Sonia Zannettacci · Galerie Sonia Zannettacci
Fondée en 1980 dans la vieille-ville, la Galerie Sonia Zannettacci défend depuis plus de quarante ans une ligne artistique exigeante autour du surréalisme, du nouveau réalisme, de la figuration narrative et de la photographie. Elle a présenté des artistes majeurs comme Man Ray, César, Erró, Monory ou encore Arman.
Sonia Zannettacci
Après un début de carrière à Paris, Sonia Zannettacci s’installe à Genève dans les années 70. Elle ouvre sa galerie en 1980, guidée par une passion de toujours et un engagement profond envers les artistes qu’elle accompagne.
Comment la Galerie Sonia Zannettacci a-t-elle vu le jour?
J’ai toujours voulu ouvrir une galerie. Je suis née là-dedans. À Paris, on recevait beaucoup d’artistes à la maison. J’ai travaillé chez Knoedler, j’ai côtoyé Man Ray. J'étais la petite main, je me suis occupée de la fabrication de la série d'objets qu’il avait éditée avec Marcel Zerbib.
Je suis arrivée à Genève un peu par hasard avant la naissance de mon fils et me suis installée ici. À mon arrivée, j’ai monté une bijouterie, sans rien y connaître. C’est un financier qui m’a proposé l’aventure. Et ça a marché! J’ai été la première à présenter les montres de Gérald Genta, j’ai même organisé des expositions de bijoux de César avec qui je jouais au baby-foot lorsque j’avais 15 ans.
Ouvrir une galerie, c'était une envie que j’avais en moi depuis longtemps, mais je n’osais pas. En 1979 la bijouterie a fermé et je me suis dit: «C’est le moment». Sans doute aussi grâce au soutien de Marcel Zerbib qui m’avait dit: «Ouvre ta galerie, je vais t’aider». Marcel était un personnage fabuleux. Il avait tenu la galerie Diderot à Paris, connaissait tous les surréalistes, vendait des Max Ernst à 3000 francs à une époque où personne n’en voulait. Il avait une façon de vivre merveilleuse. Il m’a prêté de nombreuses pièces. Il est mort pendant les travaux de la galerie, quelques semaines avant l’ouverture. J’ai tout de même ouvert… avec une exposition Man Ray absolument extraordinaire.
J’avais tout ce qu’on peut imaginer. Je voulais représenter des artistes que je connaissais depuis toujours. C’est avec eux que j’ai construit cette aventure.
Quel est le rôle du galeriste selon vous? Et comment avez-vous vu le métier évoluer?
C'est promouvoir le travail de quelqu'un en qui on croit. Le métier n’a plus rien à voir avec ce que j’ai connu. Avant, il y avait de la confiance. Aujourd’hui, on signe des papiers pour tout et on n’est plus galeriste pour les bonnes raisons. Trop de galeries ne pensent qu’à vendre, à suivre les modes du marché.
Pour moi, une œuvre n’est pas une marchandise. Elle a une raison d’être, elle raconte quelque chose, elle évolue, elle traverse des périodes, des doutes, des éclats.
Le rôle d’un.e galeriste, c’est aussi de suivre cette évolution, de soutenir, de guider parfois. Je ne parle pas d’influencer, mais si l’artiste a confiance en vous, vous pouvez lui dire: «Tu es sur la bonne voie». Il y a une sorte de «maternage» là-dedans. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison qu’il y a eu tant de si grands marchands de tableaux qui étaient des femmes. Regardez Denise René qui a porté des artistes comme Tomasello ou Soto à bout de bras, à une époque où personne ne s’y intéressait. Ou encore Iris Clert, Catherine Thieck…
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Une anecdote particulière autour d’un.e artiste ou d’une exposition?
John Chamberlain! J’ai eu la chance de montrer son travail deux fois. La première, c’était une exposition de grands monotypes. Il avait promis de venir — mais il a raté l’avion.
Pour la deuxième exposition j’ai voulu montrer ses photographies. Quand je l’ai contacté, il m’a dit de passer par Pace, sa galerie à New York. Et chez Pace, ils ne savaient même pas qu’il faisait de la photo! J’ai trouvé ça incroyable. Il est arrivé par surprise au vernissage, ravi que je montre ses photographies.