Un projet commun anime Natacha et Youri à travers leur énergie bouillonnante et créative : faire de Genève une ville inventive et en mouvement
Youri Kravtchenko dirige l’atelier d’architecture YKRA, installé à côté du showroom Dimanche, un espace qu’il inaugurait en 2021, parallèlement à l’emménagement de ses bureaux dans ses nouveaux locaux. Il s’est imposé comme une figure incontournable de la scène architecturale genevoise.
Au-delà de son goût pour le beau et son sens de l’esthétique, l’échange et la convivialité sont au coeur de son approche. On lui doit la conception de nombreux bars, restaurants et lieux emblématiques qui façonnent l’énergie vibrante et créative de la ville : Helia Bar, Le Bologne, Le Dorian, Le Café de la Plage, Osteria Zazza, Voisins, Cinecittà, La Crêperie Blé Noir, parmi tant d’autres. En parallèle de sa pratique, il transmet son approche au sein du département d’architecture d’intérieur de la HEAD – Genève, où il est enseignant.
Natacha De Oliveira est une artiste américano-brésilienne et curatrice installée à Genève. Formée à la New School de New York, où elle obtient un Bachelor en littérature comparée, puis titulaire d’un Master en arts visuels, elle développe une pratique à la croisée des disciplines, entre démarche personnelle et recherche collective. Au sein du collectif Domingo, elle imagine des performances et des expositions qui interrogent les liens humains à travers des gestes rituels. De ces explorations naissent des oeuvres où se déploient les questions d’identité, de pouvoir et de mémoire partagée. Elle enseigne également à la HEAD – Genève.
Un projet commun anime Natacha et Youri à travers leur énergie bouillonnante et créative : faire de Genève une ville inventive et en mouvement. Ils nous présentent ici quelques-unes de leurs meilleures adresses
MUSÉE ARIANA
Avenue de la Paix 10, 1202 Genève
«L’Ariana : ce n’est pas qu’un musée, c’est une grande dame avec une garde-robe en porcelaine. Pour des raisons familiales, on a toujours été très proches de la céramique, et en particulier d’une céramiste qui nous regarde aujourd’hui depuis d’autres nuages. Le musée regorge d’une collection de céramiques et de verres impressionnante, le tout présenté dans une architecture néo-baroque, comme un gâteau copieux qu’on aime quand même manger à la petite cuillère. Notre bureau d’architectes y réalise depuis peu quelques travaux de transformation, à notre plus grande joie. Ne vous inquiétez pas, on fait ça doucement, pour ne pas déranger les fantômes.»
DOMUM
Rue des Bains 61, 1205 Genève
«Domum ce n’est pas un magasin, c’est un salon tellement beau qu’on n’ose pas s’y asseoir. Les agiles propriétaires, nos amis Laura et Boris ont ouverts depuis quelques années déjà cette galerie dynamique autour du mobilier, de l’art et du design. Un espace de très bons conseils niché dans le quartier des Bains, tout cela avec un goût exquis et un renouvellement perpétuel, exigeant : pendant que toi tu réfléchis, eux ils ont déjà tout bougé.»
AUBERGE PORT-GITANA
Route de Lausanne 318, 1293 Bellevue
« C’est au bord de l’eau, mais ce n’est pas la mer. C’est aussi le dernier-né du bureau d’architecture pour lequel nous avons réalisé les intérieurs : un restaurant et un hôtel, les pieds dans l’eau, résolument lacustre. On y sert des filets de perche bien dodus, avec une sauce qui dit : « Viens, reste, oublie tout ». On y dort peut-être, ou peut-être pas. Mais on se sent partir depuis sa chaise et c’est déjà beaucoup. On y a sélectionné les plus belles pièces : on a mixé les époques, brocanté sans retenue, placé des tableaux d’ici et d’ailleurs comme des bouteilles lancées au Léman.»
