage ou de contexte deviennent des questions curatoriales à part entière.
Où se situent aujourd’hui vos prochaines envies ou explorations?
J’aimerais continuer à développer des projets qui déplacent les formats traditionnels de l’exposition. Ce qui m’intéresse est toujours de créer des situations où l’art devient un prétexte à la rencontre.
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Yann Abrecht
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Ruben Riermeier