BAINS DES PÂQUIS
Quai du Mont-Blanc 30, 1201 Genève
«Ce n’est pas du bien-être, c’est du choc thermique mélangé à de la tendresse. On y va quand il fait froid, très froid. Pour s’ébouillanter les idées et suer nos hivers. On y emmène nos amis, qui débarquent du Brésil et hallucinent autant sur la température du lac que sur l’absence de pudeur : sur les plages de Rio, on n’est jamais vraiment totalement nu ! On sort de là rouges, tremblants, vivants et la soirée continue au Leopard Room ou chez Lisa, parce que la chaleur appelle le sel et l’ivresse et que le sel et l’ivresse appellent les histoires.»
LEOPARD ROOM
Hôtel d’Angleterre, Quai du Mont-Blanc 17, 1201 Genève
«C’est un bar, ou un rêve. Tout y est léopard, sauf les gens. Tu viens là pour oublier Genève, ou pour t’y ancrer plus fort. On sirote, par exemple un Dirty Martini et mieux encore en amoureux. Il y a souvent un petit orchestre de jazz, et évidemment, comme son nom l’indique, absolument tout (ou presque) est au motif léopard : une prouesse qui pourrait presque s’inscrire dans une démarche à demi loufoque ou à demi performative ! La nuit avance, féline.»
SOMA
Rue de l’Avenir 32, 1207 Genève
«C’est la bonne découverte de cette année ! Installée dans une ancienne usine métallurgique incroyable, qui n’a rien à envier aux capitales européennes, Mighela Shama, sa propriétaire, y pense fort et précis. Pour inaugurer le lieu, le MAMCO s’y est glissé pendant l’été. Ça a créé du frottement, du feu sous la rouille. Et parfois, on y a mangé. Pas n’importe comment : c’était la promesse de Liaisons du chef Florian le Bouhec. S’il était d’humeur, tu ressortais avec des idées plein les poches, des rencontres et des souvenirs dans le ventre. On se réjouit de voir l’évolution du lieu après cette première expérience réussie.»
DIM SUM GOURMAND
Rue du Prieuré 5, 1202 Genève
«Bienvenue chez Lisa ! Avec cette décoration plutôt austère, on ne serait pas forcément entré si des bouches gourmandes et averties ne nous avaient pas soufflé ce restaurant à nos oreilles grandes ouvertes… et là, boum ! tout est bon. Pas bon genre « c’est sympa », non. Bon genre « j’ai plus envie de parler ». Les xiao long bao sont des sorts d’amour, la salade de céleri une claque douce, les nouilles à la viande hachée une tendresse chaude. On n’y revient pas pour explorer, on y revient pour retrouver.»
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Yann Abrecht
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Alexia Maggioni
«J’aime le changement», explique Florian Le Bouhec, chef cuisinier incontournable de la place genevoise.
«J’aime le changement», explique Florian Le Bouhec, chef cuisinier incontournable de la place genevoise qui vient de prendre ses quartiers au Dorian. Arrivé à Genève à l’âge de 20 ans où il retrouve son père, chef lui aussi et avec qui il travailla brièvement, Florian Le Bouhec gagne vite son indépendance. Il ouvre son premier établissement en 2010: l’Artichaut. Il enchaîne ensuite avec le Café de la Paix en 2014, le Bologne et le Bombar en 2018 et le Bleu Nuit en 2022. À travers ces différents lieux, le chef multiplie les rencontres et développe son réseau. Ce qu’il apprécie le plus? Créer des ambiances, des lieux propices aux échanges et aux rencontres. Il est aujourd’hui l’une des personnalités genevoises les plus reconnues pour sa cuisine, mais aussi pour ses restaurants dont les atmosphères singulières participent à l’énergie de la ville. Florian le Bouhec nous fait faire le tour de ses bonnes adresses.
Dimanche
Rue Micheli-du-Crest 2, 1203 Genève
«J’ai rencontré l’architecte d’intérieur Youri Kravtchenko, qui a ouvert le showroom Dimanche, à l’Artichaut. Il venait y dîner avec son frère, qui était aussi mon comptable. J’ai commencé à travailler avec lui pour la décoration du Café de la Paix où il m’a donné quelques conseils. On a poursuivi notre collaboration avec celles du Bologne et du Dorian qu’il a entièrement conçues. Youri travaille pour l’ambiance du lieu et pas seulement pour son esthétique. À force de fréquenter les restaurants, il sait ce qui fonctionne. Ensemble, on arrive à faire de bons compromis et il m’amène sur des chemins de traverse que je n’emprunterais pas forcément, mais qui ont fait la force de mes différents établissements comme avec le carrelage qu’il a utilisé pour le Bologne et qui est devenu la signature du restaurant. J’aime travailler ainsi, autour de rencontres et en synergie avec des gens avec qui je crée des liens.»
MAMCO
Actuellement en travaux.
Programmation hors-site: www.mamco.ch
«J’y emmène chaque personne qui vient me voir à Genève. Pour moi c’est un incontournable, comme les Bains des Pâquis. J’ai créé des liens avec son directeur, Lionel Bovier, lorsque j’officiais au Café de la Paix. J’apprécie beaucoup l’équipe du MAMCO avec qui j’ai collaboré sur plusieurs évènements. J’aime le bâtiment et son architecture. J’y ai aussi découvert de fantastiques expositions. La dernière qui m’a marquée? Celle de Mathis Gasser en 2023. J’ai acheté une pièce de l’artiste après son exposition que j’ai installée au Bleu Nuit. Aujourd’hui, le bâtiment ferme pour rénovation. C’est regrettable pour l’énergie du quartier mais c’est une bonne nouvelle pour le développement de l’institution et je me réjouis de suivre les activités hors-site du musée pendant les travaux.»
Nino,
caviste de quartier
Boulevard de Saint-Georges 65, 1205 Genève
«Quand je ne suis pas dans mes restaurants, je me retrouve encore souvent autour de la table, chez moi ou chez des ami·e·s. J’aime recevoir les gens, c’est aussi pour ça que je fais ce métier. Nino, c’est l’endroit parfait pour faire de nouvelles découvertes et trouver la bonne bouteille pour un déjeuner ou un dîner entre ami·e·s.»
Le marché aux puces de Plainpalais & Christophe Berger
Avenue Henri-Dunant 16, 1205 Genève
«Le marché aux puces, j’y vais plus pour l’atmosphère que pour chiner. J’y ai passé beaucoup de temps pendant les travaux du Dorian. Plainpalais s’est toujours trouvé à proximité de beaucoup de mes restaurants et c’est donc naturellement un lieu de passage important pour moi. Et puis il y a aussi le Skate Park où je vais souvent avec mon fils. Avant d’aller aux puces, j’ai pour habitude de m’arrêter chez Christophe Berger pour son croissant au jambon et ses pâtisseries. J’aime me poser dans le petit café aménagé derrière la boutique ou sur leur terrasse avec vue sur la Plaine. C’est rare de trouver un bon pâtissier suisse. Toutes les pâtisseries que j’achète viennent de chez lui.»
Galerie Mezzanin
Rue des Maraîchers 63, 1205 Genève
«J’ai beaucoup travaillé avec Karin Handlbauer, la directrice et propriétaire de la galerie Mezzanin. C’est une amie fidèle. Elle organisait ses dîners de vernissage au Café de la Paix et continue à le faire aujourd’hui au Bleu Nuit ou au Dorian quand je ne viens pas cuisiner directement à la galerie. J’aime sa programmation, que je suis depuis longtemps. Elle m’a permis de découvrir de très belles choses. C’est elle qui m’a prêté les premières œuvres que j’ai exposées dans mes restaurants, notamment une pièce de Peter Kogler au Café de la Paix. Je lui ai plus tard acheté un ensemble de peintures d’Isabella Ducrot pour l’ouverture du Bleu Nuit.»
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Yann Abrecht
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Alexia Maggioni